|
|
La Bibliothèque numérique européenne en seize questions |
|
|
|
La Bibliothèque numérique européenne est un projet de numérisation, de mise en ligne et de préservation sur Internet d’un vaste ensemble d’œuvres européennes (livres, journaux provenant des bibliothèques nationales dans un premier temps, collections d'autres bibliothèques, de musées et d'archives à terme) via un point d’accès unique et multilingue.
Elle entend apporter une réponse européenne à la hauteur des enjeux de la diffusion du savoir sur Internet et à la nécessité de ne pas laisser cette mission aux seules mains d’entreprises privées et commerciales, souvent marquées par une influence anglo-saxonne dominante, telles Google Recherche de Livres.
Elle est le reflet de l'ambition partagée par les bibliothèques nationales et les éditeurs européens d’offrir durablement sur la Toile un site de référence et un outil d’accès à la connaissance accessibles à un très large public.
Cette initiative vise à associer financements publics et privés, pour un accès aisé et gratuit aux contenus libres de droits. S'agissant des contenus sous droits, ce projet cherche des modalités payantes de consultation dans le respect rigoureux des droits des auteurs et des éditeurs, sans léser les intérêts des différents acteurs de la chaîne du livre, notamment les libraires.
|
|
L'appel ("Quand Google défie l'Europe") lancé en janvier 2005 dans Le Monde par le Président Jean-Noël Jeanneney, suivi par la publication d’un ouvrage sous le même titre aux éditions Mille et une nuits en avril 2005, a largement contribué à la prise de conscience de l'enjeu politique que représente le projet de BNuE par l'opinion publique française et européenne.
L’année 2005 a permis d’en définir les contours et les enjeux, à la fois au plan français et au niveau européen.
A l’appel du président Jacques Chirac et de cinq autres chefs d’État ou de gouvernement européens (Espagne, Allemagne, Italie, Hongrie, Pologne), les institutions de l’Europe ont rejoint ce mouvement dès le printemps 2005 avec le soutien de Jean-Claude Juncker, alors président du Conseil européen et de Jose Manuel Barroso, président de la Commission européenne. C’est aussi le cas de vingt-trois bibliothèques nationales européennes signataires d’une motion à l’initiative de la BnF appelant à une numérisation large et organisée des œuvres appartenant au patrimoine de l’Europe.
Un comité de pilotage français créé en juillet 2005 a remis le 11 janvier 2006 un livre blanc dont fut issu un plan d’action, présenté en Conseil des ministres le 8 février 2006.
Pour sa part, la Commission européenne a publié en septembre 2005 une communication "i2010 Bibliothèques numériques" ainsi qu'une vaste consultation en ligne La réunion des ministres européens de la Culture des 17 et 18 novembre 2005 a confirmé l’intérêt unanime de nos partenaires.
Sur la base des résultats de sa consultation en ligne, la Commission a ensuite annoncé, dans un communiqué de presse du 2 mars 2006 une intensification de ses efforts « pour mettre en ligne la “mémoire de l’Europe” via une bibliothèque numérique européenne » et indiqué que "cette bibliothèque reposera sur l’infrastructure TEL, qui constitue actuellement la passerelle vers les catalogues des collections de plusieurs bibliothèques nationales et donne accès à toute une gamme de ressources numérisées des bibliothèques participantes".
La Commission a enfin publié, le 24 août 2006, une recommandation sur la numérisation et l'accessibilité en ligne du matériel culturel et la conservation numérique, qui a été approuvée unanimement par le Conseil des ministres de la culture et de l'audiovisuel le 13 novembre 2006.
Soucieuse d’avancer vite et efficacement, la Bibliothèque nationale de France souhaite que la Bibliothèque numérique européenne s’appuie dans un premier temps sur la coopération existante entre les bibliothèques nationales organisées au sein de la CENL (Conference of European National Librarians). La Commission européenne encourage de son côté, à plus long terme, la coopération avec d'autres institutions patrimoniales (archives, musées etc.) pour préparer une seconde étape du projet, qui a vocation à s’étendre ultérieurement à d’autres documents (images, audiovisuel,…).
|
|
La Bibliothèque numérique européenne sera une collection organisée encyclopédique et multilingue constituée d’une sélection de plusieurs millions de documents en version intégrale portant sur les grands thèmes fondateurs de l’identité européenne : mouvement de la pensée, patrimoine culturel, démocratie et liberté, construction de l’espace européen.
Les documents imprimés (livres, revues et journaux) seront au cœur de la collection, suivis dans un second temps des archives, documents visuels et audiovisuels (images, sons, vidéos).
La collection sera constituée non seulement de documents libres de droits mais également, en fonction des accords conclus avec les éditeurs, de documents contemporains, avec des modalités de consultation assurant le strict respect des droits d’auteurs.
|
|
La réalisation d’un prototype appuyé sur un sous-ensemble d’environ 10 000 documents est en cours. L’ouverture au public interviendra en mars 2007 au moment du Salon du Livre.
La BnF a lancé un marché pour la numérisation de 30 000 ouvrages en novembre 2006. Ils seront mis en ligne avant l’automne 2007. Une consultation pour la passation d’un marché permettant la numérisation de 100 000 ouvrages par an, pendant plusieurs années, est lancée dès janvier 2007, pour atteindre un volume global, pour la contribution française à Europeana, d’au moins 500 000 ouvrages. Rappelons que la Commission européenne a fixé, en mars 2006, pour l’ensemble de l’Union, un objectif de 2 millions de documents accessibles à distance d’ici à 2008 et de 6 millions d’ici à 2010.
.
|
|
La Bibliothèque nationale de France a travaillé au cours de l’été 2006 à la réalisation d’une maquette, baptisée Europeana, explorant les fonctionnalités possibles d’une bibliothèque numérique moderne, multilingue, grand public et ancrée dans les pratiques les plus contemporaines d’Internet.
Les accès aux documents y sont multiples : recherche plein-texte, navigation guidée par facettes ou par thématiques. Les potentialités d’un moteur performant y sont étudiées. Une large gamme de services autour du document y est proposée : navigation et recherche plein-texte dans le document, impression, téléchargement, création d’un espace personnel, annotation et indexation par l’utilisateur etc. Des services de personnalisation et de participation collaborative y sont également explorés.
L’ensemble de ces fonctionnalités constitue une proposition de travail destinée à alimenter le débat avec les partenaires nationaux et européens ainsi qu’avec les utilisateurs potentiels.
.
|
|
Gallica est la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. Elle propose actuellement un accès à 90 000 ouvrages et à plus de 80 000 images. Les documents numérisés par la BnF dans le cadre du projet de Bibliothèque numérique européenne y seront accessibles au fur et à mesure de leur numérisation.
Dans cette perspective, Gallica est en cours de modernisation : conversion en mode texte (OCRisation) de 60.000 ouvrages déjà accessibles en mode image pour faciliter la recherche plein-texte, accélération de la numérisation (30.000 documents supplémentaires, puis 100.000 par an pendant plusieurs années à partir de 2007), modernisation des interfaces, accès et services, sur le modèle de la maquette Europeana.
La dimension européenne sera également mieux prise en compte dans la sélection des documents.
|
|
Au niveau national, les pays partenaires organisent leurs opérations de numérisation. Au niveau européen, la coopération entre établissements s’intensifie avec le projet TEL, le portail créé par la CENL. Ce portail a été mis en service en janvier 2005, il permet l'accès aux collections numérisées (notices et documents) de 19 bibliothèques nationales d'Europe. L’objectif des cinq prochaines années est de permettre l'accès aux collections des 45 bibliothèques nationales membres de la CENL.
En France, la Bibliothèque nationale de France, qui a reçu le 2 mai 2006 du gouvernement la responsabilité officielle du pilotage opérationnel du projet, réalise l’océrisation du fonds accessible dans Gallica et a pour objectif de numériser 100 000 documents imprimés par an pendant plusieurs années à partir de 2007.
La BnF réalise actuellement un prototype basé sur la maquette Europeana qui donnera accès dès le printemps 2007 à un sous-ensemble de Gallica constitué d’environ 10 000 documents, auxquels s’ajouteront des ouvrages issus des bibliothèques nationales de Hongrie et du Portugal.
Enfin, la BnF cherche avec les éditeurs français des solutions juridiques et techniques et un modèle économique rendant possible la mise en ligne de documents contemporains protégés par les droits d’auteurs.
|
|
La Bibliothèque nationale de France a commandé au printemps 2006 un test de numérisation de masse aboutissant, après comparaison des performances de trois prestataires, à la conclusion satisfaisante d’un coût de 0,09 euro par page pour la numérisation et la conversion en OCR (reconnaissance optique de caractères) brut.
La BnF a obtenu en 2006 3,375 ME qui se décomposent en 3 ME pour les marchés de numérisation (par "dégel" de crédits) et 375.000E provenant des crédits ouverts au budget du ministère de la culture et de la communication au titre de la BnuE qui ont servi au financement du test de numérisation de masse ainsi qu'à des équipements informatiques.
En 2007, la BnF attend 10 ME qui lui seront versés par le CNL et proviennent
de l’élargissement de l’assiette de la redevance sur les appareils de reprographie.
8,3 ME de dépenses sont d’ores et déjà validés et permettront de financer
les marchés de numérisation, d’océrisation, et de contrôle de qualité portant
sur 100.000 documents ainsi que l’achat de serveurs et le développement des
modules de base du système de préservation et d’archivage réparti (SPAR)
qui permet le stockage des données de la BnuE, leur préservation de façon
pérenne et leur communication au grand public assorties de fonctionnalités
nouvelles et performantes.
Le solde des 10 M€ dont le CNL disposera en 2007 au titre du projet de BnuE doit faire l'objet d'une discussion. A cet effet, le Centre National du Livre (CNL) met en place une commission consultative pour la politique numérique qui devrait se réunir pour la première fois en février 2007.
Le coût de la numérisation, de l'OCR et du contrôle qualité varie de 0,065 E à 0,19E TTC par page selon le type de document (massicoté, relié, microformes), soit, pour un ouvrage de 300 pages, de 19,26 E à 57,29 E TTC. A titre d’exemple, le coût pour un livre relié de 300 pages, en noir et blanc, est de 0,13 E TTC la page, soit 38,63 E TTC.
D’autre part, dans le cadre de son programme « e-content+ », la Commission européenne finance à hauteur de 149 millions d’euros pour la période 2005-2008 des projets visant à l’accessibilité en ligne et l’interopérabilité des contenus numériques multilingues. Pour sa part, la BnF, en coopération avec d'autres bibliothèques nationales européennes, dans le cadre de la CENL, a présenté des propositions de réponse à l'appel lancé au printemps dernier.
Des discussions avec les représentants des éditeurs sont en cours afin de garantir des conditions satisfaisantes d’accès à des ressources protégées par les droits d’auteurs et de poser les bases d’un partenariat entre institutions publiques et secteur privé.
|
|
Dans le cas de la BnF, la numérisation est externalisée auprès de prestataires privés spécialisés, choisis après appels d'offres. Des nouvelles technologies dites de numérisation de masse ont été mises au point ces dernières années et offrent une solution au changement d’échelle radical induit par le projet de Bibliothèque numérique européenne. Rappelons que jusqu’en 2005, Gallica s’enrichissait de 5 000 à 6 000 documents par an : il s’agit désormais d’en numériser vingt fois plus.
|
|
Les suggestions sont évidemment possibles et bienvenues. Mais la numérisation dépend de la disponibilité du document et de sa pertinence par rapport aux objectifs documentaires de la bibliothèque numérique.
En outre, la numérisation ne se limite pas seulement à l’opération matérielle consistant à scanner un document. Elle renvoie à des questions de politique documentaire, de droits, de standards techniques, qui imposent des traitements spécifiques ne permettant pas aux institutions d’accepter en l’état des documents scannés par un particulier.
|
|
La Bibliothèque numérique européenne offrira un accès gratuit à l’ensemble des collections libres de droits. Des discussions avec les représentants des éditeurs et des ayant-droits sont en cours pour préciser le mode d’accès aux documents couverts par les droits d’auteurs.
|
|
Le service Google Recherche de Livres annoncé en décembre 2004 donne accès à un ensemble non organisé et non hiérarchisé de documents interrogeables par une recherche plein-texte. Le mode de tri des résultats repose sur un algorithme non transparent pour l’utilisateur et des liens commerciaux sont associés à la recherche.
La bibliothèque numérique européenne sera un ensemble concerté et organisé de documents accessibles selon plusieurs modes de recherche, dont la recherche plein-texte. Les résultats seront triés selon des critères de pertinence transparents pour l’utilisateur.
|
|
Parallèlement à la Bibliothèque numérique européenne, les bibliothèques nationales de Belgique, du Canada, de France, du Luxembourg, du Québec et de Suisse, réunies à Paris le 28 février 2006, ont ébauché le projet d’une bibliothèque numérique francophone. Elles ont décidé de constituer à cet effet un Réseau Francophone des Bibliothèques Nationales Numériques qui se réunira deux fois par an. La Bibliotheca Alexandrina a rejoint ce réseau en avril 2006.
Les chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français en partage réunis les 28 et 29 septembre 2006 à l’occasion du XIème sommet de la Francophonie à Bucarest ont soutenu cette initiative et ont appelé l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les opérateurs et tous les acteurs de la Francophonie "à relever ensemble les défis de l’éducation, notamment à l’aide des technologies de l’information et de la communication." Ils déclarent : "Conscients du potentiel que représentent les collections des bibliothèques pour la présence de la langue française sur Internet, convaincus de l’importance de cette contribution pour l’accès de tous à un patrimoine partagé, nous nous félicitons de l’initiative fondant le Réseau Francophone des bibliothèques nationales numériques. Nous apportons notre appui aux efforts visant à développer ce réseau en rapprochant les bibliothèques fondatrices de celles d’autres pays. " (paragraphe 43 de la déclaration finale).
En 2007, en concertation étroite avec l'OIF, ce réseau s’élargira à des bibliothèques nationales – ou institutions assimilées – des pays du Sud aptes à conduire techniquement et scientifiquement, en liaison avec des partenaires du Nord, des projets substantiels de numérisation portant sur des fonds emblématiques qui seront ainsi mis en ligne à travers un futur portail.
.
|
|
Le programme Quaero porte sur la conception et la réalisation de solutions de traitement automatique, d’indexation et de recherche d’informations numériques multilingues et multimedia et devrait aboutir à la réalisation de portails, moteurs de recherche et autres applications de mise en ligne de contenus numériques. Quaero est né de l’initiative des ministres de l’économie allemand et français le 16 novembre 2004 et associe acteurs de l’industrie et de la recherche publique. La BnF participe au consortium mais il n’existe pas de lien direct avec la Bibliothèque numérique européenne.
|
|
Le travail actuellement en cours à la BnF (Gallica augmentée et océrisée, mise en place de nouvelles fonctionnalités, fondées sur une architecture technique profondément renouvelée) permet de prévoir qu’à la fin de l’année 2007, le seul effort français, vraisemblablement démultiplié par une action similaire conduite par un noyau de Bibliothèques nationales européennes, donnera accès à environ 150 000 documents.
|
|
Compte tenu du caractère à la fois ambitieux et novateur du projet de BnuE, la BnF a été sollicitée par plusieurs entreprises, désireuses d’apporter leur contribution. Les premières discussions ont abouti le 9 janvier 2007 à la signature d’un protocole d’accord avec France Télécom qui marque l’engagement de cet opérateur national et européen aux côtés de la BnF pour développer et promouvoir le patrimoine culturel numérique de la France et du continent européen, en apportant une expertise technologique en matière d’organisation des documents, d’accès aux résultats, de techniques de traitement des langues,… Cette coopération contribuera à offrir à un large public un accès simple aux documents numérisés (mode image et mode texte).