Charles V (1338-1380)
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Historique
L’ Atlas catalan ( BNF, Esp. 30 ), est le fleuron de l’école cartographique majorquine du XIVe siècle. Réalisé probablement en 1375 (date qui apparaît sur le calendrier perpétuel qui accompagne les cartes) et attribué sans preuve certaine à Cresques Abraham , il faisait déjà partie de la bibliothèque de Charles V d’après l’inventaire de Gilles Malet, copié par Jean Blanchet en 1380 (" une quarte de mer en tabliaux faicte par manière de unes tables, painte et ystoriee, figuree et escripte et fermant a iiii fermoers ").
Description
L’Atlas catalan était constitué à l'origine de 6 feuilles de vélin pliées en leur milieu, aujourd’hui brisées ; ces feuilles sont peintes en couleurs, or et argent et chaque moitié de feuille est montée sur l'une des faces de 5 ais de bois, la première moitié de la première planche et la deuxième moitié de la dernière feuille étant montées sur les contreplats d’une reliure de cuir brun ; chaque feuille mesure environ 65 x 50 cm, ce qui représente un ensemble de 65 x 300 cm.
Les deux premières feuilles contiennent une compilation de textes
cosmographiques, astronomiques et astrologiques traduits en catalan
, insistant sur la sphéricité de la terre et l'état du monde connu, ainsi que des
informations utiles aux marins sur les marées ou le calcul de l’heure pendant la nuit.
Les textes sont illustrés de plusieurs figures :
table des marées
,
calendrier perpétuel
, un homme sur lequel sont mentionnés les signes du zodiaque
, et un grand tableau circulaire, encadré par les quatre saisons, qui donne des informations sur le zodiaque, les sept planètes connues et qui fournit le schéma des constellations
.
Les quatre autres feuilles constituent la carte proprement dite qui peut elle-même
se diviser en deux parties principales.
La carte présente de nombreuses représentations de villes dont l’appartenance politique est symbolisée par un drapeau
; en outre, les villes chrétiennes sont surmontées d’une croix
et les autres villes d’une coupole
. Les mers et
océans sont symbolisés par des ondulations verticales bleues
. Enfin, code habituel sur les cartes nautiques, la toponymie est transcrite en rouge pour
les ports importants, en noir pour les autres ports.
Contrairement à nombre d’autres cartes nautiques, la lecture " normale " de l’Atlas catalan s’effectue nord en bas ; le document se lit ainsi, de gauche à droite, de l’Extrême Orient à l’Atlantique. L’assemblage des planches formant la vue générale du document est présentée dans son sens 'normal', c’est-à-dire sud en haut, mais, pour la commodité de la lecture, les extraits sur lesquels figurent des côtes ou des détails géographiques significatifs sont présentés nord en haut.
Les deux dernières feuilles
constituent un portulan assez 'classique' de la même famille que la carte d'Angelino Dulcert de 1339.
A l’extrême ouest, près de la première rose des vents figurée sur un portulan
, on peut lire une légende sur les mythiques 'Iles Beneventurades' (Iles Fortunées)
décrites par Pline l’ancien et Isidore de Séville, ainsi qu’une représentation de la non moins mythique 'Insula de Brazil'.
A noter également la plage de recouvrement existant au milieu de la Méditerranée
, où la Corse et la Sardaigne sont représentées deux fois
(cette caractéristique n’apparaît pas dans la partie orientale du document).
En Afrique
on remarque plusieurs souverains (dont le roi du Mali, 'Musse Melly' ‘Mansa Musa
, doté d’un sceptre à la fleur de lys et le roi d’Organa, Sarrasin en armes),
'Tenbuch'
, qui n’est autre que Tombouctou ainsi que, près des côtes, la nef de Jaume Ferrer qui avait appareillé en 1346 pour le 'Riu del Or'
, cherchant à contourner par mer la chaîne de l’Atlas qui rendait
difficiles les liaisons avec les régions africaines où Génois et Catalans entendaient bien trouver or et ivoire.
Les deux premières feuilles
, qui forment la partie orientale
de l’Atlas catalan, développent de nombreuses références religieuses et la synthèse des mappemondes médiévales
(Jérusalem est pratiquement au centre du document)
et des récits de voyages disponibles, notamment le Livre des merveilles de Marco Polo
ou le Voiage de Jean de Mandeville.
La carte représente d’abord, dans le pays de 'Catayo' (la Chine), 'Chambaleth'
, la cité du Grand Khan, qui n’est autre que Pékin, Sumatra (Illa Trapobana)
et une côte, longée d’une multitude d’îles multicolores, qui évoque l’océan circulaire des Orbis Terrarum
. A l’est de la Mer Caspienne, la carte est construite sur des références bibliques, mythologiques ou des emprunts à des récits de voyages :
passage de Moïse à travers la Mer Rouge, mont Sinaï
, mont Ararat
, tour de Babel
, les rois mages suivant l’étoile
le Christ Roi
, la Mecque, Babylone, la reine de Saba
, 'Illa
Jana', dans laquelle on distingue le mythique royaume des Amazones (Regio Femarum
(sic))
, une sirène
, le royaume de Gog et Magog
, une figure d’Alexandre le Grand
, le combat de pygmées contre les grues (dont la présence dans les montagnes d’Asie est attestée par Pline l’Ancien mais infirmée par Marco Polo)
, etc.
Pourtant, malgré un dessin cartographique très approximatif, de nombreuses
villes indiennes
et chinoises
sont
identifiables, les légendes rapportent des coutumes décrites par Marco Polo
et décrivent les richesses économiques réelle
ou supposées
. C’est peut-être sur ce point que se situe l’intérêt majeur de l’Atlas catalan :
il représente un monde
méditerranéen très bien cerné et d’immenses régions à l’est dont on a saisi toute l’importance du point de vue économique
mais qui gardent encore trop de secrets qui sont encore à explorer ;
c’est le monde des épices, des soieries et des richesses décrites par Marco Polo que, 117 ans plus tard, Christophe Colomb tentera d’atteindre par la route de l’ouest.
Charles V (1338-1380)
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