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Nathalie Lussier - Canada

Nathalie Lussier, pensionnaire « Profession Culture » à la BnF
Sujet d'étude : L'archivage du web et le dépôt légal du numérique
Département BnF d'accueil : Département du dépôt légal
Tuteur : Gildas Illien, chef du service du dépôt légal numérqiue

Regard du tuteur BnF et apport réciproque

Gildas Illien, responsable du dépôt légal numérique au département du dépôt légal de la BnF, était ces derniers mois le tuteur de deux stagiaires québécoises venues s’initier à l’archivage du Web. Il donne son point de vue sur cette pratique d’échanges professionnels, qui constitue l’un des intéressants volets du programme Profession Culture

Gildas Illien, Carole Gagné et Nathalie Lussier

Gildas Illien entourée de Carole Gagné et Nathalie Lussier, pensionnaires

Vous avez rencontré Nathalie Lussier lors d’une mission au Canada. Pourquoi avez-vous proposé à cette bibliothécaire de Bibliothèque et Archives nationale du Québec de suivre un stage à la BnF au titre de Profession Culture?

Gildas Illien : J’ai eu en effet plusieurs occasions professionnelles de me rendre à Montréal, Québec et Ottawa. Mes déplacements avaient pour but des rencontres multilatérales : congrès de l’IFLA et de l'Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes (AIFBD) en 2008, conférences et réunions du Consortium international pour la préservation de l’Internet (IIPC), dont les bibliothèques nationales du Canada et du Québec sont membres, en 2009. Mais j’en ai également profité pour développer des relations bilatérales avec ces deux établissements, car la BnF entretient avec elles des rapports privilégiés depuis longtemps. Nathalie Lussier s’est trouvée sur mon chemin lors de ces conférences et ces réunions et c’est ainsi que nous avons fait connaissance. Elle travaille au dépôt légal de Bibliothèque et Archives nationale du Québec (BAnQ). Ce dépôt légal est organisé un peu différemment de celui de la BnF : c’est un dépôt légal encore jeune (quelques dizaines d’années contre cinq siècles en France), qui s’applique à une production éditoriale plus limitée, et qui est régi par des dispositions juridiques spécifiques. Mais sur le principe, et dans la vision patrimoniale et culturelle qui sous-tend l’organisation québécoise, il reste très proche du nôtre. Lors de nos rencontres à la Grande Bibliothèque de Montréal, les collègues de BAnQ ont montré un réel intérêt pour l’archivage du Web et la possibilité d’échanges de personnels entre les deux institutions. Dès le premier contact avec Nathalie Lussier, j’ai senti qu’il s’agissait de quelqu’un de bien et que nous pourrions travailler ensemble. Nous avons donc imaginé à la BnF un scénario permettant de lui transmettre tout ce que, nous-mêmes, avions déjà appris sur l’archivage du Web afin qu’elle le partage à son tour au sein de son établissement.

Par bonheur, le principe de ce stage et plus largement d’une collaboration sur le dépôt légal numérique a pu être inséré dans la convention de coopération entre BnF et BANQ , qui était justement en cours de renouvellement en 2009 . C’est ainsi que Nathalie s’est retrouvée pour quelques semaines à la BnF et au sein de mon équipe, avec sa collègue Carole Gagné, bibliothécaire elle aussi spécialisée dans le dépôt légal.

Comment avez-vous préparé leur stage ?

G.I. : Après accord de principe sur les orientations du stage (en particulier avec Carole Payen et Gilles Chauvin, à BAnQ), nous avons préparé, longtemps à l’avance, un programme personnalisé de visites et d’échanges avec des collègues de la Direction des collections et de la Direction des Services et des Réseaux, aussi bien sur les sites François-Mitterrand que Richelieu. Je souhaitais en effet qu’elles observent comment le dépôt légal du Web avait « pénétré » la BnF dans toute sa diversité, car c’est probablement l’intégration de ce projet nouveau à l’ensemble de la Bibliothèque qui fait sa principale force aujourd’hui. Disposer d’une diversité de témoignages plutôt que de la seule vision des « experts » devait aussi leur permettre de confronter les expériences et forger leur propre jugement plutôt que de s’en tenir au regard, forcément biaisé, de ma seule équipe. D’où l’idée de leur exposer à la fois le traitement de nos collections numériques et imprimées (aussi pour comprendre la continuité des missions), le point de vue des bibliothécaires comme celui des informaticiens. Bref, les visions contrastées des différents acteurs du circuit du document patrimonial. Cela a été soigneusement concocté en amont avec l’aide de nombreux collègues, et coordonné très efficacement par Lucie Mailland, correspondante formation du département du Dépôt légal. Si bien qu’une fois les stagiaires débarquées à Paris, tout s’est harmonieusement passé sur le terrain, comme sur du papier à musique.

Les échanges professionnels ont-ils été fructueux ?

G.I. : Nathalie et Carole avaient elles aussi bien préparé leur stage et étaient déjà au fait de beaucoup de nos procédures, les approches du dépôt légal étant assez comparables entre BnF et BAnQ. Aussi rentraient-elles tout de suite dans le vif du sujet et posaient des questions très précises. Ce sont des connaisseuses, très compétentes, avec qui nous avons pu avoir un véritable échange. De plus, par dispositions naturelles, elles se montraient gourmandes de toute connaissance nouvelle, et en saisissaient l’occasion à chaque rencontre. Nathalie, du fait de son stage plus long, a été aussi associée à la vie quotidienne de mon service, participant aussi bien à des instructions techniques qu’à d’importantes réunions de négociation avec différents acteurs de la BnF, en plus de son programme dédié. Tous ses interlocuteurs ont été désarmés par la gentillesse de Nathalie, mais se sont aussi pris au jeu de ses questions, pertinentes et fines. Travaillant à l’international, je suis souvent amené à parler en anglais et à accueillir des visiteurs non francophones. Mais à la BnF, tout le monde n’est pas forcément anglophone, ce qui peut compliquer les échanges de ce type. Avec Nathalie, francophone québécoise, la mise en relation en a été d’emblée simplifiée et beaucoup de portes ont pu s’ouvrir pour elle : j’ai pu la présenter à un très grand nombre d’interlocuteurs professionnels à la BnF qui n’ont pas l’habitude de recevoir des visiteurs d’aussi loin.

Quels développements ce stage de Profession culture peut-il induire pour l’avenir ?

G.I. : Je suis d’abord convaincu que le rapport de stage de Carole et Nathalie sera très intéressant à lire car nous nous verrons nous-mêmes à travers le regard qu’elles ont porté sur notre travail et nos procédures, voire sur nos défauts ! Le regard de l’étranger est toujours bénéfique, il aide à prendre du recul sur soi-même, à identifier des points d’amélioration qu’il n’est pas évident de déceler quand on vit et travaille dans un environnement homogène.

Il faut savoir que les Québécois ont une manière de travailler assez différente de la nôtre : ils parlent moins (enfin, ça dépend des situations : ils parlent plus à table et moins dans les réunions !), ils écrivent moins, plus court, et agissent davantage. De façon résolument pragmatique. Nos réunions un peu longues, nos rapports interminables, nos préoccupations parfois philosophiques autour du Web et du patrimoine, ont dû souvent l’étonner ! J’espère que leur rapport nous en apprendra un peu plus sur nous-mêmes (une réaction bien française au passage !).

Sur un plan plus technique, nous comptons poursuivre les échanges sur le sujet des publications officielles qui sont, au Québec, le cœur de cible du dépôt légal numérique. De ce fait, l’équipe québécoise a une expérience vraiment approfondie des méthodologies documentaires (identification et regroupement des types d’émetteurs, gestion des périodicités de publication…) propres au traitement des « P.O ». Elle dispose aussi d’une suite d’applications utiles au dépôt numérique (on y utilise un système de dépôt de ces publications sous forme numérique par les éditeurs gouvernementaux). Cette expérience nous intéresse, aussi bien pour systématiser notre collecte par moissonnage des sites officiels et gouvernementaux que pour explorer des alternatives au moissonnage des sites lorsque celui-ci se révèle insuffisant pour récupérer les fichiers désirés. Nous discuterons ensemble sur les moyens de progresser en parallèle dans cette collecte spécifique des publications officielles. Peut-être que des développements logiciels partagés (et en français !) ou autour d’autres thématiques documentaires propices à la coopération se dégageront par ailleurs dans le futur.

Les compétences bibliothéconomiques et celles du Web sont nécessaires pour la collecte du dépôt légal sur le Web. Comment se sont-elles harmonisées ?

G.I. : Nous avons l’avantage, tout comme Nathalie et Carole à BAnQ, de former une petite équipe, faite d’un savant mélange de bibliothécaires et d’informaticiens. Ces derniers sont de plus sensibilisés aux besoins bibliothéconomiques fondamentaux et aux problématiques patrimoniales. Réciproquement, nos bibliothécaires sont au fait des problèmes rencontrés par les informaticiens : Nathalie est du même bois, capable de comprendre les deux communautés et de faire le lien entre elles. Nous avions donc ce qu’il fallait pour nous comprendre les uns les autres. Et nous nous sommes trouvés !


jeudi 3 février 2011

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