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Restauration du Graduel de la cathédrale du Mans

dans Actualités de la conservation, n° 27, janvier-juin 2008
Mot-clé dans l'index : restauration

Jean-Yves Cormier, Jean-François Gouas, Michel Hivert, Bernard Gallois, Centre Joël Le Theule, BnF, Centre Joël Le Theule, atelier de restauration

Le pôle de restauration des documents graphiques et maquettes a été créé en 2004 au sein du service technique du département de la Conservation. Il restaure les documents du département des Arts du Spectacle, parmi lesquels les maquettes de décor en volume.

L'atelier a mis au point plusieurs techniques de restauration et de montage originales. La mise en œuvre de chaque technique dépend du type de maquette traitée. On distingue trois grands groupes :

  • les maquettes planes composées d'une succession verticale de plans découpés, donnant l'illusion de la profondeur,
  • les maquettes en volume, toujours réalisées en papier, constituées de plusieurs éléments juxtaposés,
  • les maquettes objets réalisées à partir d'objets et de matériaux divers.

Les maquettes posent des difficultés de restauration qui leur sont propres : le papier, ou plutôt la carte ou le carton de support sont souvent acides et de pauvre qualité. Les contraintes mécaniques sont importantes : les cartes sont maintenues longtemps, voire définitivement à la verticale. Les charnières ou les points d'attache, très sollicités sont donc souvent déchirés et doivent être restaurés solidement. Enfin, le montage dépend beaucoup de la documentation existante. Il est réalisé d'après des plans au sol, des premières maquettes dessinées ou des photographies. Surtout, il doit être réversible car susceptible d'être repris ultérieurement.

La restauration décrite porte sur une maquette de la fin du XIXe siècle, réalisée par Alphonse Visconti (1856-1941), et représentant le IVe acte de l'Opéra Mefistofele (photographie ci-contre). La maquette était très empoussiérée, et portait des traces de moisissures. Les arbres tenaient par des baguettes de fil de fer rouillées et parfois rompues. Certains éléments des feuillages étaient cassés et déplacés.

Définition, description

Sanctoral d’hiver avant restauration.

Sanctoral d’hiver avant restauration.

À la différence d’un antiphonaire qui contient les chants des offices divins qui rythment la journée, le Graduel contient les chants de messe pour la célébration des fêtes religieuses, tout au long de l’année.

Il est divisé en deux calendriers liturgiques :

  • Le Temporal (calendrier du Christ)
  • Le Sanctoral (calendrier des Saints)

Ces ouvrages du XVe siècle contiennent des chants grégoriens et sont faits pour être vus par tout un chœur. Leur format est impressionnant : 72 cm de hauteur, 54 cm de largeur et une épaisseur de 15 à 18 cm. Un volume ouvert sur un lutrin mesure près d’1,20m de large.

Le poids des livres est, lui aussi, exceptionnel : De 28 à 36 kg (c’est pourquoi nous avons travaillé à deux par reliure). Les ais de chêne mesurent un bon centimètre d’épaisseur et les 30 à 40 cahiers de parchemin sont cousus sur 11 ou 12 doubles nerfs.

Deux des quatre volumes sont couverts d’une peau mégissée blanc crème un peu verdâtre qui semble d’origine. (On a découvert en cours de restauration, en soulevant une garde, que la peau était teintée du rouge rosé caractéristique de certaines reliures de cette époque). Les deux autres sont couverts d’une peau brune de vachette. Ces couvrures, plus récentes, datent probablement du milieu du XVIIIe siècle, comme le montre la date 1745 frappée sur un des écoinçons.

Tranchefile tressée restaurée

Tranchefile tressée restaurée

Les plats sont protégés par 9 cabochons de laiton, par des cornières et des écoinçons de laiton également. Les fermoirs ont tous disparu. De grosses tranchefiles tressées de peau blanche ornent les dos. Elles sont dans des états très variables d’un volume à l’autre.

Les tranches rognées et dorées portent les armes peintes du donateur, Bertrand de Beauvau de Précigné, puissant seigneur de l’Anjou, vassal des Ducs d’Anjou. Quelques années avant de mourir, il fait faire ce Graduel, qu’il ne verra jamais terminé. L’ensemble des quatre volumes est livré en 1474.

Sanctoral d’hiver, Sanctoral d’été

Sanctoral d’été avant restauration

Sanctoral d’été avant restauration

En dehors des dimensions hors normes et du poids de l’ouvrage (30 kg), la restauration du Sanctoral d’hiver ne pose pas de problème particulier. La structure générale du volume est en très bon état. L’intérêt technique réside dans la remise à plat in situ de certains feuillets de parchemin. La méthode utilisée est l’humidification légère et très localisée des plis à l’aide de cotons tiges et un séchage sous poids en mettant le feuillet en tension.

La restauration des tranchefiles tressées constitue l’autre aspect technique intéressant.

La problématique du Sanctoral d’été est toute autre : Les 72 premiers feuillets sont manquants. Le vide laissé par ces feuillets modifie l’ouverture du plat supérieur et le mors peau est fendu. Pour accéder à la couture et remplacer les feuillets disparus, la peau du dos et des plats doit être soulevée. Les cornières, les écoinçons et les cabochons doivent être déposés. Les nerfs (doubles septains) sont prolongés et neuf cahiers de huit feuillets de papier Centaure 170 gr sont cousus en début de volume. Un système de couture étudié permettra aux feuillets originaux, dans le cas où ils seraient retrouvés, de se substituer aux feuillets de remplacement.

Sanctoral d’été après restauration

Sanctoral d’été après restauration

Le matériel à disposition dans les ateliers de restauration est sousdimensionné pour traiter des ouvrages d’un tel gabarit. Chacune des opérations est beaucoup plus compliquée que s’il s’agissait de restaurer une reliure de petit format. Le moindre passage d’un plat sur l’autre requiert l’intervention de deux restaurateurs.

La couvrure du dos et le fouettage des onze doubles nerfs nécessitent « d’inventer » de nouvelles solutions techniques. Ce document a nécessité le recours à des techniques rarement utilisées par des restaurateurs (confection ou réparation de pièces en métal). La remise en état et en place des parties métalliques n’a été possible que grâce au « stage métaux » suivi par Michel Hivert quelques mois auparavant.

Le Sanctoral d’hiver a été restauré en 83 heures et 173 heures de restauration ont été nécessaires pour le Sanctoral d’été.

Les deux autres volumes qui constituent le Graduel (le Temporal d’hiver et le Temporal d’été) seront restaurés dans le courant de l’année 2008.

jeudi 7 octobre 2010

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n°27, janvier-juin 2008 [fichier .pdf – 311 Ko – 16 p.]

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