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Archives du Trésor du mois

Le Trésor du mois – 2012

Un manuscrit sur le tragique de l'histoire contemporaine : La Condition humaine d'André Malraux

octobre - décembre 2012

André Malraux
La Condition humaine
Manuscrit autographe
Reliure signée Paul Bonet

Bibliothèque nationale de France
Département des Manuscrits
[NAF 16587
Don du général de Gaulle, 1969

Troisième roman d’André Malraux après Les Conquérants et La Voie royale, nourrie comme les précédents de l’expérience de l’écrivain en Indochine, La Condition humaine est publiée en 1933 et reçoit, la même année, le prix Goncourt à  l’unanimité. À trente-deux ans, Malraux est auréolé d’une renommée internationale d’écrivain et homme d’action engagé.

La tentative d’insurrection communiste contre le Kuomintang de Tchang Kaï-chek dans le Shanghai de 1927 et sa répression féroce servent de toile de fond au roman qui porte de façon paroxystique une méditation sur la destinée humaine hantée par l’angoisse de la mort. À la quête de sens, l’action  révolutionnaire, l’héroïsme, la fraternité humaine tentent d’apporter une réponse.

L’œuvre est marquée par une impressionnante galerie de portraits que dominent les deux militants communistes,  Kyo Gisors, le métis franco-japonais, et le russe Katow, Tchen, le terroriste, May, la maîtresse de Kyo, le vieux Gisors, l’intellectuel opiomane auquel fait contrepoint le personnage d’aventurier « farfelu » de Clappique ou encore le banquier Ferral, incarnation du pouvoir de l’argent.

En dépit d’une légende, Malraux n’a pas pris part aux événements, n’ayant fait qu’un court séjour à Hong Kong en 1925 et un autre en Chine continentale en 1931. Pourtant la solidité documentaire du roman est surprenante. Œuvre d’une puissante intensité dramatique, La Condition humaine n’a cessé de fasciner. Tirée à des centaines de milliers d’exemplaires, traduite en vingt langues, elle est un des livres phares du XXe siècle.

Un rare cuivre gravé en taille-douce à l’aube du XVIIe siècle

septembre - octobre 2012

Portrait de Pierre Jeannin

Thomas de Leu (vers 1558-1612)
Portrait de Pierre Jeannin
Cuivre gravé au burin, 1611

Bibliothèque nationale de France
département des Estampes et de la photographie
[Réserve, musée, planche 391

Le monde de l'estampe parisienne est en train de changer de visage vers 1600. Dominé par la gravure sur bois pendant la majeure partie du XVIe siècle, il se convertit en quelques décennies à la gravure sur cuivre ou gravure « en taille-douce », dont la technique, qui permet des finesses inégalées, est apportée par des graveurs flamands. Thomas de Leu (vers 1558-1612) en est l'un des plus prolifiques représentants, gravant d'un burin aux tailles serrées et précises plusieurs centaines de gravures de dévotion, petits portraits et illustrations de livres pour les imprimeurs parisiens.

La destination de cette plaque datée de 1611 reste énigmatique. Apparemment commanditée par Vincent de la Faye, avocat au parlement de Bourgogne, elle est dédiée à Pierre Jeannin (1540-1622), premier président au même parlement, fidèle serviteur d'Henri IV, chargé des finances dans le conseil de la régente Marie de Médicis. Le modèle de ce délicat portrait est un dessin attribué au portraitiste François Quesnel, conservé au département des Estampes et de la photographie.

Il est étrange de constater que les anagrammes célébrant le nom de Jeannin se déploient assez maladroitement dans un médaillon central entouré des colliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, surmonté d'une couronne royale, alors que Jeannin n'était pas chevalier des ordres du roi. Peut-être Vincent de la Faye s'est-il servi, pour faire hommage à ce confrère influent, d'une plaque qu'il aurait fait commander d'abord pour un autre usage ? En 1611 en effet, il offre à la régente un recueil de poèmes sur le bon gouvernement dédié au jeune roi Louis XIII (département des Manuscrits). Peut-être avait-il espéré faire imprimer cet ouvrage, et cette plaque à la symbolique royale affirmée aurait-elle été conçue comme le frontispice de l'œuvre restée à l'état manuscrit ?

Un vase d’albâtre de la collection du comte de Caylus

juin-septembre 2012

Vase d’apparat de Xerxès Ier

Vase d’apparat de Xerxès Ier (485-465 av. J.-C.)
Albâtre égyptien
Don 1762 du comte de Caylus

Bibliothèque nationale de France
département des Monnaies, médailles et antiques
[Inv. 65.4695

Ce vase dit « vase des noces de Cana » fait partie d’une série de vases sans doute façonnés en Égypte au nom de Xerxès Ier. Le nom de l’empereur est écrit en écriture cunéiforme (vieux perse, élamite, babylonien) et en hiéroglyphes égyptiens (titulature dans un cartouche).

Le comte de Caylus souligne son caractère exceptionnel « ... d'autant plus qu’il a été trouvé en Égypte, on peut le regarder comme une des preuves la plus marquée des liaisons que ce pays avait avec Persépolis... », mais il se trompe en pensant que Persépolis était une colonie égyptienne ; c’est en fait Xerxès Ier qui soumit l’Égypte.
L’abbé Barthélemy, « garde du cabinet des Médailles du Roi » depuis 1753, s’est sans doute réjoui de l’entrée de ce vase dans les collections car, passionné par les écritures antiques, il a élaboré bien avant Champollion les principes de déchiffrement de l’écriture égyptienne : se fonder sur une inscription bilingue dans laquelle on partirait des noms propres ; il émit l’hypothèse que les cartouches égyptiens entouraient des noms royaux.

Incunables des archives sonores : collectages en Grèce, 1898-1899

avril-juin 2012

Hubert Pernot

Hubert Pernot (1870-1946)
Missions en Grèce
Enregistrements sonores sur cylindres , 1898-1899

Bibliothèque nationale de France
département de l’Audiovisuel
[DONAUD1101

L’helléniste Hubert Pernot (1870-1946) est un pionnier de l’enregistrement sonore de terrain. C’est ainsi que, dès 1898, il enregistre sur cylindres des airs de danse et des mélodies populaires sur l’île de Chios. Directeur en 1924 de l’Institut de Phonétique et des Archives de la Parole, fondées par le linguiste Ferdinand Brunot, qui deviendront en 1928 le Musée de la Parole et du Geste, Hubert Pernot mènera plusieurs autres missions de collecte sonore : en Roumanie en 1928, en Tchécoslovaquie en 1929, et à nouveau en Grèce, en 1930, à l’invitation du gouvernement hellénique.

Une partie des premiers cylindres des missions grecques de 1898 et 1899, considérés comme «  rabotés » (détruits) depuis les années 1930, vient d’être redécouverte.

Au sein d’un ensemble de 191 cylindres, la plupart édités par la firme Pathé, déposés en 2011 au département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France par la bibliothèque de l’UFR de musicologie de l’Université Paris IV-Sorbonne, se trouve ce qu’il faudrait qualifier véritablement de trésor national. Ont été identifiés en effet quarante cylindres inédits, enregistrés par Hubert Pernot en 1898 et 1899. C’est tout ce qu’il reste, à ce jour,des 140 cylindres enregistrés par ce chercheur durant ses enquêtes grecques de la fin du XIXe siècle. Ces cylindres font partie des tout premiers enregistrés sur le terrain (après Jesse Walter Fewkes aux États-Unis et Béla Vikar en Europe ; mais avant Zoltán Kodály et Béla Bartók), et ce sont les premiers cylindres enregistrés par un collecteur français à l’étranger. Ils sont donc d’une importance historique considérable, et la nouvelle de leur redécouverte l’est tout autant.

La numérisation des enregistrements inédits de 1898-1899 permettra d’offrir au public un accès à ces incunables des archives sonores mondiales.

Voir aussi

d'autres collectes sonores par Hubert Pernot

Le manuscrit autographe de deux des premières œuvres théâtrales de Marcel Pagnol

mars-avril 2012

Marcel Pagnol, 1931

Marcel Pagnol, 1931

Marcel Pagnol (1895-1974)
Jazz. Topaze.
Cahier d’écolier quadrillé de 218 pages à couverture bleue portant la signature de Marcel Pagnol, vers 1925-1927.
Bibliothèque nationale de France
département des Arts du spectacle
[Acquisition 2011

Le département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France a acquis en 2011, en vente publique, le manuscrit autographe de Jazz et de Topaze, deux des premières œuvres théâtrales de Marcel Pagnol.

Écrit à l’encre noire, ce cahier quadrillé de format in-4°, utilisé des deux côtés, est dédicacé à son ami J. Wladimir Bienstock, écrivain et traducteur. La version de Jazz, abondamment annotée, comprend le prologue, une première version de l’acte I et l’ébauche de l’acte II. Cette comédie en quatre actes a été représentée pour la première fois au Grand Théâtre de Monte-Carlo le 6 décembre 1926, puis à Paris, au Théâtre des Arts, le 22 décembre 1926. Topaze est encore ici à l’état de brouillon et comprend des scènes qui ne seront pas retenues dans la version définitive. Cette pièce en quatre actes, créée au Théâtre des Variétés le 9 octobre 1928, est un des premiers grands succès de Marcel Pagnol.

Cette acquisition enrichit les collections du département des Arts du spectacle qui conservait déjà un exemplaire multigraphié de la traduction en russe de Topaze – sous le titre La boue – par J. Wladimir Bienstock, une lettre de Marcel Pagnol à Louis Jouvet annonçant la création de Jazz au Théâtre des Arts et un ensemble de documents (brochures, affiches, lots de photographies, coupures de presse) sur les adaptations théâtrales et cinématographiques de Topaze.

Un trésor de la cartographie hollandaise restauré grâce au prix Heilbronn

février 2012

Abraham Ortelius, Theatrum Orbis Terrarum, carte du Royaume du prêtre Jean | BnF, Cartes et plans

Carte du Royaume du prêtre Jean, planche du Theatrum Orbis Terrarum d'Abraham Ortelius

Abraham Ortelius (1527-1598)
Theatrum Orbis Terrarum
Anvers, Christophe Plantin, 1584
Atlas universel en 112 pl. de cartes, incluant un parergon (série de cartes illustrant l’histoire ancienne et sacrée) et doté d’un nomenclator Ptolemaicus des lieux antiques.
Reliure du XVIe siècle avec estampage à froid et traces de dorure.
Bibliothèque nationale de France
département des Cartes et plans
[Ge DD 4894

Le Théâtre du monde d’Abraham Ortelius est le premier atlas moderne du monde. Proposant uniquement des cartes dressées par des auteurs contemporains, il rompt avec la tradition antique de la Géographie de Ptolémée. Il est aussi l’un des grands succès européens de librairie au XVIe siècle dans le domaine des sciences géographiques. La première édition latine, en 53 feuillets de cartes, est sortie des presses anversoises en 1570. L’œuvre fut ensuite considérablement augmentée au fil de ses nombreuses éditions en langues latine et vernaculaires. L’édition latine de 1584 en un volume, ici présentée, comporte 112 planches de cartes. Cet exemplaire provient de la bibliothèque des frères franciscains de San Francesco alla Vigna de Venise dont une partie des fonds a été saisie lors de la prise de la Sérénissime par les troupes de la République française en 1797. Il a appartenu à Auguste Lesouëf (1829-1906) avant de rejoindre les fonds de la BnF.

La restauration complète de ce Théâtre du monde (reliure et corps d’ouvrage) a été réalisée en 2010 par l’atelier Coralie Barbe, grâce au prix Hubert Heilbronn pour la sauvegarde et la restauration des manuscrits et livres anciens.

mardi 8 janvier 2013

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