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La BnF et le défi de la numérisation

par Bruno Racine, président de la BnF

Alors que l’adaptation de la presse à l’ère numérique est une question dominée par l’urgence ainsi qu’en témoigne le récent accord avec Google, la numérisation du patrimoine considérable dont notre pays a hérité s’inscrit dans le temps long et nécessitera plusieurs décennies. Pour la BnF, qui conserve des dizaines de millions de documents de toute sorte, la priorité absolue est d’accélérer le mouvement, de numériser ses collections de la manière la plus exhaustive possible et de les mettre en ligne. À la fin de 2012, sa bibliothèque numérique Gallica a franchi le cap des deux millions de documents en libre accès, et cette masse déjà considérable continue de s’enrichir au rythme de dix millions de pages et de centaines de milliers d’images chaque année avec des fonctionnalités constamment améliorées et désormais des versions pour mobile. Une telle croissance est rendue possible par la subvention – à peu près unique en Europe - que le Centre national du livre verse à la BnF pour la numérisation de ses ouvrages, complétée par les moyens, plus limités, que la bibliothèque réussit à dégager sur son budget propre. Elle inclut désormais chaque année plusieurs dizaines de milliers de documents fournis par d’autres bibliothèques françaises. Les documents libres de droit disponibles sur Gallica peuvent être réutilisés sans restriction pour l’enseignement et la recherche ou toute autre finalité non commerciale. Cet acquis impressionnant ne doit pas faire oublier la masse de ce qui reste à faire –des pans entiers des collections de la BnF ne sont numérisés qu’à un rythme beaucoup trop lent, surtout lorsqu’elles sortent du champ des aides du CNL (les manuscrits, les disques ou les estampes, par exemple). En accord avec le Ministère de la culture et de la communication, la BnF a donc souhaité bénéficier du programme des investissements d’avenir, placé sous l’autorité du Commissariat général à l’investissement (l’ex « grand emprunt »). Ces concours obéissent cependant à des règles très précises : ils ne sont débloqués qu’à l’occasion de partenariats avec des entreprises et de projets dont la viabilité économique doit être démontrée. Le but est en effet d’exercer un effet de levier sur l’investissement privé, de créer de l’emploi, d’aider au développement des acteurs de l’économie numérique. Il fallait naturellement saisir cette chance.

Après avoir lancé en 2011 un appel public à partenariats, la BnF, à travers une filiale créée spécialement à cet effet, vient de conclure deux accords importants. Le premier, avec Believe Digital, société française et leader européen dans la diffusion musicale numérique, associée au Belge Memnon, va permettre de numériser la totalité des collections sonores de la BnF d’avant 1962 (78 tours et microsillons) ; soit un ensemble unique au monde de plus de 700 000 titres. Ce tour de force technique suppose de la part des partenaires un important effort de recherche et développement. La collection sera numérisée en 7 ans, et la durée de l’exclusivité sera de 10 ans au total (soit 3 ans à peine de plus que le temps nécessaire à la réalisation) –alors qu’au rythme actuel, il faudrait plus d’un siècle pour y parvenir… La majorité des œuvres étant encore sous droits (80 % pour les microsillons), Gallica permettra d’écouter des extraits et Believe Digital assurera la diffusion à travers des centaines de plateformes telles que Deezer. Ce sera une démultiplication phénoménale de l’accès à cette collection quasiment inconnue et pratiquement inaccessible en dehors de quelques spécialistes.

L’autre accord, avec l’éditeur américain ProQuest, s’accompagne comme le précédent d’un important travail scientifique de description. Il s’inscrit dans un vaste programme européen Early European Books et va permettre de numériser en six ans et en plus haute qualité que ne le fait Google quelque 70 000 ouvrages anciens des XVe, XVIe et XVIIe siècles. 3500 d’entre eux seront mis en libre accès immédiat et rejoindront ceux qui sont déjà disponibles sur Gallica. Cette collection souvent en latin, intéresse en premier lieu les chercheurs. Les originaux ne peuvent être communiqués aujourd’hui qu’à un seul lecteur physique et sous condition en raison de leur fragilité. La collection numérisée deviendra d’abord accessible aux 1500 lecteurs quotidiens de la BnF et à ceux des bibliothèques qui auront acquis une licence pour le programme Early European Books, une remise proportionnelle à la part des contenus de la BnF étant accordée par ProQuest pour la France. Puis, dix ans après avoir été numérisées, les œuvres seront mises à leur tour en accès libre et universel sur Gallica. Sachant qu’il aurait fallu au moins vingt-cinq ans pour que la BnF achève seule un tel projet, l’on voit bien la démultiplication et l’accélération de l’accès que permettra l’accord.

jeudi 25 avril 2013

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