Collections et services

Fonds Paul Lacroix

Les archives du Bibliophile Jacob et sa très riche collection d'autographes

De Paul Lacroix au bibliophile Jacob

 

F. Nadar, Paul Lacroix : photographie positive sur papier albuminé, d'après négatif sur verre, ca. 1900

Né à Paris en 1806 dans une famille aisée que la chute de l’Empire et la mort du père, ancien adjoint à l’administration générale des domaines, en 1813, condamne à une forme de déclassement, Paul Lacroix fait ses classes au collège Bourbon avant de se lancer précocement dans la carrière des lettres, principalement par des pièces de théâtre comme La Prison de Pompéia (1827) ou La Maréchale d’Ancre (1827). C’est en 1829 qu’il accède à la renommée littéraire grâce à la publication des Soirées de Walter Scott à Paris, recueil de nouvelles historiques qui profitent de la vogue du grand romancier écossais et qui, surtout, campent pour la première fois le personnage du « bibliophile Jacob », vieillard âgé de plus de cent ans, « membre de toutes les académies ». Paul Lacroix ne cessera dès lors de faire de cet infaillible alter ego le meilleur garant de ses succès de romancier, de bibliographe et d’historien.

Entre la fin des années 1820 et le début des années 1830, il figure parmi les hôtes réguliers de Charles Nodier aux dimanches de l’Arsenal, où il fréquente la fine fleur du mouvement romantique : Victor Hugo, bien sûr, mais aussi Auguste Maquet, ou encore Alexandre Dumas, dont il sera l’un des nègres (en particulier pour La Femme au collier de velours, Les Mille et un fantômes, et Olympe de Clèves). Dans le même temps, Paul Lacroix publie chez Eugène Renduel un nombre impressionnant de romans historiques dont le succès initial ne tarde pas à s’essouffler, et parmi lesquels on peut citer La Danse macabre : histoire fantastique du XVe siècle (1832), ou encore Les Francs-Taupins : histoire du temps de Charles VII (1440). Ne répugnant pas à quelques infidélités ponctuelles au Moyen-Âge, son époque de prédilection, Paul Lacroix s’aventure également sur le terrain du roman de mœurs contemporain, avec des titres comme Un divorce : histoire du temps de l’Empire (1812-1814), paru en 1832.

Le début de la décennie suivante marque pour notre bibliophile le début d’une longue traversée du désert, aggravée par l’échec commercial de l’Alliance des arts, ambitieuse entreprise fondée en 1842 avec son ami Théophile Thoré. Accablé par les soucis d’argent, Paul Lacroix multiplie les sollicitations pour obtenir une place de bibliothécaire qui persiste à ne pas venir, et renonce peu à peu à l’écriture de fiction pour se livrer aux genres plus sérieux de l’histoire et de la bibliographie. Ce n’est qu’en 1855 que sa nomination à l’Arsenal en tant que conservateur, en remplacement d’Adam Mickiewicz, lui assure enfin une forme de sécurité professionnelle et financière. En charge de la préparation du catalogue de cette bibliothèque déjà reconnue comme un haut-lieu de la bibliophilie, « l’homme-livre » poursuit son œuvre titanesque (une série d’ouvrages monumentaux sur les lettres, les mœurs, et les arts des siècles passés, ainsi qu’une impressionnante Bibliographie moliéresque, en 1872), tout en recevant volontiers chez lui érudits, amateurs de livres et jeunes littérateurs. Fortement marqué par l’épisode du siège de Paris et de la Commune, au cours duquel il crut son cher Arsenal perdu, Paul Lacroix s’éteint en octobre 1884, des suites d’une goutte qui le faisait souffrir depuis de nombreuses années.

Paul et Jules Lacroix, une fratrie littéraire

Le portrait de Paul Lacroix serait toutefois incomplet sans celui de Jules, son inséparable frère et complice, de trois ans son cadet, lui aussi littérateur prolifique, mais dont l’œuvre a sombré dans un oubli plus grand encore que celle de son aîné. Auteur compulsif de romans de mœurs influencés par le modèle du mélodrame, Jules Lacroix marche sur les traces de son frère dans les années 1830 en publiant, lui aussi chez Renduel, Une grossesse (1833), ou Le Tentateur, chez Dumont (1836). En tant que dramaturge et traducteur de Sophocle et de Shakespeare, qu’il adapte en vers français, il jouit d’une certaine notoriété, et collabore régulièrement avec Auguste Maquet – les deux littérateurs co-signent en 1853 un livret d’opéra intitulé La Fronde. Atteint très jeune d’une grave maladie des yeux, Jules peut compter sur l’aide et la sollicitude de son frère, dont il demeure très proche et qu’il retrouve régulièrement pour dîner. Il épouse par ailleurs en 1851 Caroline Rzewuska, sœur de la fameuse Ève Hanska, et devient de ce fait le beau-frère posthume de Balzac.

Les papiers de Paul et Jules Lacroix, une succession à double fonds…

À la mort du bibliophile Jacob, son imposante bibliothèque de travail, essentiellement composée d’usuels historiques et d’outils bibliographiques, est vendue aux enchères. Il ne s’agit néanmoins que de la partie émergée d’un iceberg autrement plus conséquent qui comprend à la fois la collection des œuvres imprimées de Paul Lacroix, l’ensemble de ses archives manuscrites, et une impressionnante collection d’autographes laissée aux frères Lacroix par Mme Emma Bain-Boudonville. Le bibliophile Jacob, souvent en délicatesse avec sa hiérarchie durant ses trente ans passés à l’Arsenal, avait décidé à la fin de sa vie de faire don de toutes ses œuvres imprimées, certaines sur grand papier, à la bibliothèque publique de la ville de Montpellier : cette collection est conservée encore aujourd’hui à la médiathèque Émile Zola. C’est également à cette bibliothèque que Paul Guilhiermoz, petit-neveu par alliance et exécuteur testamentaire, fit parvenir un certain nombre de documents manuscrits puisés dans les papiers de son oncle. Ce n’est en revanche qu’en 1928, et après une succession quelque peu capricieuse, que le reste des archives du bibliophile, ainsi que sa collection d’autographes, parvinrent finalement à l’Arsenal ; on y trouve un éventail particulièrement riche de manuscrits autographes, d’épreuves annotées, de notes bibliographiques, de papiers de famille et de dossiers épistolaires. Il faut ajouter à cet ensemble documentaire déjà conséquent les archives de Jules Lacroix, mort en 1887, et celles de sa femme Caroline, ce qui fait du fonds Lacroix un ensemble particulièrement important, composé d’environ 20 000 feuillets essentiellement répartis entre les cotes ms-9624 et 9675.
La Bibliothèque continue d'enrichir ce fonds par l'achat de documents manuscrits et imprimés.

À noter

Les manuscrits de ce fonds sont décrits dans le catalogue BnF archives et manuscrits.

On pourra consulter aussi l’inventaire dactylographié des autographes de Paul Lacroix (sur place), et le Supplément au Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France pour ses archives personnelles.

mardi 10 mai 2016

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Bibliothèque de l'Arsenal

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