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Les collections turques de la Bibliothèque nationale de France

site F.-Mitterrand - Espace découverte
du 20 septembre 2009 au 7 février 2010
Bandeau de la Saison de la Turquie en France
À l’occasion de la Saison de la Turquie en France, la Bibliothèque nationale de France présente quelques pièces de ses collections turques, sans doute le fonds le plus riche et le plus ancien en France.
Le premier noyau des collections remonte au XVIe siècle. Plus de 2 000 manuscrits turcs, dont une cinquantaine à peintures, sont conservés au département des Manuscrits, ainsi que des documents dans des langues turques d’Asie centrale. La pièce la plus ancienne remonte au XIIIe siècle. L’ensemble est assez représentatif de la littérature et de la culture turques (surtout ottomanes) jusqu’au XIXe siècle ; sont représentés principalement théologie, philosophie, droit, chroniques historiques, grands textes littéraires de prose et de poésie, mais aussi musique, sciences, calligraphie, sans oublier l’intéressant fonds des traductions des « Jeunes de langue » du début du XVIIIe siècle.
En citant tout d’abord les dix-sept « incunables turcs » dits Müteferrika, sortis de la première presse ottomane à Istanbul (1728), la BnF compte plus de six cents ouvrages et une centaine de titres de périodiques en caractères arabes. Depuis l’adoption de l’alphabet latin par la Turquie en 1928, près de trente mille publications turques sont entrées à la Bibliothèque d’abord par dons et échanges puis, grâce à la création d’un poste dédié à ces collections, également par achat. À cela s’ajoutent de nombreux périodiques. Actuellement les acquisitions couvrent 10% de la production éditoriale turque. La collection des imprimés turcs est très riche en ouvrages de référence (bibliographies, encyclopédies, dictionnaires), mais aussi dans les domaines linguistique et littéraire. Les autres champs de connaissance comme l’art, le cinéma, la musique, l’histoire et les sciences sociales sont également présents.
Aujourd’hui, les collections en langue turque s’accroissent régulièrement en livres imprimés, au département Littérature et art, et en manuscrits. Des documents de tous types (dessins, estampes, cartes, médailles, musique…), anciens et contemporains, relatifs au monde turc sont aussi conservés dans les autres départements de la bibliothèque.

A comme ALPHABET

Couverture de Yeni alfabe ve imlâ dersleri de Celâl Nurî İleri

Celâl Nurî İleri (1881-1938)
Yeni alfabe ve imlâ dersleri
Istanbul, Suhulet Kütübhanesi, Semih Lütfü, 1928. 110 p., 20 cm.
Présenté avec :
Velâyetnâme
/ Hacı Bektaş-ı Veli ; haz. Hamiye Duran. Ankara, Türkiye Diyanet Vakfı, 2008. 671 p. ; 25 cm. -
BnF
département Littérature et art.
[8-X-18481 et [2008-138405

Jusqu’en 1928, le turc s’écrivait en caractères arabes. La jeune République turque adopte l’alphabet latin en novembre de cette année, réalisant ainsi une des plus grandes réformes accompagnant le pays vers la modernisation. Il faut alors enseigner aux petits comme aux grands les règles d’orthographe selon la nouvelle écriture. Plusieurs manuels ont ainsi vu le jour, dont cet ouvrage pédagogique. Si la couverture de l’ouvrage est dans les deux graphies, la conception du livre garde encore le sens de lecture de l’alphabet arabe, de droite à gauche.

Don de l’auteur, Celal Nurî [İleri], journaliste et homme politique francophone (Jeune Turc, Le courrier de l’Orient), fut connu pour avoir défendu l’égalité des femmes et la simplification de la langue turque dans la société ottomane.

La langue turque a non seulement connu le passage à l’alphabet latin, mais aussi une campagne savante de « purification » linguistique, menée par la Société de la langue turque (Türk Dil Kurumu), notamment par l’élimination des mots arabes et persans ayant enrichi le vocabulaire au cours des siècles. Cette politique a inévitablement conduit à une rupture avec l’héritage littéraire même assez récent, d’où la publication des textes en transcription et en « simplification », en turc contemporain.

Le Velâyetnâme est un texte de référence attribué au fondateur de la confrérie Bektachi, composé sans doute au XVe siècle. Cette édition en fac-similé d’une copie datée de 1035 (~1626) offre, à côté du texte original, sa transcription et sa traduction. La mise en page soignée « trois en un » et les pages de garde en papier marbré, façon manuscrit, rappellent  le livre ottoman, une nouvelle tendance dans l’édition turque qui se donne pour mission la réappropriation de la culture islamo-turque.

A comme ART

Ara Güler (1928-...)
100 yüz : Ara Güler’den yazar fotoğrafları
Istanbul, YapıKredi, 2002. 215 p., ill., 24 cm.
BnF
département Littérature et art.
[2004-63602

Cet ouvrage dont le titre se lit « yüz yüz » – le chiffre « cent » et le terme « visage » se prononçant de la même façon en turc – rassemble les portraits de cent écrivains turcs, immortalisés par Ara Güler, un très grand nom de la photographie en Turquie. Les textes, extraits de leurs œuvres respectives, évoquent la représentation visuelle de l’individu, dans le regard, dans le reflet, ou dans la mémoire…

Le département des Estampes et de la photographie conserve un recueil de clichés originaux d’Ara Güler.

Enis Batur (1952-...)
Ziyaret : bir konşuma, belki fazlası
Istanbul, Çekirdek, 2008. 1 vol., ill., 25 x 15 cm.
BnF
département Littérature et art.
[2008-272260

Le fonds de livres imprimés turcs de la BnF accorde une place importante aux ouvrages sur l’art en Turquie. On s’attache à avoir un échantillon témoignant de la diversité de l’édition turque. Ainsi de cet ouvrage à tirage limité et en format italien dont les pages se déplient.

L’artiste présenté ici est le poète et essayiste prolifique Enis Batur, qui mêle la création à la réflexion. Ses écrits sont souvent augmentés d’éléments visuels, accompagnant les textes dans une quête jalonnée d’interrogations et d’analyses, et certains qualifient son travail de « projets ». Son œuvre complète est conservée à la BnF. Dans ce livre, il « visite » une construction abandonnée.

Arif Dino (1893-1957)
Le visage : Arif Dino
Istanbul, Norgunk, 2003. 1 vol. non paginé, ill., 20 cm.
Abidin Dino (1913-1993)
Visages pile ou face
Saint-Clément, Fata Morgana, 1992. 33 p.-[18] p. de pl., couv. ill., 25 cm.
BnF,
Département Littérature et art.
[2008-186387 et [4-V pièce-21017

Les frères Dino, tous deux artistes polyvalents issus d’une famille de peintres et d’écrivains, passèrent une grande partie de leur enfance en France. Abidin Dino, ou Abidine tout court, s’installe à Paris en 1952 après un début de carrière très remarqué et reconnu en Turquie. Son œuvre, diverse et abondante, allant de la gravure à la sculpture, en passant par l’affiche, la peinture et même le cinéma, est une référence autant dans le paysage artistique turc que dans la vie culturelle française.

Le petit livre intitulé Le visage, réunissant les portraits dessinés par Arif et textes d’Abidin, est une publication turque en langue française. Quant à la couverture de l’ouvrage Visages pile ou face, qui comporte un dialogue d’Abidin Dino avec l’écrivain Yachar Kemal, elle fait écho à la citation de l’artiste : « Les visages, dans une certaine mesure, disparaissent, et ce que l’on pourrait nommer le visage de la foule prend forme ».

C comme CALLIGRAPHIE

Mizan el-hatt.
Traité de calligraphie, copié par Ibrahim Namik. Encre et or sur papier.
Turquie, 1744.
BnF
département des Manuscrits
[Supplément turc 1054
Présenté avec :
Ahmet Soysal (1957-…)
Hüsnühat
Istanbul, Norgunk, 2004. 68 p., ill., 22 cm.
BnF
département Littérature et art.
[2008-186320

Parallèlement à l'adoption progressive de l'imprimerie pour les livres en turc, la copie manuscrite perdura jusqu'à la fin de l'Empire ottoman où l'enseignement de la calligraphie tenait une place importante. L'écriture en caractères arabes se doit d'être belle par nature, l'une de ses fonctions étant d'exposer au regard la parole divine ; elle est tantôt un exercice spirituel, tantôt recherche d'une élégance appliquée. La construction de la lettre s'appuie sur des règles très strictes, la mesure de base étant donnée par le point obtenu par le bec du calame ; longueur des étirements de chaque caractère et volume des espaces vides sont définis par un nombre fixé de ces points.

Résultat inévitable de l’adoption de l’alphabet latin en 1928,  l’art de la calligraphie ottomane n’est plus enseigné aujourd’hui en Turquie que dans certains établissements (souvent des bibliothèques), la pratique n’étant plus comparable à celle de l’époque ancienne. Il existe néanmoins des expositions mettant en valeur des oeuvres calligraphiques contemporaines liées également à l'art de l'enluminure, ainsi que des concours dont les lauréats sont souvent de jeunes calligraphes.
L’ouvrage Hüsnühat, dont le titre veut dire « la belle écriture » étudie l’esthétique de la calligraphie ottomane en tant qu’art plastique, davantage destiné à être vu qu’à être lu, même si les textes calligraphiés transcrivent les paroles de Dieu. La couverture reproduit un panneau d’étude de l’un des derniers hattat (calligraphe), Mustafa Halim Özyazici, décédé en 1964.

D comme DISQUE

Disque zonophone

Dilhanemi yikdin
Iki Telli Gazel, Hafiz Sami Effendi, Kemani Ihsan
Zeybek pichrevi
Kemani Ihsan ve Ibrahim, instr.
1 disque : 78 t., aig., 25 cm
Zonophone X-102770/X-109266
BnF
département de l’Audiovisuel.
[SD 78 25-33226

Parmi les acquisitions du département de l’Audiovisuel figurent sept disques de musique turque publiés à Constantinople vers 1906-1907 sous la marque Zonophone. Il s’agit d’une filiale de la Gramophone Company britannique. Leurs étiquettes portent la mention The Gramophone and Typewriter Ltd qui permet de dater ces publications. Par ailleurs, l’état de conservation de ces étiquettes et leur couleur bleu turquoise offrent un grand intérêt visuel.

Très tôt, vers 1904, des firmes phonographiques européennes (Gramophone, Odéon, Pathé...)  installent des ramifications éditoriales à travers l’Europe orientale,  l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud. Ainsi, à titre d’exemple, Max Strauss, fondateur d’Odéon, envoie en 1904 des ingénieurs du son en Afrique, en Grèce, en Turquie. Il établit très rapidement un réseau de représentants dans chacun de ces pays. Entre 1905 et 1906, le catalogue couvrant les répertoires arabe, grec et turc passe de 7 000 à 11 000 titres. Cette pratique fut également adoptée par la firme Victor en Chine et en Amérique du Sud.

G comme GÉOGRAPHIE

Carte du ciel

Kâtib Çelebi (1609-1657)
Kitâb-ı Cihânnümâ
li Kâtib Çelebi ; [öns. Ibrahim Müteferrika]. Kostantiniyye [Istanbul] : Darü't-tıbaati'l-Âmire, 1145 [1732]. [4]-698-[22] p., ill., 33 cm.
BnF
Réserve des livres rares.
[RES G-G-18

Ce traité de géographie, abondamment illustré, est connu sous le nom de « Livre du miroir du monde ». Il sort des presses d’Ibrahim Müteferrika (1674-1745), fondateur de la première imprimerie ottomane utilisant des caractères arabes pour publier des ouvrages en langue turque. Dix-sept volumes appelés « incunables turcs » y ont été imprimés entre 1729 et 1742 : ils sont tous aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France grâce à l’accord passé entre Said Aga, ambassadeur auprès de Louis XV, et l’abbé Bignon, garde de la Bibliothèque du roi. Said Aga remit cet exemplaire au monarque lors de sa visite de la Bibliothèque, le 20 mars 1742.

I comme ISTANBUL

Couverture de Çiçekçinin ölümü de Ahmet Ümit et İsmail Gülgeç

Ahmet Ümit (1960-…) et İsmail Gülgeç (1947-....), dessinateur
Çiçekçinin ölümü
yazan Ahmet Ümit ; çizen ve renklendiren İsmail Gülgeç. Istanbul, Doğan Kitap, 2005. 56 p., ill. en coul. ; 31 cm.
BnF
département Littérature et art
[2006-281091

Outre le dessin humoristique, la bande dessinée narrative dite çizgi-roman ou « dessin-roman », fait son entrée en Turquie dans les années 1930 comme un produit de culture populaire, offrant des versions illustrées d’épopées ou de romans connus. Plus tard, alors que les classiques de la bande dessinée étrangers sont traduits en turc, une création originale turque très inspirée par le trait américain apparaît dans les journaux quotidiens. L’apparition d’Abdülcanbaz, du caricaturiste Turhan Selçuk, marque un tournant : ce personnage ottoman aux traits pointus, coiffé d’un fez et entouré de femmes nues dans une Turquie contemporaine exprime, à travers ses « aventures extraordinaires », la critique sociale et politique avec un humour plutôt sophistiqué. Les vingt-quatre albums regroupant ses aventures complètes sont conservés au département Littérature et art de la Bibliothèque.

L’album « noir » d’Ahmet Ümit, romancier dont l’œuvre est suivie à la BnF, est acquis dans le cadre de la politique documentaire de constitution de corpus d’auteurs.  Il nous offre l’occasion de voir Istanbul à travers les dessins réalistes de Gülgeç, caricaturiste et illustrateur de renom.

J comme JEUNESSE

Couverture de Doğa dostları de Ferit Edgü

Orhon, Orhan Seyfi (1890-1972)
Resimli dünya : haftalık fennî, edebî, terbiyevî, mizahî çocuk gazetesi
müdür-ü mes’ul Orhan Seyfi [Orhon]. İstanbul, Cumhuriyet matbaası, 1340-1341[1924-1925].
Présenté avec :
Ferit Edgü (1936-...)
Doğa dostları
metinler : Ferit Edgü ; resimler : Sadi Pektaş. Istanbul, Adam, 2004. 29 p., ill. en coul. 17 cm.
BnF
département Littérature et art.
[2008- 12049 et [2007- 3373

Le premier journal à l’intention de la jeunesse dans l'Empire ottoman a vu le jour en 1869, année où paraît également le premier périodique pour la femme turque. Cela correspond aux efforts officiels d'occidentalisation et à la place que l'on accorde désormais à ces deux catégories sociales jusque là négligées dans la société ottomane.
Comme la plupart des autres titres de la même époque (environ deux cents), Resimli Dünya (Le Monde illustré) change rapidement d’orientation, laissant la place, à partir du n° 22 à un journal pour un public plus général. Connu pour la richesse de ses illustrations, le contenu est cependant toujours de nature pédagogique. Le prix pour « tous les pays étrangers » prouve qu’il était également destiné à un lectorat en dehors des frontières de l'Empire.

Le livre destiné aux préscolaires est un produit relativement récent en Turquie.  Longtemps « au service » de la pédagogie et de la politique, la littérature de jeunesse existe enfin aujourd’hui par son appel à l’esthétique visuelle. Nombreux sont écrivains et artistes confirmés, qui prennent plaisir à rédiger et à illustrer des ouvrages pour les tout petits. 

Les collections turques de la BnF ne comportent que les études sur la littérature de jeunesse ainsi que les œuvres de certains auteurs dans l’objectif de compléter leurs corpus. C’est le cas pour Ferit Edgü, essayiste et critique d’art.

K comme KÜLTÜR

Couvertures de différentes revue turque

Sélection de revues littéraires turques
BnF
département Littérature et art.
[diverses cotes]

La politique d’acquisition de la Bibliothèque nationale de France concernant le secteur turc manifeste une ambition marquée pour les collections complètes des périodiques littéraires qui sont de véritables laboratoires de la création et de la réflexion culturelle, alimentées par le climat sociopolitique ambiant.

Grâce aux acquisitions rétrospectives, le fonds compte plusieurs titres phares de la littérature turque du XXe siècle, tels que Varlık depuis son premier numéro paru en juillet 1933 en passant par Eser, Dost, Papirüs, Yeni Dergi, Adam öykü…et jusqu’aux actuels Dergâh, Yasakmeyve, Virgül, Hece, Kritik ou Pasaj, etc. pour n’en citer que quelques-uns.

L comme LITHOGRAPHIE

Şah İsmail [ve kenarında] Derdi yok ile Zülfü siyah hikâyesi.
Sans lieu ni date [1881 ?], 40 p. ill. ; 22 cm. Impression lithographique.
BnF,
département Littérature et art.
[2005-204552

Henri Cayol (1805-1865) et son cousin Jacques Cayol, venus de Marseille à Istanbul, installent, sous le patronage de Hüsrev Pacha, une presse lithographique dans les sous-sols du ministère de la guerre. Ils y impriment des ouvrages militaires, dont le premier voit le jour en 1831/1832.  Une trentaine d’années plus tard, de nombreux autres ateliers avaient adopté cette technique d’impression très adaptée à la graphie en caractères arabes.

Fruits de la littérature orale, remaniés et réinventés par chaque conteur, les récits réunis dans cet ouvrage ont été lithographiés pour être plus largement diffusés, remplaçant progressivement la tradition de colportage. Ce livret contient deux contes avec une mise en page particulière : un premier récit au centre, souvent illustré, et un second en marge, encadrant le conte principal sur trois côtés. On notera que le lecteur anonyme de cet exemplaire n’a pas résisté à la tentation de « compléter » le dessin !

Don de Pertev Naili Boratav.

M comme MARIONNETTE

Ombre turque

Ombres turques
- Tyriaki ou Le Fumeur d’opium. 27 x 17 cm.
- Karagöz (barbe courte) et Hacivat (barbe longue et recourbée) dans une barque. 20 x 33 cm.
- Trois personnages se suivant à la queue-leu-leu. 32 x 31 cm
XIXe siècle. Marionnettes-tiges en parchemin découpé et teint.
BnF
département des Arts du spectacle.
[Obj-Mar-310, 311 et 313

Le théâtre d’ombres du Karagöz a été importé d’Égypte en Turquie au XVIe siècle.
Le marionnettiste manipule au moyen de deux tiges des silhouettes translucides faites de parchemins teints de couleurs vives et articulées en trois points. Un éclairage par l’arrière projette leurs ombres sur un écran blanc.
Le bourru Karagöz astucieux et franc, son compère le rusé Hacivat, le fumeur d’opium, la jeune fille, l’Arabe, le Grec, le Juif, etc., chaque personnage est reconnaissable à son costume et à son accent.

Ces stéréotypes de la société ottomane dans sa diversité présentent au public de courtes pièces. Bons mots, métaphores, quiproquos rythment ces satires sociales et politiques, toujours dans le but de faire rire le spectateur… sans l’offenser. L’épilogue de chaque pièce se termine toujours par la formule rituelle «  Sürç-ü lisan ettikse affola ! » (si la langue nous a fourché, pardonnez-nous !).

O comme OR

Pièce d’or de 5 altın de Mahmud Ier (1730-1754).
Droit : au centre, dans une large bordure ornée de rinceaux, la tuğra, signature ornementale, du sultan.
Revers : dans une bordure décorative, l’inscription Zarp fī Islāmbōl, « frappée à Islambol ».
Or, poids de 16,62 g, diamètre de 47 mm.
BnF
département des Monnaies, médailles et antiques.
[1998-219

C’est à partir du règne de Ahmed III (1703-1729) et jusqu’à celui d’Abdülhamid I (1774-1807), que les sultans frappèrent de grandes monnaies de prestige appelées fındık altın ou zer-i mahbub en plusieurs dénominations (2, 3 et 10), dont la fonction était de récompenser les officiers, les courtisans et les généraux méritants. Par leur poids, ces pièces s’inséraient dans le système monétaire ottoman, mais elles ne circulaient pas, les récipiendaires préférant les porter en médailles comme des marques de la distinction du sultan.

P comme PARTITION

Partition de Ali Beg Bobowski

’Ali Beg Bobowski, dit ’Ali Ufkî
Recueil composite. Textes, poésies, chants, en diverses langues : turc, italien, latin, allemand, polonais.
Turquie, fin du XVIIe siècle.
BnF
département des Manuscrits.
[Turc 292

Au XVIIe siècle, la notation musicale n’était pas usitée en Turquie, mais des airs de cette époque nous sont parvenus grâce à de rares copies. 'Ali Beg Bobowski ('Ali Ufkî), polonais converti à l’islam, fut longtemps interprète (drogman) au Sérail à Istanbul ; d’une vaste culture tant européenne qu’orientale, correspondant avec nombre d’érudits occidentaux, il était aussi musicien. Ce « chansonnier » (qui diffère du manuscrit conservé à Londres, également de lui et joué en concerts ces dernières décennies) où le musicien note avec précision les paroles avec transcription latine et indications sur les modes (maqam) est un document exceptionnel pour la connaissance de la musique ottomane. La BnF conserve aussi le manuscrit de sa version turque des Psaumes avec la partition.

S comme SAVOIRS

Traité de physiognomonie

Taliqi-zade Mehmed ibn Mehmed el-Fenari
Feraset name. Traité de physiognomonie.
Encres, gouache et or sur papier. Turquie, fin du XVIe siècle. Au f. 42v° : une école.
BnF
Département des Manuscrits.
[Supplément turc 1055

La feraset (physiognomonie) est une technique divinatoire fondée sur l’analyse de l’état physique et des signes extérieurs d'une personne (apparence du visage, morphologie) pour présager de son état moral et de son comportement psychologique, connaître son tempérament et sonder sa conscience.

Rédigé vers 1575 par Mehmed el-Fenari, secrétaire (katib) du divan impérial, ce traité dédié au sultan Mourad III (1574-1595) est copié sur des feuillets sablés d’or dans des encadrements or et bleu, et orné de peintures encartées dans de grandes marges de papier de couleur.

S comme SCIENCES

[Tables trigonométriques]
Sans lieu ni date. 90 p., 20 cm.
Présenté avec :
Hafîd Efendi (17..-1811)
Mehâhü'l-miyâh
Istanbul : Darü't-tıbaatü'l-mâmure, 1212 [1797]. 27 p., 16 cm.
BnF
Département Sciences et techniques.
[16-V-21866 et [S-34614

Les tables trigonométriques permettaient, avant l’usage de la calculatrice, de calculer les fonctions d’angle et d’étudier ainsi les triangles et les cercles. Entrées à la Bibliothèque Royale sous la Restauration (1814-1830), celles-ci sont notées en caractères turcs et reliées à la manière ottomane.

Dû au savant Hafîd Efendi, le petit traité en turc décrit les diverses qualités des eaux d’Istanbul. L’ouvrage appartenait à Mathieu-Louis Langlès (1763-1824), administrateur des Manuscrits orientaux à la Bibliothèque impériale au début du XIXe siècle et professeur à l’École spéciale des Langues Orientales, dont il fut un membre fondateur en 1795.

T comme TRAITÉ

[Traité. 1740-05-28. Constantinople]
Capitulations ou Traités anciens et nouveaux entre la Cour de France et la Porte Ottomane, renouvelés et augmentés l’an de J.C. 1740, et de l’Egire 1153.
Traduits à Constantinople par le Sieur Deval,... 1761. Paris, Imprimerie royale, 1770. XVIII-48 p., in-fol.
BnF
département Droit, économie, politique.
[F 4724 (82)

Apparues sous le règne de François Ier, les Capitulations sont des traités conclus entre le Royaume de France et l’Empire ottoman, destinés à reconnaître au bénéfice des sujets chrétiens établis dans les Échelles du Levant de nombreux avantages et privilèges, notamment commerciaux, dont l’application est du ressort direct du Consul. Quatre garanties fondamentales sont ainsi accordées : droit de résidence, liberté du culte chrétien, inviolabilité du domicile, transmission des biens par héritage.

Accordées en fait unilatéralement par le Sultan, qui ne saurait traiter d’égal à égal avec les princes chrétiens, ce système original de protection des minorités sera en vigueur jusqu’à la signature du Traité de Lausanne en 1923.

jeudi 23 juin 2011

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