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L'Europe et le numérique : n'oublions pas la culture

Tribune parue dans le journal Le Monde du 16/07/2013

En 2005, le président de la République française et cinq chefs d'État et de gouvernement européens – Pologne, Allemagne, Italie, Espagne, Hongrie – engageaient l'Europe à relever le défi posé par les géants du numérique et à mettre à la disposition de tous, dans toute la richesse de ses langues, le patrimoine culturel de notre continent, sous ses diverses formes, livres, archives, photographies, films, œuvres d'art… Ainsi est né Europeana : la bibliothèque numérique européenne.

L'ambition originelle est désormais une réalité. Europeana permet d'accéder à plus de 27 millions de documents numériques contre 2 millions lors de son lancement en 2008, et ce grâce à l'engagement de quelque 2200 institutions, non seulement bibliothèques mais aussi en nombre croissant, archives, musées et audiovisuel.

La France y occupe une place majeure grâce aux programmes de numérisation conduits ou soutenus par le ministère de la culture et de la communication et par nos institutions (moteur-collections, qui permet de rechercher dans la base de données accessible sur le site Internet du ministère ; Gallica, qui a permis de numériser une bonne part des collections de la BnF ; numérisation des archives de l'INA...). Ce modèle, qui fédère les participants tout en respectant leur identité, fait aujourd'hui école : il inspire en particulier le projet de la Digital Public National Library aux États-Unis, ainsi que d'autres initiatives en Asie. Europeana rayonne ainsi bien au-delà des frontières de l'Union européenne.

CRÉDITS PUBLICS EN BAISSE

Toutefois, la numérisation du patrimoine avance à un rythme très inégal selon les pays et les crédits publics sont en baisse à peu près partout, ce qui entraîne souvent la mise en place de dispositifs encourageant la complémentarité entre financements publics et privés conformément aux recommandations du Comité des sages de l'Union européenne. Beaucoup reste donc à faire pour rendre notre patrimoine commun accessible au plus grand nombre et pour développer les services qui répondront aux attentes de nos concitoyens.

Face à ce défi, Europeana non seulement a encouragé de vastes programmes de numérisation à l'échelle du continent, par exemple sur les manuscrits royaux du Moyen Age (Europeana Regia) ou sur la guerre 14-18, mais a également conduit d'importants programmes de recherche-développement, devenant ainsi pleinement partie prenante de l'écosystème numérique. Avec, entre autres, la mise sous licence libre de la description des documents, Europeana s'inscrit dans le mouvement de l'Open data et de la réutilisation des données, s'affirmant ainsi comme un catalyseur et un facteur de croissance.

Partage du patrimoine culturel, innovation, recherche, création de valeur et emploi : Europeana concentre tous les enjeux de l'ère numérique. C'est pourquoi il nous paraît capital de consolider les investissements considérables réalisés jusqu'à présent et de préserver le financement d'Europeana pour l'avenir. Or cela ne va pas de soi dans le contexte des négociations difficiles sur le futur budget européen. Les financements alloués aux infrastructures de service numérique (Mécanisme Interconnexion pour l'Europe, ou Connecting European Facility) ont ainsi été drastiquement réduits. Pourtant Europeana est sans nul doute l'une des clefs du rayonnement futur de l'Europe et un facteur non négligeable de sa prospérité. Conforter ses financements permettra de soutenir le potentiel de nos industries créatives et d'assurer à notre continent une place de premier plan en matière de données ouvertes, tant sur le plan culturel que technologique.

LA GRAVITÉ DE L'ENJEU

Notre pays, notamment grâce à l'engagement déterminé de Mme Aurélie Filippetti auprès des instances européennes, a conscience de la gravité de l'enjeu et se bat pour l'avenir d'Europeana, conçu à la fois comme un véritable service public culturel européen et comme un acteur à part entière de l'économie numérique qui se construit.

En tant que responsables de grandes institutions culturelles nationales, il nous paraît de notre devoir de témoigner nous aussi de notre attachement à ce grand projet culturel européen, emblématique de la diversité de notre continent, de la richesse quasi inépuisable de son patrimoine comme de sa remarquable capacité créative. Dans un moment où nombre de nos concitoyens s'interrogent ou doutent de l'Europe, réserver à la culture la place qui lui revient est plus vital que jamais.

Jean-Paul Cluzel Cluzel (Président de la RMN-Grand Palais), Guy Cogeval (Président du Musée d'Orsay), Mathieu Gallet (Président de l'INA), Stéphane Martin (Président du Quai Branly), Jean-Luc Martinez (Président directeur du Musée du Louvre), Catherine Pégard (Présidente du domaine de Versailles), Bruno Racine (Président de la BnF et président de la Fondation Europeana) et Alain Seban (Président du Centre Pompidou)

mardi 16 juillet 2013

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