, adjoint au chef du département du dialogue contractuel, Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche
Comme toute activité, la normalisation documentaire a un coût, une valeur ajoutée et des modèles économiques. Les administrations, les entreprises, les établissements publics, investissent parfois beaucoup de moyens dans la normalisation documentaire : financement direct de l’AFNOR (c’est le cas pour les ministères de la culture et de l’enseignement supérieur), ressources humaines (investissement des experts), frais de mise en conformité des systèmes et organisation aux normes adoptées (achat de normes, investissements en matériels et logiciels, conduite du changement, etc.). Quels enjeux, quels retours sur investissement justifient, aux yeux des dirigeants et des experts, les moyens engagés ?
Cette table ronde a été l'occasion de confronter des stratégies d'investissement très diverses dans l'activité normative.
Synthèse des interventions des participants
Laurent Pomeau, AFNOR Laurent Pomeau est responsable de la stratégie d'offres et de partenariats d'AFNOR Normalisation. Il examine la croissance du coût de production des normes dans une perspective internationale.
Une analyse de Roland Berger Strategy Consultants estime ce coût dans l’espace européen à environ 700 millions d’euros, à 80 % du temps d’experts et des frais de transport. En effet les normes, pour être plus applicables sont très régulièrement révisées. Les travaux sont plus fréquemment menés au niveau européen, avec le double avantage à long terme d’une économie d’échelle et d’une harmonisation des systèmes normatifs nationaux, ce qui assure à la fois une meilleure qualité normative et l’ouverture des marchés. L’enquête a notamment mis en exergue que des bénéfices sont tirés de ces industries basées sur des "normes – phares" : les cartes à puces, les containers, le GSM... Le périmètre de la normalisation s’ouvre à de nouveaux champs, comme la sécurité du citoyen ou le développement durable.
Michel Cottin, France Télécom
Michel cottin est responsable du Groupe Documents internes et Records Management à Orange Labs (groupe France Télécom). Il rapporte son expérience sur la valeur ajoutée du records management dans les activités de recherche.
Les décideurs associent les normes, partie émergée de la recherche du groupe, à une stratégie de dépôt de brevet, de gestions des accords de confidentialité et de partenariats. Chargé du records management pour les activités de recherche, Michel Cottin insiste sur la valeur ajoutée en terme de qualité qu’apportent la gestion documentaire et les processus de " doc control" au plus en amont des projets de recherche d’une division multinationale de plusieurs milliers d’ingénieurs répartis sur tous les continents, dans un environnement technologique d’autant plus complexe qu’il est expérimental. Ces utilisateurs et producteurs doivent être motivés pour obtenir l’accessibilité mondiale des plateformes, le rendu juste à temps des documents, la formalisation des procédures, la normalisation de la GED, l’uniformisation des pratiques. Associer le contrôle documentaire au contrôle financier, valoriser par des démonstrations le partage des connaissances sont quelques-unes des pistes proposées.
Françoise Bourdon, Bibliothèque nationale de France
Françoise Bourdon est adjointe au directeur du département de l’Information Bibliographique et Numérique de la BnF. A l'AFNOR, elle anime la CN357 "Modélisation, production et accès aux documents". Elle apporte un témoignage sur l'investissement de la BnF dans les travaux de normalisation.
En 2008, au sein du département de l’Information Bibliographique et Numérique, l'activité de normalisation a été estimée à 506 jours de travail. 23 agents de ce département (soit un tiers de ses effectifs) qui participent à ce type d'activité au niveau national ou international. A cela il faut ajouter le temps consacré aux réunions, à la rédaction et à la traduction des normes, à la formation et au suivi de la mise en application des nouvelles dispositions. Le département va être amené à resserrer son investissement sur les sujets directement liés à ses propres activités : les identifiants, l'évolution des données bibliographiques et d'autorité, le format WARC (Web ARChive file format)... Cette stratégie va se matérialiser par l'élaboration d'une liste limitative de normes sur lesquelles la BnF souhaite s'investir, par une gestion prévisionnelle des frais de missions associés à la normalisation internationale et par la définition d’indicateurs de performance des activités de normalisation, qui permettront de valoriser cette activité.
Monique Joly, Institut National des Sciences Appliquées de Lyon
Monique Joly, ingénieur de recherche, est directrice du Service Commun de Documentation de l'INSA de Lyon. Elle est également membre du comité de pilotage en charge de l'orientation des développements d' ORI-OAI, système permettant la valorisation des ressources documentaires numériques des établissements universitaires. De son point de vue, la normalisation au sein de l'université représente un levier de performance.
Monique Joly invite le maximum d’établissements universitaires à échanger leurs pratiques et à rejoindre la démarche qui a conduit son établissement, l'INSA de Lyon, à consacrer à la normalisation des moyens considérables au regard de sa taille. Cette démarche, qui tire ses origines d’une pratique de la diffusion numérique des productions, a conduit l’INSA à participer à la norme LOMfr et à son profil d’application Sup LOMfr pour décrire ses ressources pédagogiques ainsi qu’à l’élaboration de la recommandation TEF pour les thèses électroniques françaises. Cette progression s’est accélérée quand, dans le cadre du réseau constitué autour du projet ORI-OAI de diffusion numérique de la production des établissements, se sont renforcées les préoccupations liées à l’accessibilité, à l’interopérabilité, à la durabilité.
Pierre-Yves Renard, INSEE
Pierre-Yves Renard, conservateur à la bibliothèque de l’INSEE, est adjoint au chef de la division Documentation. Il anime le sous-comité 8 "Qualité et performance" de la CG46.
Il souligne l’avance prise sur d’autres secteurs administratifs par le secteur documentaire, aiguillonné par la volonté de l’UNESCO d’agréger des données de différentes bibliothèques depuis plusieurs décennies, par la mise en place d'indicateurs de performance.
La norme sur la performance des bibliothèques, parue en 1998, a ouvert la route à de nouveaux travaux : performance des bibliothèques nationales, bâtiments de bibliothèques, collecte du Web. La mesure de la performance accompagne le changement des administrations parce qu’elle est un moyen de formuler, de traduire en objectifs mesurables "ce que doivent faire nos bibliothèques", de justifier les investissements - y compris dans le secteur de la normalisation -, d’améliorer le service et la relation à des clients qui ne sont plus considérés comme un public captif. La qualité s'est déplacée sur la satisfaction du client.
Ainsi les structures documentaires, le bibliothécaire évaluateur ("assessment librarian") sauront convaincre les décideurs en s’appuyant sur des indicateurs comparables. La charte Marianne pour l’accueil dans les services de l’Etat, se veut aussi un levier de progrès et l’outil d’une meilleure reconnaissance des services et des agents. Qualibib, sa déclinaison pour les bibliothèques élaborée au sein de la CN8 dans l’esprit ISO 9000, paraîtra en 2009.