Plus d’un demi-siècle après le lancement de la première communauté européenne, la terrible question de l’existence même de l’Europe n’a toujours pas été traitée. Après l’effondrement de l’Empire romain, l’Europe apparaît pourtant de façon très claire. Historiquement, c’est l’invention de l’Etat Nation qui caractérise l’Europe et qui fait son identité, mais c’est aussi ce qui a fait sa division, son déchirement et sa destruction. La création de la Communauté, puis de l’Union Européenne est née de la volonté de surmonter cette contradiction. Aujourd’hui, l’Europe semble avoir du mal à se situer par rapport à son héritage. Jusqu’en 1989, la question identitaire n’avait pas lieu d’être, car les frontières idéologiques de l’Europe telles qu’elles avaient été décidées lors du lancement de la communauté étaient fournies. Désormais, le problème se pose de savoir si nous allons construire l’Union Européenne à partir de son héritage, ou si les valeurs communes peuvent remplacer l’héritage culturel. L’Europe d’aujourd’hui prouve que l’horizon a été préféré à la frontière, mais ce choix engendre inévitablement des difficultés qu’il va falloir surmonter pour parvenir à une unité politique durable. Le vaste projet européen doit parvenir à combiner l’héritage et le partage des valeurs, tout en construisant une entreprise politique solide d’un type entièrement nouveau. Aujourd’hui, la question n’est pas tant « L’Europe existe-t-elle ? », mais « L’Union Européenne existe-t-elle ? » et « Parviendra-t-elle enfin à imposer son influence ? »