Bibliothèque nationale de France
Collections et services
Voir aussi
Née à Paris en 1947, Esther Tellermann est normalienne et agrégée de Lettres. Après avoir enseigné dans le secondaire, elle est actuellement psychanalyste. Depuis un premier texte, sur L’Innommable de Samuel Beckett, dans la revue Action poétique en 1976, elle a collaboré à de nombreuses revues dont Banana Split, Po&sie, Ralentir travaux, Moriturus, Le Nouveau Recueil, L’Etrangère, Rehauts ou Le Préau des collines. Elle est également membre du comité de rédaction de la revue de psychanalyse La Célibataire.
Son premier recueil poétique, Première apparition avec épaisseur, obtient un prix de l'Académie française en 1986. Il est publié chez Flammarion, comme les suivants - sept recueils à ce jour, jusqu’au dernier paru en 2007, Terre exacte. Outre ses poèmes, elle a fait paraître en 2004, aux éditions Farrago / Léo Scheer, un récit poétique en prose, Une odeur humaine. Le travail d’Esther Tellermann figure dans de nombreuses anthologies dont l’Anthologie de la poésie française du XVIIIe au XXe siècle parue en 2000 dans la Bibliothèque de la Pléiade.
La poésie d’Esther Tellermann, dont les vers et les poèmes se font de plus en plus courts au fil du temps, est exigeante et minimaliste, soucieuse de simplicité et de littéralité. S’y déploie au fil des recueils une autobiographie onirique et fantasmatique qui semble s’écrire depuis une zone mentale à la frontière de la conscience et de l’inconscient. Quelque chose a eu lieu qui est désormais inaccessible, et le vers, affirme la poète, « répond à cette nécessité : donner sens à des fragments du vivre, retenir ces fragments, les sceller par le pouvoir de la langue – ce pouvoir de retenir une présence déjà disparue. » Son écriture fait aussi toute sa place à l’altérité et à ces déplacements par lesquels « je » devient un autre pour « transformer la plainte / en polyphonie » : le poème se construit très souvent autour de deux ou trois pronoms, comme autant de points de vue différents sur une réalité fragmentée ; d’autres « je » y parlent entre guillemets, leurs paroles sont introduites par des tirets qui miment un théâtre de soi.
L’œuvre d’Esther Tellermann se caractérise également par son hésitation entre la dissolution du sens et la tentative de recomposer les fragments résultant de cette déconstruction, dans la quête indéfinie d’une impossible unité. Ses sept recueils forment en quelque sorte un ensemble continûment fragmentaire, comme si chaque livre était un chapitre isolé d’un vaste récit énigmatique. Et si le poème prend souvent pour objet son propre fonctionnement, c’est pour rendre compte de l’impuissance fondamentale et fondatrice de l’homme et du poète. La poésie vient de l’obscurité et en reste proche : l’énigme y est maintenue comme telle, sans résolution, car le travail poétique ne consiste pas à la réduire mais au contraire à la rendre plus vivante et sensible. Exprimer la nécessité et l’impossibilité absolues du mot le plus juste, telle est la « guerre extrême » de la poésie : « depuis Première apparition avec épaisseur jusqu’à Terre exacte, je crois avoir simplement cherché à travers le poème à interroger l’énigme de la vérité toujours dérobée du vivre. »
À la demande de la BnF, Esther Tellermann a bien voulu se prêter au jeu de la « bibliothèque idéale ». Voici la liste de ses 10 recueils de poésie préférés :
La bibliographie sur Esther Tellermann [fichier .pdf – 48 Ko – 26/01/10 – 3 p.]
jeudi 15 avril 2010