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Archives du Trésor du mois

Le Trésor du mois – 2007

La Fille Elisa d’Edmond de Goncourt, rehaussé d’aquarelles par Toulouse-Lautrec

Décembre 2007

La Fille Elisa d’Edmond de Goncourt

Edmond de Goncourt (1822-1896)
La Fille Elisa
Paris, G. Charpentier, 1877
Exemplaire rehaussé de onze aquarelles originales et de cinq esquisses à la mine de plomb par Toulouse-Lautrec en 1896.
Bibliothèque nationale de France, site F.-Mitterrand
Réserve des livres rares
Acq. 2007. Trésor national.

Grâce au Fonds du Patrimoine et au legs Pasteur Vallery-Radot, la Réserve des livres rares a pu acquérir l’exemplaire de La Fille Elisa d’Edmond de Goncourt, publié en 1877, sur lequel Henri de Toulouse-Lautrec a peint, en 1896, onze aquarelles originales et tracé cinq esquisses à la mine de plomb.
L’histoire de ce début d’illustration, qui ne dépasse pas la page 57, est aussi brève qu’obscure. On sait par le critique d’art Gustave Geffroy que Toulouse-Lautrec, en janvier 1896, songeait à illustrer le roman de Goncourt, vers lequel sa curiosité avait été attirée dès 1890, quand l’adaptation par Jean Ajalbert au théâtre Antoine en fut interdite. L’intérêt du romancier à l’égard du peintre et de son œuvre fut loin d’être réciproque. Dès qu’il s’en rendit compte, Toulouse-Lautrec arrêta là son projet. C’est du moins ce qu’on peut supposer à partir des maigres éléments connus.
Le livre était-il destiné à montrer à l’auteur le parti illustratif envisagé ? N’était-ce pas plutôt une sorte de carnet de travail ? Un premier jet en vue d’une édition illustrée en chromotypie ? Autant de questions en suspens. Reste du moins la vérité humaine des images saisies à la source, l’évidence graphique de leur mise en page, la touche du coloriste. Cet exemple unique chez Toulouse-Lautrec d’illustration directe sur un livre avait d’abord appartenu au galeriste Maurice Joyant, ami du peintre, puis à sa collaboratrice Madeleine Dortu, qui en publia, en 1931, un fac-similé.

L’art de la cavalerie dans un manuscrit arabe du XIVe siècle

Novembre 2007

Recueil de textes de furûsiyya

Recueil de textes de furûsiyya
Copie orientale, 1395
Papier, 49 f.
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits
Arabe 6604

Copié en 1394, ce manuscrit en arabe appartient au domaine de la furûsiyya. Cette discipline spécifique à la culture militaire mamelouke se développa en Syrie et en Égypte entre les XIIIe et XVIe siècles. Elle regroupe l’ensemble des connaissances équestres théoriques et pratiques, art de soigner et de dresser un cheval, entraînements des cavaliers et maniement des armes. Dans une société où une grande importance était accordée à la formation d’une cavalerie d’élite, l’apprentissage équestre se poursuivait jusqu’au moment où le cavalier possédait la maîtrise totale de son cheval, avec ou sans selle, et dominait parfaitement le tir à l’arc ou à la lance. Ces exercices donnaient lieu à de véritables compétitions qui se déroulaient en public dans les hippodromes et auxquelles assistait une foule nombreuse.

Illustré de seize diagrammes, l’un de ces traités décrit les mayâdîn, combats simulés entre deux équipes de lanciers. Les schémas explicitent les figures imposées. Divisés en deux camps, les cavaliers sont représentés par des lances avec flammes de couleur. Les formations en ligne se déploient en ordre déterminé, décrivant des formes géométriques variées, cercles, spirales, alignement. Elles sont ici signalées par un trait d’or, l’emplacement de chaque contingent de cavalerie étant marqué par des petits drapeaux or et bleu, tandis que le commandant est représenté par un drapeau plus grand. Ces évolutions équestres, proches des carrousels européens semblent avoir disparu au XVe siècle.

Une lettre autographe de Debussy à son éditeurde musique, sur la partition de Pelléas et Mélisande

Septembre 2007

Claude Debussy (1862-1918)
Lettre de Claude Debussy à Eugène Fromont, Bichain par Villeneuve-la-Guyard, [entre le 15 et le 23 juillet 1903].
Lettre autographe signée à l'encre violette sur papier à en-tête dont l'adresse est rayée (58, rue Cardinet), [1903], 1 double f.
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu
département de la Musique
NLa 257. Acquisition 2007-11

Claude Debussy s’adresse à l'éditeur Eugène Fromont (1852-1927), alors que la partition d'orchestre de Pelléas et Mélisande est en cours de gravure. Pendant l’été 1903, Debussy séjourne dans l’Yonne chez les parents de sa première épouse Lilly Texier et travaille à la relecture des secondes épreuves de l’opéra. Le graveur A. Gulon, gêné par de nombreux changements dans la partition, semble avoir pris des initiatives qui provoquent l’irritation du compositeur. Celui-ci entend bien obtenir une édition aussi parfaite que possible, où ses volontés sont respectées et non « corrigées » par le graveur. Au cours de cet été fructueux, Debussy esquisse La Mer, l’une de ses œuvres majeures.
Pelléas et Mélisande, drame en 5 actes et 12 tableaux sur un livret de Maurice Maeterlinck avait été créé à l’Opéra-Comique le 30 avril 1902. L’œuvre est dédiée à la mémoire de l’éditeur Georges Hartmann (1843-1900) qui soutint fortement Debussy au début de sa carrière et au cours des années de gestation de Pelléas. De 1891 à sa mort, il fut le mentor de l’éditeur Eugène Fromont.

Plusieurs jeux d’épreuves corrigées ainsi que la partition avec le bon à tirer dédicacée à sa future épouse Emma Bardac en juillet 1904 portent la trace du difficile travail de mise au point de la gravure.

Édition : Claude Debussy, Correspondance 1872-1918 ; édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Paris, Gallimard, 2005, lettre 1903-63.

Le manuscrit du Pont de la Rivière Kwaï entre à la BnF

Juin 2007

Pierre Boule : Manuscrit du Pont de la rivière Kwaï

Pierre Boulle.
Le Pont de la Rivière Kwaï
Manuscrit autographe, 121 f.
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits
Nouvelles acquisitions françaises 28166

Don de Françoise et Jean Loriot, D. 07-21

Mondialement connu pour les adaptations cinématographiques de deux de ses romans, Pierre Boulle (1912-1994) s’est toujours volontairement situé en marge des cénacles littéraires. Cet enfant d’Avignon, qui fut ingénieur dans une plantation d’hévéas en Malaisie avant d’être emprisonné pour faits de résistance en Indochine pendant la seconde guerre mondiale, retourne en France en 1949 et décide de se consacrer exclusivement à l’écriture. Alliant un humour presque britannique et une précision mécanique du récit, Pierre Boulle dessine les contours d’une véritable anthropologie. Quel que soit le mode choisi, roman héroïque ou conte philosophique, il n’a de cesse de pousser l’homme dans ses derniers retranchements et de lui enseigner la relativité du bien et du mal, au risque de le confronter à l’absurde.

C’est de son expérience des années de guerre que Pierre Boulle tire la matière pour construire Le Pont de la Rivière Kwaï, couronné par le prix Sainte-Beuve en 1952 et adapté au cinéma en 1957 par David Lean. Sa rencontre avec les Anglais et son engagement personnel forgèrent l’image du héros « boulléen », l’Homme dans toute son humanité et son inhumanité, dans la lignée d’un Joseph Conrad. À travers un manuscrit très corrigé qui laisse apparaître les repentirs de l’écrivain, utilisant les manuscrits autographes et les dactylographies d’œuvres précédentes, il met en scène l’opposition entre les colonels Nicholson et Saito, la contradiction entre code d’honneur et sentiment patriotique, sur fond de souffrance et d’humiliation : « Il n’y a plus d’ordre, ni de discipline. Notre tâche est de reconstituer le bataillon. Ce ne sera pas une chose facile mais heureusement nous avons un moyen d’y arriver. Le pont. »

Un exceptionnel manuscrit à peintures donné à la BnF

Mars 2007

Bréviaire-missel, à l’usage de l’abbaye de Montier-la-Celle (près de Troyes).
Parchemin, 215 x 150 mm, 243 ff., 35 initiales historiées à antennes et drôleries marginales, notations musicales. Reliure de velours vert à deux fermoirs d’argent, signée du relieur parisien Bauzonnet-Trautz. France, début du XIVe siècle.
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu
département des Manuscrits
Nouvelle acquisition latine 3241
Don de Pierre Guérin-Ruben, décédé en 2006.

Ce luxueux manuscrit liturgique, avec notations musicales, est de première importance à la fois sur le plan artistique, liturgique et iconographique. Son très riche décor permet de le dater du premier quart du XIVe siècle.

L’examen de son contenu liturgique permet de l’identifier comme un bréviaire à l’usage d’une abbaye bénédictine, Montier-la-Celle, près de Troyes. Le manuscrit, incomplet, ne contient que la partie correspondant au sanctoral de la saison d’été. Particulièrement remarquable est l’importance donnée à la fête de la translation des reliques de saint Frobert, fondateur de l’abbaye troyenne, le 16 octobre.

Le volume est enluminé de 35 initiales historiées sur fond d’or bruni, représentant les saints ou leur martyre. Sur chaque feuillet, les marges et les entre-colonnes sont décorées de baguettes, se transformant en souples antennes végétales à vignettes, de couleur bleu, rose, rouge orangé, vert. Tout un ensemble de petits personnages, hybrides, oiseaux, grotesques habitent le décor, rehaussé par l’éclat de l’or à la feuille. Ce type d’ornementation est caractéristique des manuscrits de luxe en France dans la première moitié du XIVe siècle, et notamment des bréviaires, dont un des plus extraordinaires représentants est le Bréviaire de Belleville, enluminé par Jean Pucelle, fleuron de la collection (mss latins 10483-10484).

Le manuscrit, resté totalement inconnu du monde savant, a fait partie au XIXe siècle de la collection du célèbre journaliste, Armand Bertin, directeur du Journal des Débats, avant de devenir la propriété de la famille de Pierre Guérin-Ruben, le généreux donateur.

Paul Morand, New York, manuscrit autographe

Février 2007

Paul Morand
New York
Manuscrit autographe. 141 f
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu
Département des Manuscrits, NAF 28110
Achat, Paris, Christie’s, 23 novembre 2006 (n° 271 du catalogue). (A. 06-19.)

Grand voyageur, Paul Morand écrit New York après le quatrième voyage qu’il fait aux États-Unis en janvier - février 1929 et le publie dans La Revue de Paris à partir du 1er décembre 1929, puis chez Flammarion en janvier 1930.

Fasciné mais lucide, il fait de la métropole le portrait d’un être vivant : "New York est l’image même de la ville, l’expression de la ruée urbaine". Selon l’expression de Philippe Sollers qui a rédigé la préface de la réédition de 1978, ce livre "est à la fois un essai de mythologie, une prophétie nerveuse, un guide touristique, un reportage, un traité d’ethnologie, une longue nouvelle". L’ouvrage connaît un grand succès : dès 1935, on en dénombre 273 éditions.

L’auteur a divisé son livre en quatre parties : "La ville basse", "La ville moyenne", "La ville haute" et "Panorama de New York". Le manuscrit, très travaillé, est, d’après une lettre jointe de Morand, "l’unique version écrite de sa main".

Avec New York,  une des œuvres emblématiques de Paul Morand entre dans les collections du département des Manuscrits qui conservait déjà un fonds important provenant des dons successifs de l’écrivain.

75 ans après sa création, Babar rejoint les trésors de la BnF

Janvier 2007

Le Voyage de Babar, aquarelle originale pour la couverture. © BnF/Réserve des Livres rares

Jean et Laurent de Brunhoff
Documents originaux préparatoires à 3 albums de Babar : Le Voyage de Babar (1932), Les Vacances de Zéphir (1936), Le Château de Babar (1961)
Crayon, encre, aquarelle, épreuves
Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, Réserve des livres rares
[Rés. Gr. fol. NFR. 24-26
Don des enfants de Jean de Brunhoff (Don Rés. 05-113 à 115)

C’est un soir d’été 1930 que Cécile de Brunhoff imagina pour ses jeunes enfants l’histoire d’un éléphanteau qui gagne la ville pour fuir le chasseur qui vient de tuer sa maman. Mise en texte et en images par son époux  Jean de Brunhoff, peintre de formation, elle devint l’Histoire de Babar, le petit éléphant, publiée par Le Jardin des modes en 1931. Suivront six autres albums de Babar créés par Jean, puis, dans la continuité du père, les aventures contées et dessinées par son fils Laurent, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.
Fort de ses soixante-quinze années d’un succès qui ne se dément pas, le vénérable pachyderme fait aujourd’hui une entrée prestigieuse dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. Grâce aux dons généreux des enfants de Jean de Brunhoff, Laurent, Mathieu et Thierry, celles-ci s’enrichissent en effet d’un exceptionnel ensemble de documents originaux préparatoires à trois albums : 23 aquarelles originales et 11 dessins inédits pour Le Voyage de Babar (1932), la totalité des dessins originaux à la plume et leur épreuves mises en couleurs pour Les Vacances de Zéphir (1936), enfin  des esquisses crayonnées, la maquette et les aquarelles originales pour Le Château de Babar, conçu par Laurent de Brunhoff en 1961.
Second titre paru, Le Voyage de Babar est le récit du voyage de noces mouvementé du couple royal quittant en ballon le pays des éléphants. Comme souvent, la présente planche pour la double page 4-5, où domine le bleu profond du ciel et de la mer – couleur pratiquement absente des autres albums de Jean – est annotée au crayon à l’attention de l’imprimeur afin de préciser le rendu des couleurs.
Désormais conservés à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France, ces documents originaux permettent d’appréhender au plus près l’art de Babar : art du trait, de la forme, de la couleur, de la mise en page et de la narration, qui révolutionna l’album pour enfants.

mardi 8 janvier 2013

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