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Saadou Traoré - Mali

Saadou Traoré, pensionnaire « Profession Culture » à la BnF
Sujet d'étude : Description du fonds tombouctien conservé à la BnF
Département BnF d'accueil : Département des manuscrits
Tuteur : Marie-Geneviève Guesdon, chargée de collections de manuscrits arabes

Regard du tuteur BnF et apport réciproque

Marie-Geneviève Guesdon, conservateur chargé des manuscrits arabes de la BnF, a été le « tuteur » de Saadou Traoré au cours de son stage. Elle donne un éclairage sur l’intérêt des descriptions qu’a réalisées ce chercheur pour le catalogue BnF archives et manuscrits, concernant les manuscrits sub-sahariens du fonds arabe de la BnF.

Qu’ont apporté les récents travaux de Saadou Traoré au catalogue des manuscrits ?

Marie-Geneviève Guesdon : Ses travaux portaient plus précisément sur nos documents sub-sahariens, et notamment ceux de Tombouctou (Mali).  Saadou Traoré nous a fourni des éléments pour les notices d'autorités Auteur et a rédigé les notices descriptives de quarante-cinq volumes, dont certains regroupent plusieurs manuscrits d'auteurs tombouctiens ou liés à la ville de Tombouctou, et figurant, pour quelques uns,  parmi les acquisitions récentes, mais surtout dans la Bibliothèque umarienne de Ségou, dite "fonds Archinard", qui est parvenue à la Bibliothèque nationale en 1892.  

Une équipe d’Africanistes du CNRS a identifié les textes et les auteurs de ces recueils composites et en avait publié en 1981 un inventaire comportant des données élémentaires (auteur, titre, sujet, date et lieu de copie, possesseurs), mais sans faire la description complète des volumes. Aujourd’hui, cette lacune est comblée, pour une partie du fonds relative à Tombouctou1. Ce travail n’est pas tout à fait terminé, toutefois. Mais un prochain séjour de Saadou Traoré devrait permettre de le parachever.

Dans le cadre de Profession Culture, l’apport entre la BnF et ses boursiers est normalement réciproque. En quoi l’a-t-il été dans ce cas précis ?

M-G.G. : L’apport est réciproque, en effet. D’une part, Saadou a eu accès aux ressources de la BnF pour son sujet de recherche [il tente une contribution à l’histoire de Tombouctou, sa ville natale, à sa tradition de transmission du savoir]. Il manquait notamment de bibliographies sur les auteurs tombouctiens : aux Manuscrits orientaux, il a trouvé les instruments de recherche nécessaires. D’autre part, le fait d’avoir localisé dans le monde d’autres manuscrits tombouctiens, grâce à ces outils bibliographiques, n’a pas été sans intérêt pour lui.

De notre côté, nous avons apprécié sa connaissance des textes et de l’histoire de la région, qui a beaucoup aidé au traitement de ces documents. Il faut savoir que, comparé à l’arabe classique, l’arabe africain constitue une spécialité : plus proche, plus centré sur cet arabe-là, plus rapide, Saadou - qui connaissait bien le contexte local - a facilité l’attribution d'ouvrages à leurs auteurs. A nous, qui vivons loin de ce contexte, cela aurait pris beaucoup plus de temps, en termes de recherches.

Nous avons appris également des choses utiles sur la façon de présenter les noms propres dans ces manuscrits, par exemple, ou sur les différents aspects de la prononciation, les particularités locales des noms de personnes africains, etc. Au-delà du texte, le manuscrit lui-même renvoie à d’autres questions : qui l’a copié ? Dans quelles circonstances ? Quel était son prix d’achat… ? Les chercheurs qui travaillent sur le commerce du papier, par exemple, trouveront maintenant dans le catalogue une description du type de papier utilisé. Comment se fabriquait un livre à Tombouctou ? Etait-il muni d’une reliure ou non ? Ces éléments qui n’apparaissent pas dans le premier inventaire du CNRS, Saadou Traoré les a consignés dans les notices. Ces descriptions complètes sont de nature à aider à l’identification d’un document, et à relancer une recherche, par rebond.  

Quelle est, par rapport aux autres manuscrits arabes, la spécificité des ceux de Tombouctou ?

M-G.G. Le manuscrit africain au Mali n’est pas un objet d'un passé très lointain, comme il peut l’être en Occident. A Tombouctou, des familles conservent chez elles ces manuscrits anciens. C’est un objet très présent dans leur vie, une source de savoir bien sûr (on y découvre notamment des choses peu connues, peu éditées) mais dont le contenu est souvent plus courant qu’on ne l’imagine : correspondances d’intérêt historique, jugements ou fatwa, copies effectuées d’après d’autres copies de textes dans la tradition de transmission musulmane. Ce n’est pas un document forcément précieux en soi, ou pas si esthétique. Cependant on trouve, parmi les volumes copiés en Afrique, de très beaux manuscrits avec des calligraphies bien particulières, ornées de frises colorées d’ocre, de rouge, de vert, de brun… Une inspiration locale, qui les rend très distincts de ceux réalisés au Maghreb. D’où également leur intérêt.


1Recherche en ligne des manuscrits de Tombouctou dans le catalogue de la BnF. Aller à rubrique du catalogue « Archives et Manuscrits », puis « Manuscrits arabes », et « Afrique sub-saharienne », enfin à « Tombouctou ».

vendredi 4 février 2011

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