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Le congrès satellite IFLA « Préservation du patrimoine culturel au XXIe siècle : perspectives actuelles et nouvelles orientations », Ottawa, 6-8 août 2008

dans Actualités de la conservation, n° 28, 2009
Mot-clé dans l'index : politique de conservation

Philippe Vallas, BnF/DSC

Comme en 2007, le «congrès satellite» de trois jours, qui précédait directement le congrès de l’IFLA 1 proprement dit, proposait un programme beaucoup plus divers que celui de la demi-journée d’étude de la section, consacrée exclusivement à la préservation numérique.

Organisé conjointement par la section « Préservation & conservation », celle des « Journaux », le programme PAC, la Bibliothèque et Archives du Canada qui l’hébergeait (son directeur Ian Wilson a ouvert les travaux) et l’Institut canadien de conservation, ces journées d’études ont rassemblé une cinquantaine de bibliothécaires, archivistes et chercheurs de divers laboratoires venus du monde entier pour un état des lieux et une réflexion prospective autour des stratégies et techniques de conservation, l’accent étant mis sur les supports récents et l’évaluation des risques. Sans mentionner toutes les interventions - les actes doivent être publiés par le programme PAC, et sans doute mis en ligne sur le futur site de l’IFLA -, on peut en résumer quelques-unes parmi les plus marquantes :

Au cours de la première matinée centrée sur les stratégies nationales, D. Schouten de la BN des Pays-Bas a fait le point sur le programme national Metamorfoze, qui vise en vingt ans (1997-2016) à sauvegarder tous les documents néerlandais menacés d’auto dégradation, grâce à des crédits réguliers et en hausse, une collaboration active entre les institutions patrimoniales, et le recours aux techniques de masse (numérisation, désacidification, conditionnement). L’abandon du microfilm en 2006 sera bientôt compensé par une numérisation systématique des microformes, et un travail important de recherche et de normalisation concernant la pérennité des données numériques.

Il est intéressant de noter que ces priorités, et l’organisation à long terme du programme, concordent avec les préconisations de la future charte de conservation de la BnF, dont j’ai pu à cette occasion présenter le projet.

La demi-journée suivante était consacrée à l’organisation de la recherche. On a pu notamment écouter une présentation de Ch. Costain du fameux Institut canadien de conservation (CCI), qui apparaît comme un exemple à suivre sous plusieurs aspects : moyens importants, effectifs nombreux et pluridisciplinaires. Les conservators travaillent en liaison avec les ingénieurs de recherche, en concertation étroite et officielle avec le ministère de la Culture et les grandes institutions patrimoniales pour déterminer les axes de recherche prioritaires, en fonction des particularités du patrimoine canadien (accent mis sur le climat, les matériaux spécifiques). Cette politique privilégie l’accessibilité au document original ; des révisions et point annuels sont réalisés pour chaque programme.

E. Hansen a décrit les mesures récentes prises par la Library of Congress pour développer son laboratoire (effectif porté à 14 personnes), aux missions très semblables à celles du laboratoire de la BnF. Il a insisté sur le caractère redondant de nombreuses recherches menées en parallèle au niveau international et sur la nécessité d’une meilleure concertation entre les laboratoires.

J. de Lucy a présenté le nouveau bâtiment d’archivage pérenne que la British Library s’apprête à inaugurer à Boston Spa, qui combine magasins de grande hauteur, automatisation des prélèvements et un bas niveau d’oxygène destiné à limiter le risque d’incendie et celui d’inondation introduit par les sprinklers. J. de Lucy a insisté notamment sur les difficultés rencontrées pour satisfaire aux normes britanniques sur le stockage des biens culturels et leur protection contre le feu.

L-B. Vilmont, ingénieur au CRCC (Centre de recherche sur la conservation des collections, après avoir travaillé à la BnF), a produit un exposé très détaillé sur la conservation des bandes magnétiques audiovisuelles qu’il explore dans le cadre du programme européen Prestospace.

La seconde journée, consacrée à la gestion du risque, était animée par des chercheurs du CCI et de la BU de Berkeley. B. Ogden a décrit un modèle de gestion du risque conçu en fonction d’impératifs économiques : impasse sur les dangers jugés comme les moins probables, évaluation de toutes les mesures selon un ratio coût/efficacité, volonté de faire diminuer le risque jusqu’au niveau jugé acceptable sans chercher à l’éliminer totalement ; mais aussi présentation « positive » aux financeurs des mesures à prendre (discours en termes de valeur et non de coût, invoquant non les collections mais les services rendus aux usagers) ; réflexion collective et non individuelle, etc. L’auditoire était invité à tester le logiciel Calipr actuellement développé à Berkeley.

B. Bell a décrit le travail important et original de Canadiana.org, une association créée il y a trente ans pour sauvegarder et réunir le patrimoine scientifique et culturel canadien quel que soit son support, à une époque où il échappait largement aux institutions publiques. Une très active politique de microfilmage, puis de numérisation, menée désormais en collaboration avec les bibliothèques et archives, et avec un financement tant public que privé, la création d’un portail et d’un index national permettent désormais un accès direct à plus de 350 000 documents et objets divers, dans le strict respect du droit d’auteur. Des entrepôts de données et des serveurs ont été installés d’un bout à l’autre du Canada pour en assurer la conservation et en faciliter l’accès.

Les fins d’après-midi ont été consacrées à des visites très intéressantes d’installations dédiées à la conservation dans la banlieue d’Ottawa : celles de Preservation Technologies Ltd (PTLP), société américaine spécialisée principalement dans la désacidification de masse, dont le système Bookkeeper® rencontre un grand succès et qui implante des filiales, ou construit des installations dans de nombreux pays d’Europe (sa filiale néerlandaise est le prestataire de la BnF) 5 ; celles de l’Institut canadien de conservation déjà cité, au matériel impressionnant ; surtout, l’étonnant et récent bâtiment du Centre de préservation de la Bibliothèque et archives du Canada, immense halle de verre qui abrite dans un énorme cube de béton comprenant quatre étages de magasins sécurisés pour les collections d’archives, livres et tableaux ; sur la plateforme au sommet de ce cube sont regroupés, comme les maisons d’un village séparées par des rues, les nombreux ateliers de restauration, numérisation, duplication des documents audiovisuels, etc. ; il s’agit certainement de l’un des plus beaux bâtiments dédiés à la conservation existant au monde.

Notes :
1 - Congrès Satellite de l’IFLA Québec 2009 - Url : http://www.ifla.org/VII/s19/news/s19-newsletter-November08.pdf
Le département de la Conservation y présentait les grandes lignes de son document sur les « Orientations et objectifs stratégiques de la politique de conservation de la BnF », sous le titre « Projet de charte de conservation de la BnF » / Philippe Vallas

jeudi 2 décembre 2010

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n° 28, 2009 [fichier .pdf – 782 Ko – 16 p.]

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