Demander à Elisabeth Badinter d’offrir des fragments de sa bibliothèque personnelle conduit forcément vers la philosophie. Dans son choix, elle révèle les textes qui l’ont amené à se diriger vers cette discipline et ceux qu’elle perçoit comme essentiels. La révélation de la philosophie ou plutôt l’expérience de la philosophie dans la première méditation métaphysique de Descartes est, pour Elisabeth Badinter, un texte fondateur. La première lecture qu’elle en a faite est encore un souvenir prégnant dans son esprit. Ce texte décrit l’abandon par Descartes de toutes les idées accumulées, une sorte de virginité de l’esprit qui l’amènera à découvrir le fameux cogito cartésien. Dans cette promenade philosophique, un siècle se démarque : le XVIIIe. C’est le siècle des Lumières mais aussi celui de la liberté. Les femmes recevaient dans leurs salons et écrivaient. Les émotions comme le sentiment amoureux ou même la jalousie ont aussi leur place dans l’écriture philosophique. Nous découvrons ainsi un texte de Madame du Châtelet, scientifique réputée, dans lequel elle confesse sa tristesse face à l’éloignement de Voltaire, son amant depuis dix ans. Un autre nous révèle la jalousie de la Marquise du Deffand envers sa cousine, Madame du Châtelet. La figure de proue de ce paysage philosophique est Diderot. Ses écrits se teintent d’une grande liberté, notamment les lettres à Sophie Volland où la sexualité est vécue comme un aspect naturel de la vie. Avec ce choix, Elisabeth Badinter montre la frilosité des temps qui ont succédé au XVIIIe siècle. Elle conclut ainsi par une note particulièrement amère sur le statut de l’intellectuel contemporain : un penseur bien médiocre face à ce passé si riche.