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n° 28, 2009 [fichier .pdf – 782 Ko – 16 p.]
dans Actualités de la conservation, n° 28, 2009
Mots-clés dans l'index : dépoussiérage, contrôle de l'environnement
Une des missions de la Bibliothèque nationale de France est d’enrichir les collections patrimoniales qu’elle conserve. Si la principale source de collecte est le dépôt légal, il en existe d’autres comme les dons et les legs qui permettent souvent de compléter les collections d’œuvres non soumises au dépôt légal. Les collections déposées juste après leur impression ne posent pas de problèmes sanitaires. En revanche, il en va tout autrement des dons et des legs, constitués généralement de documents anciens, qui peuvent devenir facteurs de dégradations biologiques et physico-chimiques.
Or, une autre des missions de la Bibliothèque nationale de France est de préserver ses collections de toutes les dégradations possibles pour assurer leur conservation pérenne. Afin de concilier ces deux missions, la BnF s’est dotée au Centre technique de Bussy St-Georges, d’une nouvelle chaîne de contrôle et traitement des collections entrant par dons et legs.
Selon leurs provenances très diverses, des dons et des legs peuvent présenter plusieurs risques. Le premier découle de la poussière déposée sur les oeuvres, qui peut être composée de fibres, de particules minérales (ciment, charbon, particules métalliques, etc.) et de particules organiques potentiellement actives (pollens, spores de moisissures, bactéries, etc.). Toutes ces particules, si elles ne sont pas retirées préalablement du support, risquent d’augmenter l’empoussièrement des lieux de stockage. De plus, ces poussières, souvent de nature hygroscopique, peuvent aussi accroître l’absorption de l’humidité et selon leur composition chimique être plus ou moins nuisibles pour les documents. Certaines particules sont également abrasives.
Le second risque, d’origine biologique – moisissures et insectes – peut avoir des conséquences graves pour le bâtiment mais aussi pour les collections. Ainsi, ces ouvrages peuvent être la source d’une infestation soit parce qu’ils sont contaminés par des moisissures en développement, soit parce qu’ils véhiculent des spores de moisissures viables, issues d’une ancienne contamination ou contenues dans la poussière. Ces moisissures peuvent amorcer ou continuer leur développement à l’intérieur du magasin et favoriser la colonisation d’autres supports sains. En raison de leur nature organique, les documents graphiques sont des sources nutritives pour les insectes et de ce fait favorisent le développement de ces nuisibles. Deux cas de figures peuvent se présenter :
Le dernier risque est d’ordre chimique: les matériaux constitutifs des documents sont souvent composés ou accompagnés de substances chimiquement instables qui peuvent se révéler néfastes pour les collections saines.
Aspect visuel et cartographies élémentaires réalisées sur un échantillon humidifié
Au regard de ces différents risques, il est apparu important d’organiser et de contrôler l’entrée des dons avant leur intégration dans les magasins de conservation. La première étape, cruciale, a été la création d’une fiche de suivi des dons (exemple de fiche disponible sur demande auprès du laboratoire).
Cette fiche de suivi est généralement renseignée par le conservateur chez le donateur. Outre les informations historiques et bibliographiques, les renseignements collectés dans la fiche sont de plusieurs ordres : le volume du don, le lieu de stockage initial, l’état du don. Ces premiers renseignements permettent d’orienter le déménagement du don vers la chaîne de traitement et d’évaluer le degré d’urgence du traitement. La fiche permet aussi aux différents intervenants, conservateurs, laboratoire, transporteurs, de se coordonner sur la filière que doivent suivre les dons.
Cette chaîne de traitement proprement dite peut être composée de plusieurs étapes : mise en quarantaine, analyses, désinfection, dépoussiérage, qui s’effectuent naturellement dans des locaux différents.
Figure 1 : détail
La mise en quarantaine est réalisée dans un local spécialement aménagé (recommandation technique du local disponible auprès du laboratoire) pour isoler les dons entrants des autres collections ; elle permet d’effectuer plusieurs types d’examen :
Les résultats des examens visuels et des analyses chimiques et biologiques sont compilés dans la fiche des dons. Le choix éventuel du ou des traitements curatifs est décidé en fonction du type de document, des problèmes et contaminants identifiés et de l’étendue de la dégradation.
Figure 2 : unité de désinfection pour les dons comportant des moisissures.
Les traitements curatifs possibles Les dons peuvent selon le degré de contamination subir plusieurs types de traitement :
Figure 3 : dépoussiérage de documents à la grosse brosse.
Le protocole de dépoussiérage est adapté au type de collection et d’empoussièrement. Ainsi, les supports audiovisuels (CD, cassettes, etc.) sont le plus souvent dépoussiérés au chiffon microfibres, les collections graphiques quant à elles sont dépoussiérées à l’aspirateur sur les tranches et les plats, et quelquefois aussi à l’intérieur du corps d’ouvrage lorsque l’empoussièrement le nécessite.
En concertation avec le département d’accueil, les collections peuvent parfois, après dépoussiérage, être reconditionnées dans des conditionnements adaptés.
Une fois les traitements curatifs réalisés, les dons et legs peuvent être transportés dans le département dépositaire afin d’être catalogués puis stockés dans les magasins de conservation traditionnels.
Figure 4 : dépoussiérage de documents fragiles à la petite brosse.
Cette nouvelle chaîne de contrôle et de traitement sanitaire permet d’harmoniser les pratiques d’entrée des dons/legs pour l’ensemble de la Bibliothèque nationale de France, de centraliser en un lieu unique leur traitement et d’optimiser le circuit en planifiant en amont le travail des différents intervenants. Ces nouvelles installations permettent de traiter au centre technique de Bussy tous les types de collections, qu’elles soient composées de documents graphiques ou de documents plus spécifiques comme les supports audiovisuels, photographiques ou les objets en trois dimensions du département des arts du spectacle. Elles permettent aussi de réduire au minimum le risque sanitaire tant pour les agents que pour les collections déjà stockées dans les magasins de la BnF, et donc le risque financier d’avoir à traiter ensuite l’ensemble d’un magasin contaminé, ce qui représente toujours un coût considérable.
jeudi 7 octobre 2010