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Joseph Dennis - États-Unis

Joseph Dennis, pensionnaire « Profession Culture » à la BnF
Sujet d'étude : Les documents patrimoniaux du fonds Pelliot chinois A et B
Département BnF d'accueil : Département des manuscrits
Tuteur : Nathalie Monnet, chargée de collections chinoises

Les documents patrimoniaux du fonds Pelliot chinois A et B

Découvrir l’influence de l’empire chinois sur des ethnies différentes du Nord Ouest de la Chine entre les XIIIe et XIVe siècles, déceler les représentations de la civilisation chinoise au travers de leurs monographies locales… Le chercheur Américain Joseph Dennis aura trouvé son bonheur dans les originaux du fonds chinois de la BnF. En retour, il a enrichi appréciablement le catalogue, tout en y apportant un glossaire éclairant.

Joseph Dennis

Joseph Dennis

Joseph Dennis (46 ans) est spécialiste d’histoire chinoise du XIIIe au XIVe siècle. Plus précisément, il enseigne l’histoire du livre chinois au département Histoire de l’Université du Wisconsin (États-Unis).

Lors d’une conférence sur l’art du livre chinois, il avait fait part à Nathalie Monnet, conservateur responsable du fonds chinois à la BnF, de son intérêt pour ces collections. De là chemina l’idée d’un projet au titre de Profession Culture, auquel The National Endowment of he Humanities (Washington - D.C) apporta son soutien.

« Je cherchais, explique le chercheur, des catalogues -très peu nombreux - au sujet de monographies locales chinoises qui furent produites à différentes époques, sous les dynasties des Ming (1368-1644) et des Qing (1645-1911). Personne n’a encore étudié les écoles qui utilisaient ces livres. Nous manquons de sources… ». Certes les universités américaines disposent de beaucoup de monographies locales, mais il s'agit de réimpressions... « Et je savais la BnF être la seule à conserver des originaux dans ses collections chinoises, qui sont immenses ».

On trouve notamment dans ces collections les « séries A et B » du fonds Pelliot, entré en 1910 au département des Manuscrits à la suite de l’expédition archéologique que Paul Pelliot avait menée sur les routes de Haute Asie entre 1906 et 1908. Il en avait rapporté des monographies locales, outre les documents importants qu’il découvrit, liés à la grotte de Dunhuang (Chine) et aux décors liturgiques, peints dans cinq cents grottes du Ve au VIIe siècle. Le sinologue les avait même achetées pour enrichir les collections chinoises de la Nationale.

Minorités ouïgoures, tibétaines, musulmanes

Joseph Dennis s’est concentré plus précisément sur celles ayant trait aux provinces de Gansu, de Shaanxi et de Xinjiang, régions du Nord-Ouest de la Chine traversées par la Route de la Soie, qui de l’Iran va jusqu’en Afghanistan, puis de Gansu à Pékin. C’est là, dans des régions un peu déshéritées que vivaient des minorités respectivement tibétaines, ouïgoures et musulmanes. Elles ont  particulièrement attiré l’attention du chercheur : « Chaque région, sous l’empire des Ming avait ses éditions, différentes, centralisées par l’Empire, révèle-t-il. Elles étaient imprimées localement, d’où l’intérêt d’étudier les techniques d’impression utilisées. Toutefois, les formats et les contenus, eux, étaient toujours les mêmes : biographies, histoire du lieu en termes de gouvernance (impôt, administration), histoire des écoles militaires (nombre de troupes, lieux de commandement, paiement des soldats…) Chaque région ou préfecture était, en effet, tenue de fournir ce type de données au pouvoir central. Pelliot a recueilli plus spécialement des monographies à Shaanxi (570 au total), dont la majorité fut achetée par lui. Ces documents locaux (que peu de bibliothèques détiennent concernant le Nord Ouest de la Chine) couvrent le XVe siècle et vont jusqu’au début du XIXe siècle. De plus,  ils contiennent aussi beaucoup de matériaux plus anciens, peu connus ».

Circuit du livre, reflet de la vie sociale

Comment ces monographies étaient-elles produites, quel était leur aspect ? Réunies à la Nationale dans des reliures à la mode européenne aux pages de garde en papier marbré, leurs couvertures originelles - roses, bleues, jaunes, brunes - ont toutefois été conservées et sont intactes.

Les observations de Joseph Dennis tentent, à travers ces objets, de mettre en rapport l’histoire chinoise et celle du livre (codicologie). Comment étaient diffusés ces livres dans les écoles locales, les bibliothèques, les centres de formation des fonctionnaires ? Quels types de livres y engrangeait-on ? Quel était leur coût, et qui les achetait ?

En s'attachant à élucider ces questions, Joseph Dennis peut redessiner le circuit du livre au Nord-Ouest de la Chine et en retirer quelque idée de la circulation des connaissances. Un reflet de la vie sociale.

« Chacun pouvait devenir chinois s’il le souhaitait, explique-t-il, Le pouvoir tentait de persuader ces peuples qu’ils s’élèveraient en étudiant les classiques chinois… Apprendre et lire le chinois constituaient donc un enjeu politique et éducatif pour l’empire qui entendait transformer en véritables Chinois les membres ces ethnies mongoles, tibétaines et musulmanes… tant était forte sa croyance en l’universalité de la culture chinoise. De fait, cet état d’esprit et cette influence de l’empire étaient perceptibles jusque dans des villages de régions reculées, et c’est bien le plus révélateur.

Un glossaire éclairant

Au département des Manuscrits, Joseph Dennis a pu analyser de façon satisfaisante les interactions de cette politique avec la réception des populations locales, examinant les livres mis en circulation et les représentations de la culture chinoise dont ils sont porteurs. Echange de bons procédés : le chercheur américain a apporté sa pierre au catalogue, par des travaux de datations, des recherches sur les auteurs, des descriptions détaillées sur plusieurs pages. Il n’a pas non plus oublié les autres chercheurs à l’intention desquels il a élaboré avec Nathalie Monnet un glossaire (chinois-français-anglais) qui puisse faciliter l’approche de ce langage polysémique et très spécialisé. Il propose une méthode qui permettra à chacun de suivre la piste de ces monographies locales, et d’étendre à d’autres régions ce procédé. Ce glossaire gagnerait, selon lui, à être enrichi régulièrement à l’avenir : c’est dire que le projet reste ouvert et s’annonce de longue haleine… De quoi inspirer à Joseph Dennis l’envie fourmillante de revenir bientôt travailler au département des Manuscrits de la BnF. En attendant, il rédigera des abstracts et consacrera des articles scientifiques à ces riches témoignages locaux, voire un ouvrage entier, qu’il porte déjà en lui… Passion de chercheur.


lundi 14 mars 2011

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