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Charles V (1338-1380)

Charles V, né en 1338, roi de France de 1364 à 1380, était le fils aîné de Jean II le Bon, roi de France de 1350 à 1364. Issu de la dynastie des rois Capétiens (du nom du fondateur de cette lignée, Hugues Capet), il est le troisième souverain de la branche capétienne des Valois qui succèda aux Capétiens directs à la mort du dernier représentant de ceux-ci, Charles IV le Bel, en 1328. (Le problème de succession qui se posa à cette occasion fut une des causes principales du long conflit avec l'Angleterre, qu'on appelle la Guerre de Cent Ans) . D'abord duc de Normandie et dauphin de Viennois de 1350 à 1364, le jeune prince vécut une période particulièrement difficile et troublée sur le plan politique : c'est celle de la Guerre de Cent Ans . La première phase de la guerre est marquée par deux très graves revers des armées françaises : Crécy (1346) et surtout Poitiers (1356). Au cours de cette dernière bataille, Jean le Bon est capturé par les Anglais . A part un intermède sur le Continent de 1361 à 1364, le roi finira ses jours en Angleterre comme otage d'Edouard III, en 1364. Encore jeune et inexpérimenté, le dauphin Charles dut affronter les conséquences de la défaite et la crise monarchique qui s'ensuivit, dans des circonstances particulièrement dramatiques : insurrection parisienne menée par le prévôt des marchands, Etienne Marcel , révoltes paysannes (les " jacqueries " ), intrigues de Charles le Mauvais , roi de Navarre, cousin du Dauphin . A son avènement en 1364 , Charles V est déjà un souverain précocement mûri. Prudent dans l’affrontement avec Edouard III, il préfère temporiser, alternant procédures juridiques et guerre d’usure, qu’il pratique avec succès en confiant ses armées au breton Bertrand du Guesclin, le vainqueur de Cocherel (1364). Celui-ci débarasse le royaume des Grandes Compagnies qu’il emmène guerroyer en Espagne. Dans le jeu diplomatique européen, le roi noue des alliances avec Milan, dont le seigneur, Jean-Galéas Visconti, était son propre beau-frère. Ses liens de parenté avec les Luxembourg (il était le neveu, par sa mère Bonne de Luxembourg, de l'empereur Charles IV ) lui valent également la neutralité bienveillante de l'Empire La fin du règne de Charles V est assombrie par le retour à Rome, en 1378, de la papauté, installée depuis 1309 à Avignon. Cet évènement sera à l'origine du Grand Schisme d'Occident qui divisera l'Europe chrétienne jusqu'en plein XVe siècle.

Sur le plan culturel, le règne de Charles V constitue un moment d'apogée. Dans le domaine de l'urbanisme et de l'architecture, d’importants travaux sont alors entrepris, qui permettront notamment l’amélioration du système défensif de Paris : enceinte de Charles V, achèvement de Vincennes, construction de la Bastille, aménagements du Louvre et de l'hôtel Saint-Pol. Le sculpteur André Beauneveu est appellé à la Cour et se voit confier l’exécution des tombeaux royaux à Saint-Denis. Le mécénat de Charles V est tout spécialement actif dans le domaine des lettres : outre les textes d'intérêt historique comme les Grandes Chroniques de France dont il ordonne la continuation et la mise à jour, le "sage roi" inaugure, à des fins d'utilité publique, une politique mûrement réfléchie de traductions en français de divers textes importants touchant aux domaines intellectuels les plus variés : théologie, philosophie et philosophie politique, morale, histoire, sciences naturelles, astronomie et astrologie (cette dernière considérée alors comme une science utile comme pour le gouvernement), histoire et géographie. Pour ces traductions, il fait appel à une équipe d'intellectuels de grande volée (Raoul de Presles, Nicole Oresme notamment, mais aussi Jean Corbechon, traducteur de Barthélemy l’Anglais ). Il constitue parallèlement une collection de livres d'une ampleur sans précédent, dispersée entre diverses résidences mais installée principalement au château du Louvre, sur trois étages de la tour nord-ouest, dite de la Fauconnerie. Un premier inventaire de la " librairie " du Louvre fut dressé dès 1373, par Gilles Malet, garde des livres du roi. Le récolement de ce premier inventaire, en 1380, décrit 910 articles. Une autre partie des livres du roi, les plus luxueux, formait une sorte de mémorial à la gloire de la dynastie et était abritée derrière les épaisses murailles du donjon de Vincennes avec d'autres objets précieux des collections royales. Un inventaire détaillé en fut dressé en 1380, année de la mort du roi. Une centaine de manuscrits ayant figuré dans les différentes bibliothèques du roi ont survécu jusqu'à nos jours : deux des plus précieux sont les Grandes Chroniques de France et l'Atlas catalan . Les commandes royales stimuleront l'enluminure parisienne qui connaîtra un nouvel essor à la fin du XIVe siècle. Le faste de Charles V fut imité par ses frères, Louis d'Anjou, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et surtout Jean de Berry . Certains grands seigneurs encouragent comme lui les traductions, tel Gaston Phébus , à qui fut dédiée une traduction occitane du Liber de proprietatibus rerum de Barthélemy l'Anglais . L'art de la Cour rayonne sur toute l'Europe : son influence s'étend jusqu'à Barcelone, dans le Bréviaire de Martin d'Aragon .


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