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Archives du Trésor du mois

Le Trésor du mois – 2008

Tristes Tropiques, de Claude Lévi-Strauss

Décembre 2008

Tristes Tropiques, de Claude Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss (né en 1908)
Tristes Tropiques
Manuscrit de travail
Entré par dation en 2007
BNF, département des Manuscrits
[NAF 28150

Publié en 1955, Tristes Tropiques marqua l’élargissement de l’audience de Lévi-Strauss et la naissance d’un véritable écrivain. Si la publication en 1949 de sa thèse consacrée aux Structures élémentaires de la parenté lui avait  assuré une reconnaissance scientifique internationale, Tristes Tropiques toucha profondément le grand public. Cette autobiographie intellectuelle d’un genre nouveau devint rapidement un grand classique. Le désenchantement devant la pratique ethnographique, la réflexion sur la place de l’homme dans l’univers manifestaient déjà le détachement intellectuel auquel se tint très tôt Claude Lévi-Strauss, contrairement à nombre de ses pairs volontairement engagés. Enfin, les documents préparatoires à l’ouvrage portent trace de la tentation de la littérature qui fut la sienne et qu’il évoque : en plein travail ethnographique, au fin fond de l’Amazonie, lui venait par exemple à l’esprit une nouvelle version de Cinna, un texte griffonné au crayon.

Scientifique avant tout, Lévi-Strauss, élu en 1959 au Collège de France à la chaire d’anthropologie sociale, fondateur d’un laboratoire et d’une revue, poursuivit son travail de chercheur. Parmi ses nombreuses publications, citons d’abord Anthropologie structurale I (1958), recueil méthodologique d’articles en même temps que manifeste, suivi d’un second volume en 1973. Citons aussi la série des Mythologiques, dont les quatre volumes dressèrent un véritable « inventaire des enceintes morales », découvrant, à l’origine des mythes, des déterminations de la fonction symbolique.
Autant de titres figurant dans la dation Lévi-Strauss et constituant la partie emblématique du fonds.

Julien Gracq. Ses manuscrits entrent à la BnF

Novembre 2008

Julien Gracq (1910-2007)
Choix de divers textes : La littérature à l’estomac (1950), Le Rivage des Syrtes (1951), Un balcon en forêt (1958) et un carnet de croquis et de notes géographiques.
Département des Manuscrits
Nouvelles acquisitions françaises 28515
Legs de Julien Gracq, 2008

Le 22 décembre 2007, Julien Gracq s’éteignait à l’âge de quatre-vingt dix-sept ans, léguant l’ensemble de ses manuscrits littéraires à la Bibliothèque nationale de France.
Ce fonds exceptionnel est riche de plus de quinze mille pages autographes. Il comprend la quasi totalité des manuscrits des grands romans de Julien Gracq (Au château d’Argol, Un beau ténébreux, Le Rivage des Syrtes, Un balcon en forêt), de ses nouvelles (La Presqu’île), poèmes (Liberté grande), pièce de théâtre (Le Roi pêcheur), essais (André Breton, La Littérature à l’estomac, Préférences), sous forme de dossiers de travail et de mises au net corrigées.
S’y ajoutent des textes inédits, dont un roman inachevé, et les très nombreuses pages de « Notules » de ses trente-six cahiers, en partie publiées (de Lettrines aux Carnets du grand chemin en passant par Les Eaux étroites), dont le contenu ne pourra faire l’objet d’aucune divulgation pendant une période de vingt ans.
Considéré comme l’un des plus grands écrivains de son temps, Julien Gracq a poursuivi, à l’écart des modes, des honneurs ou des médias, une œuvre libre et exigeante qui s’est imposée peu à peu par la beauté de son écriture et son intense pouvoir d’évocation.

La duchesse de Guermantes et son modèle une acquisition exceptionnelle grâce au mécénat

Octobre 2008

Marcel Proust (1871-1922)
À la recherche du temps perdu, tome III. Le Côté de Guermantes, I.
Paris : Éditions de la Nouvelle Revue française, 1920. – 8°.
Édition originale, 3e mille.
Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand
Réserve des livres rares

Exemplaire portant un long envoi de l’auteur à la comtesse Adhéaume de Chevigné, née Laure de Sade, qui fut le principal modèle de la duchesse de Guermantes. Avec les neuf lettres qui l’accompagnent – deux au comte, les sept autres à la comtesse –, c’est l’histoire d’une relation, d’abord amoureuse, puis admirative, enfin déçue, qui peut être évoquée.
Le Côté de Guermantes, qui en est la transfiguration littéraire (« … je n’écris que sur vous. Tout mon prochain livre est sur vous ») en marque aussi le terme. Proust, ignoré de la comtesse de Chevigné quand, jeune homme, il guettait son passage avenue de Marigny, ne fut guère plus reconnu par son héroïne, après lui avoir offert son roman, dont les deux tiers ne sont pas coupés. Certes, il s’agissait d’un exemplaire ordinaire, mais « le présent (au sens cadeau) », comme Proust le souligne dans son envoi à la comtesse, n’était-il pas « de [lui] avoir fait ce livre » ?
« Vous demandez au “modèle nu” de comprendre le tableau », écrivit Jean Cocteau à l’auteur pour le consoler. « Il ne voit que le peintre faire quelques gestes incompréhensibles et le côté pile de la toile ».

Acquis en juin 2008, grâce au mécénat de Mme Nahed Ojjeh et de M. Hubert Heilbronn, au concours de la Fondation Clarence Westbury et de Sotheby’s France, et à la contribution du fonds du Patrimoine du ministère de la Culture.

Carnets manuscrits de lecture de Jean-Patrick Manchette

Juillet 2008

Jean-Patrick Manchette (1942-1995)
Carnet de notes de lecture sur l’œuvre de Lénine
Manuscrit autographe, 224 p.
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des Manuscrits
Nouvelles acquisitions françaises 28480
Don de la famille de Jean-Patrick Manchette, 2008

Jeune militant contre la guerre d’Algérie, influencé par les situationnistes, Jean-Patrick Manchette (1942-1995) fait son entrée dans la Série Noire en 1971. Passionné de polars américains, notamment ceux de Dashiell Hammett, il entreprend un travail de déconstruction d’un genre où beaucoup a déjà été écrit, tout en reprenant volontairement ses codes. C’est par dérision qu’il invente l’expression de « néo-polar », comme ersatz de polar, reprise par la suite dans un sens différent.

« Roman d’intervention sociale », le roman noir est aussi le reflet de la société contemporaine : l’affaire Ben Barka (L’Affaire N’Gustro), la dérive terroriste (Nada) ou le malaise des cadres (Le Petit Bleu de la Côte Ouest) sont par exemple évoqués. Styliste avant tout, Jean-Patrick Manchette développe une écriture comportementaliste, épurée et froide (La Position du tireur couché), et questionne les relations entre littérature de romans noirs et littérature dite « générale » ou « blanche ».

Entre la parution de Fatale (1977) et le début de ses chroniques de polars et de cinéma pour Charlie Mensuel et Charlie Hebdo (1979), Jean-Patrick Manchette entreprend du 22 mai 1978 au 26 janvier 1979 un travail de compilation des œuvres de Lénine.

Un exemplaire unique d’Alcide, opéra de Marin Marais

Mai 2008

Marin Marais

Marin Marais (1656-1728)
Symphonies de l’opera d’Alcide composées par M. Marais, ordinaire de la musique de la Chambre du Roy et mises sur le clavecin par un tres habile homme le tout facile à executer.
Gravées par H. Bonneuil.
A Paris, chez Bonneuil, [et] Foucault, vers 1693-1701.
Bibliothèque nationale de France département de la Musique
Rés. Vmd. 122
Don de la claveciniste et musicologue Laurence Boulay (1925-2007) Ex-libris gravé de la Société de musique de Zürich

Marin Marais est certainement mieux connu grâce à ses pièces pour basse de viole – près de six cents – considérées comme l’apogée de l’école française de viole que par ses opéras, dont le plus connu demeure Alcyone (1706) en raison d’une célèbre « tempête », l’une des premières tentatives de musique imitative sur la scène de l’Opéra. Son premier opéra Alcide, tragédie en musique en cinq actes et un prologue écrit, sur un livret de Campistron, avec Jean-Louis de Lully, l’un des fils du célèbre Lully, fut créé à Paris le 3 février 1693, repris en 1705, sous le titre La Mort d’Hercule, en 1716 sous le titre La Mort d’Alcide et, enfin, en 1744. La partition d’Alcide n’est connue que par des copies manuscrites et ne fut jamais éditée. L’intérêt des vingt-deux transcriptions pour clavecin contenues dans ce recueil n’en est que plus exceptionnel. Elles représentent un choix des meilleures pièces extraites de chaque acte, démarche inhabituelle mais pas unique puisque Jean-Philippe Rameau lui-même fit publier son célèbre opéra Les Indes galantes sous la forme d’extraits pour clavecin.
Le seul exemplaire connu de ces Symphonies d’Alcide se présente dans un format assez inhabituel qui vient de ce que les pages gravées n’ont pas été massicotées. L’auteur a joint une table des agréments qui doit guider l’interprète dans l’exécution de l’ornementation (par exemple pour les coulés et les arpègements). Une Marche du prologue est proposée dans une version difficile puis facile. Elle comporte des indications d’instruments hautbois, flûtes qui laissent supposer une possible exécution en trio.

Un coffret en bois dit "de voyage" à la Renaissance

Avril 2008

Coffret avec une xylographie représentant Hercule

Coffret avec une xylographie représentant Hercule
Bois, cuir, fer, 210 x 350 x 155 mm
Gravure en bois coloriée au pochoir, 235 x 260 mm.
Lyon ? Vers 1550
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu
département des Estampes et de la photographie
Rés. Ea-5p
Acq. 2007.

Un ensemble de quinze coffrets de ce type est aujourd’hui conservé au département des Estampes et de la photographie, depuis l’acquisition du présent coffret en 2007. Constitués d’une âme en bois, revêtus d’un gainage de cuir marron fin et garnis de ferrures, moraillon et serrure, ils sont entrés pour leur majeure partie dans les collections au début du XXe siècle et comportent tous une gravure en bois collée au revers du couvercle, à motif religieux. L’exécution des xylographies des précédents coffrets est parisienne et date de la fin du XVe siècle.
Une particularité du présent coffret bouleverse la perception de cette série d’objets et en rompt l’homogénéité. Si les composantes structurelles du coffret présenté ici sont similaires aux autres pièces, la xylographie qu’il contient est une représentation profane du héros Hercule, dans un style plus tardif que celui des images religieuses. Le motif d’Hercule rappelle un sujet gravé du peintre italien Rosso, tandis que les bordures foisonnantes de petits grotesques, d’échassiers et de cupidons dans des rinceaux sont à rapprocher de la gravure lyonnaise, et notamment des Métamorphoses d’Ovide figurées par Bernard Salomon en 1557.

Cette xylographie d’inspiration bellifontaine et de facture lyonnaise relance la question encore mal étudiée de la nature, de la fonction et de l’usage de tels coffrets. Henri Bouchot comme Paul-André Lemoisne y voyaient des coffrets de pèlerinage ou de voyage, ornés d’une image à valeur protectrice. André Jammes a restreint leur usage à celui de coffrets de messages, le couvercle de certains d’entre eux étant muni de logettes où glisser un passeport ou une feuille de route. Cependant, tous les coffrets connus ne présentent pas une telle trappe. L’iconographie des messagers de la fin du XVe siècle les montre sans objets de ce type, qui restent de constitution fragile et peu adaptée à un voyage à dos de cheval. Enfin, leur caractère conjuratoire est remis en cause par une iconographie profane illustrée par ce motif d’Hercule. Ainsi est mise en évidence l’évolution du goût de la Renaissance, tourné davantage vers l’antique et l’art décoratif.

Un manuscrit enluminé réalisé à la cour du roi René d’Anjou, sur la vie de saint François d’Assise

Février 2008

Vie et miracles de saint François d´Assise

Vie et miracles de saint François d’Assise
Manuscrit enluminé sur parchemin, texte de saint Bonaventure,
cinquante-huit illustrations, 132 f., vers 1480.
Bibliothèque nationale de France, site Richelieu
département des Manuscrits
Nouvelle acquisition française 28640
Acq. 2007. Trésor national

Cet exceptionnel manuscrit enluminé de la fin du XVe siècle reprend, dans une traduction française, la Legenda major écrite au XIIIe siècle par saint Bonaventure sur la Vie et miracles de saint François d’Assise, canonisé en 1228. Le manuscrit présenté ici comporte un cycle iconographique complet, dont on ne connaît pas d’équivalent dans le domaine de l’enluminure française, à savoir quatorze grandes peintures retraçant les épisodes principaux de la vie de saint François d’Assise, d’une qualité d’exécution remarquable et d’une grande originalité, et quarante-quatre miniatures, plus petites, consacrées à ses miracles posthumes. L’illustration de ce manuscrit a été vraisemblablement réalisée par un artiste français important, encore anonyme, actif vers 1480 à la cour du roi René d’Anjou et qui a également enluminé un exemplaire de l’œuvre principale de ce dernier, le Livre du cœur d’amour épris. La commanditaire de cette œuvre semble être une dame de l’aristocratie, peut-être Jeanne de Laval, la seconde épouse du roi René. Le petit format montre qu’il était destiné à un usage de dévotion privée, comme les livres d’heures. Sans équivalent dans les collections nationales, où ne sont conservées que des versions non illustrées de ce texte, le manuscrit de la Vie et miracles de saint François d’Assise constitue un document représentatif de l’art de la miniature et de la calligraphie à cette époque en France. C’est une œuvre majeure pour le patrimoine national du point de vue de l’histoire de l’art.

mardi 8 janvier 2013

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