Soutenez
le Trésor national
Formulaire de recherche

Archives du Trésor du mois

Le Trésor du mois – 2006

Pour l’abolition de la peine de mort : le discours de Robert Badinter à l’Assemblée nationale en 1981

Novembre 2006

Manuscrit autographe du Discours sur l´abolition de la peine de mort

Robert Badinter
Discours sur l’abolition de la peine de mort
Manuscrit autographe de la première version, A-D + 26 f. (et f. 24 bis)
BNF, site Richelieu, département des Manuscrits, NAF 28085
Don de l’auteur, D. 06-39

Marqué par l’exécution de Buffet et Bontemps en 1972, Robert Badinter devint un farouche partisan de l’abolition de la peine de mort et s’illustra jusqu’en 1980 comme avocat dans des affaires criminelles où se posait la question de l’exécution capitale. Garde des sceaux, ministre de la Justice en 1981, il présenta et soutint devant le Parlement le projet de loi abolissant la peine de mort. En cela, il achevait le combat abolitionniste ouvert en 1791 par Le Peletier de Saint-Fargeau, poursuivi par Lamartine en 1838, Victor Hugo en 1848, Aristide Briand et Jean Jaurès en 1908.
Robert Badinter laisse apparaître toute sa résolution dans le brouillon de la première version de son discours. Composé en août 1981 chez Paul Guimard, près de Lorient, le texte porte de nombreuses corrections, tout en témoignant d’un travail d’écriture continu. Cette première version présente de légères variantes par rapport au discours définitif, que Robert Badinter n’eut de cesse de retoucher jusqu’au moment de le prononcer le 17 septembre 1981 :

"Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain grâce à vous, il n’y aura plus pour notre honte commune, de ces exécutions furtives à l’aube naissante dans nos prisons. Demain grâce à vous, les pages sanglantes de notre justice seront closes."

L’Assemblée nationale réunie en session extraordinaire puis le Sénat adoptèrent l’ensemble du projet de loi le 18 et le 30 septembre. Le 9 octobre 1981, François Mitterrand signait la loi n° 81-908 portant abolition de la peine de mort en France.

Le manuscrit d’un des plus importants romans français du XIXe siècle

Septembre 2006

Manuscrit autographe de La Chartreuse de Parme

Stendhal écrivit La Chartreuse de Parme en cinquante-trois jours, du 4 novembre au 25 décembre 1838. Dès la parution du roman, en avril 1839, Balzac s’enthousiasme. Le 25 septembre 1840, dans un grand article de la Revue de Paris, il fait le point : "M. Beyle a écrit un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre […] Moi, qui crois m’y connaître un peu, je l’ai lue pour la troisième fois, ces jours-ci : j’ai trouvé l’œuvre encore plus belle". Cependant, il fait part à Stendhal de ses réserves quant à la structure de la première partie et lui conseille de commencer par la bataille de Waterloo, événement historique, et non par le tableau de Milan, lieu de l’enfance du héros, Fabrice del Dongo. En juin 1840, à Rome et à Civitavecchia, Stendhal se remet donc au travail en vue d’une nouvelle édition qui tienne compte des remarques de Balzac. C’est de cet état du travail du romancier que le manuscrit conserve la trace : de nombreux feuillets portent ainsi biffures, ajouts et corrections. Pourtant, le 9 février 1941, Stendhal renonce soudain à cette seconde Chartreuse de Parme : "je reviens à l’ordre actuel" écrit-il à même le manuscrit. Ce faisant, il abandonne l’idée d’un début "à la Balzac" et choisit de faire passer l’Histoire et la Politique au second plan, derrière l’histoire individuelle du héros.
Deux des plus grands romanciers de leur siècle se rencontrèrent donc autour de La Chartreuse de Parme : tout en apportant un éclairage capital sur le laboratoire de l’œuvre, ce manuscrit rend compte d’un épisode décisif pour l’histoire du roman français au XIXe siècle.

Un Roman de la Rose très recherché entre à la Bibliothèque nationale de France

Juin 2006

Guillaume de Lorris
Roman de la Rose avec conclusion apocryphe
et Gui de Moiri
Remaniement du Roman de la Rose de Jean de Meun (1re version)
Parchemin, 156 ff., 280 x 200 mm
Flandre, milieu du XIVe siècle
BNF, site Richelieu, département des Manuscrits, NAF 28047
Préemption en vente publique le 7 avril 2006

Réunissant un art d’aimer courtois (Guillaume de Lorris) et une somme des savoirs sur l’amour (Jean de Meun), le Roman de la Rose "où l’art d’amour est toute enclose" fut une des œuvres les plus lues, du Moyen Âge jusqu’à nos jours. On en conserve près de 300 manuscrits de par le monde. Pourtant, récemment encore, les érudits s’interrogeaient sur l’existence séparée de la première partie du Roman et sur l’interprétation à donner à ce texte complexe. Sur ces deux points, le présent manuscrit apporte des éclaircissements et se révèle d’un intérêt exceptionnel pour l’histoire littéraire médiévale.
D’une part, il atteste que Guillaume de Lorris est bien l’auteur de la première partie du Roman de la Rose, car il contient cette première partie seule, telle que pouvait la lire, en 1290, un clerc d’origine picarde, du nom de Gui de Moiri ; elle se termine par ces mots : "Enssi fine li rommans maistre Guillaume de Lorris comment il mena ses amours a fin". D’autre part, il éclaire la réception de l’œuvre à l’extrême fin du XIIIe siècle, c’est-à-dire peu après sa rédaction : le manuscrit comporte en effet une première version de la réécriture de Gui de Moiri à la continuation de Jean de Meun. Ce grand admirateur du Roman de la Rose entreprit en effet de "remanier" le Roman pour le rendre plus "delitable" et "ententable" aux lecteurs, ajoutant même son nom dans le texte comme troisième auteur du Roman de la Rose.
Écrit en Flandre au milieu du XIVe siècle, le manuscrit appartint au XVe siècle à une famille écossaise installée en France, les Monypenny. Il se trouvait au début du XIXe siècle chez l’abbé de Tersan. C’est là que Méon, le premier éditeur moderne du Roman de la Rose, put le consulter et en signaler l’importance.

Portraits de Gustave Hinstin, un enrichissement exceptionnel à l’iconographie de Lautréamont

Mars 2006

Anonyme et divers auteurs
Huit portraits de la famille Hinstin entre 1843 et 1875 environ
Photographies sur papier (prises de vue directes et contretypes de daguerréotypes)
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu,
département des Estampes et de la Photographie
Az 46 4°
Don de la famille, 2005-1565 et 1566

Normalien, membre de l’École française d’Athènes, agrégé ès Lettres, Gustave Hinstin (1834-1894), après avoir occupé divers postes dans des lycées de province, est nommé en septembre 1863, professeur de rhétorique au Lycée impérial de Pau. Un mois plus tard, Isidore Ducasse (1846-1870), auteur, mieux connu sous le pseudonyme de Lautréamont, des Chants de Maldoror (1868) et des Poésies (1870), entre comme interne dans cet établissement.
Durant trois années, jusqu’à son baccalauréat, il sera l’élève de Gustave Hinstin. Ses exégètes et biographes s’accordent à souligner l’influence déterminante qu’eut ce professeur dans sa formation. Il lui dédicace ainsi ses Poésies  :

"A Monsieur Hinstin, mon ancien professeur de rhétorique, sont dédiées, une fois pour toutes les autres, les prosaïques morceaux que j’écrirai dans la suite des âges, et dont le premier commence à voir le jour d’hui, typographiquement parlant."

Comme Rimbaud, Lautréamont n’a laissé de son passage fulgurant dans l’existence que peu de traces. Aussi tout nouveau document est-il infiniment précieux. Ces portraits, presque tous inconnus, viennent d’être publiés dans les Cahiers Lautréamont. Ils nous montrent Gustave Hinstin, entouré de ses sept frères et sœurs de l’âge de 9 ans jusqu’à la maturité.

Une très rare "carte-portulan" sur papier acquise par le département des Cartes et plans

Février 2006

François Ollive (attribué à)
Carta Nautica de Maari Mediterraneo
[Marseille], [Entre 1646 et 1664]
Carte nautique manuscrite et enluminée sur papier, 42,5 x 61,5 cm (70 cm avec rabat à gauche),
montée dans un portefeuille de carton renforcé au dos de parchemin
BNF, site Richelieu, département des Cartes et plans
Ge DD 6657 Rés.
ACQ 0500064

À l'opposé de l'image théologique du monde que donne la mappemonde, et avant la redécouverte de Ptolémée en Occident, une nouvelle représentation cartographique se répand depuis l'Italie à partir du XIIIe siècle, dans un contexte d'essor du commerce maritime. Les portolani sont au Moyen-Âge à la fois des textes décrivant les côtes et l’accès aux ports de mer et, par extension depuis la fin du XIXe siècle, des cartes nautiques dessinées pour la plupart sur parchemin, avec le repérage des îles, des abris et des amers qui permettent de reconnaître un rivage.

La Carta Nautica de Maari Mediterreaneo présentée ici constitue l'un des très rares exemples encore conservés de "carte-portulan" dessinée sur papier, et non sur parchemin, et c'est à ce titre qu'elle est venue compléter la collection de portulans de la Bibliothèque nationale de France. Forte de 500 pièces environ (cartes et atlas), c’est l'une des plus importantes au monde. Elle comprend un noyau particulièrement précieux pour le Moyen-Âge – "Carte pisane", ca 1290, "Atlas catalan", 1375 – et la période des découvertes – "Carte de Christophe Colomb", 1492, planisphère de Nicolay de Caverio, ca 1506, "Atlas Miller", 1519 – etc.
Quoique ni datée ni signée, cette "carte-portulan" de la Méditerranée peut être attribuée à l'atelier marseillais de François Ollive. Dernier représentant d'une famille d'hydrographes originaires de Majorque qui essaima à Naples, Messine et Marseille, ce dernier réalisa de 1646 à 1664 de nombreuses cartes marines dans la tradition des cartes portulans. Les côtes du Portugal et du Maroc ont été figurées à l'ouest sur une extension de papier, doublé de parchemin, rappelant la forme des portulans dessinés sur des peaux entières, utilisées jusqu'au cou de l'animal.

mardi 8 janvier 2013

Écouter la page

Partagez