« Académie de l'espée » de Girard Thibault d'Anvers - 1628 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal, GR FOL-104
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La poudre et l’encre – Une conversation avec Patrick Boucheron

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« Académie de l'espée » de Girard Thibault d'Anvers - 1628 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal, GR FOL-104

La bibliothèque de l’Arsenal expose une sélection exceptionnelle de pièces issues de ses collections, choisies par l’historien Patrick Boucheron pour nourrir un dialogue avec les conservateurs de la bibliothèque sur le thème des livres et de la violence.

L’exposition en détails

Du manuscrit des 120 Journées de Sodome du marquis de Sade à la maquette d’un bateau négrier, en passant par le Coran de Pierre le Vénérable ou les gravures de Jacques Callot, 87 pièces – essentiellement des estampes, des manuscrits, des volumes imprimés et des périodiques – interrogent ainsi les rapports complexes entre livres et violence, dans l’espace symbolique d’un ancien lieu de guerre, l’Arsenal, devenu lieu de savoir.

De l’Arsenal à la Bibliothèque

À l’invitation de la bibliothèque de l’Arsenal, Patrick Boucheron a souhaité considérer ce temple de la culture lettrée à la lumière du rapport entre les livres et la violence : violence qu’ils disent ou montrent, violence qu’ils propagent, violence qu’ils conservent, violence qu’ils combattent.

La bibliothèque de l’Arsenal est symboliquement le lieu idéal pour mettre en lumière cette multiplicité du rapport entre les livres et la violence, car c’est le lieu de la conversion architecturale d’un lieu de guerre, l’ancien hôtel des grands-maîtres de l’artillerie, en un lieu de savoir, une bibliothèque où sont conservées d’exceptionnelles collections de manuscrits médiévaux, de livres anciens et modernes mais aussi d’estampes. Cette conversion et cette ambiguïté, l’oxymore formé par le nom même du lieu les exprime, en unissant paradoxalement dans la même expression les livres et les armes, la paix et la guerre, la civilisation et la violence.

Les 120 journées de Sodome de Donatien Alphonse François de Sade - 1785 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal

 

Un dialogue inédit autour de collections exceptionnelles

Conçue comme une déambulation savante, libre et inventive, l’exposition s’appuie sur les collections de la bibliothèque de l’Arsenal, dont sont issues les 90 pièces présentées. Elle est scandée par six moments différents d’un rapport à la violence, avec pour chacun un objet vedette de la collection autour duquel d’autres oeuvres font écho, donnant lieu à des rapprochements inattendus, porteurs de sens.

À partir du manuscrit des 120 Journées de Sodome de Sade (1785), confronté aux martyres d’un livre d’heures (Heures de Boussu, 1490) et à des images de Lucrèce, on saisit un premier rapport, paradoxal, à la violence et à l’humiliation comme objet de contemplation esthétique.

 

Jacques Callot, « Les Grandes Misères de la guerre », La roue - 1633 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal, RESERVE BOITE ECU-ED-25 (18)

 

Les « théâtres de cruautés » du XVIe siècle multiplient à l’envi récits de massacres et scènes macabres des guerres de religions ou des conquêtes de l’Amérique. Ces livres inaugurent une tradition de la représentation de la violence faite aux corps suppliciés qu’on retrouve, au XVIIe siècle, dans les célèbres gravures des Misères et les malheurs de la guerre de Jacques Callot (1633).

Les livres offrent parfois une chorégraphie savante de la violence. Un traité d’escrime comme la monumentale Académie de l’espée de Girard Thibaud d’Anvers (1628), chef-d’œuvre d’harmonie et de géométrie, renvoie l’image d’une violence disciplinée comme auparavant, les récits de tournoi ou, plus tard, les scènes du Grand Guignol.
La violence dans les livres n’est pas toujours « pour rire ». Il y a des « mots qui tuent », des appels au meurtre et des slogans qui ne restent pas de papier. Les exemplaires exposés de La Libre Parole, le journal antisémite de Drumont, rappellent combien la violence littéraire ou journalistique sait se propager dans l’espace physique et social : il y a des livres qui sont des passages à l’acte.

Même le geste de traduction que l’on comprend spontanément comme pacifique peut avoir quelque chose d’agressif. Le Coran que fait traduire Pierre le Vénérable en 1141, un des fleurons de la bibliothèque de l’Arsenal, témoigne de l’ambivalence de cette activité : cette première traduction vise à connaître l’autre pour mieux le combattre. C’est, en germe, le même mouvement qui préside, des siècles plus tard, aux grammaires coloniales des langues autochtones.
Autour du fonds anti-esclavagiste de l’abbé Grégoire conservé à la bibliothèque de l’Arsenal, où les discours pour l’abolition voisinent avec une chaîne d’esclave et une maquette de bateau négrier, on essaiera de comprendre ce que font les livres à la violence, quand, sans la prévenir ni la pacifier, ils la donnent à voir et à comprendre, c’est-à-dire à combattre.

Le parcours s’achève ainsi sur une vibrante défense de la culture comme fondamentalement civilisatrice, mais en connaissance de cause, en affrontant l’ambivalence fondamentale de cet ordre des livres qui précipite violents désordres et prises de conscience.

Traduction du Coran de Pierre le Vénérable, et écrits contre la religion des Mahométans - 1141-1143 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal, Ms-1162 réserve

 

 

Maquette de vaisseau négrier, réalisée pour Mirabeau afin de dénoncer les conditions des esclaves - 1789 - BnF, Bibliothèque de l’Arsenal, RES-NF-1199

La Bibliothèque de l’Arsenal, un site de la BnF au cœur du Marais

Le marquis de Paulmy constitue au milieu du XVIIIe siècle une vaste collection encyclopédique de livres, manuscrits et estampes, ouverte aux savants et gens de lettres sur le site de l’Arsenal, ancienne résidence des grands maîtres de l’artillerie. Devenue bibliothèque publique en 1797 et réunie à la Bibliothèque Nationale en 1934, la bibliothèque de l’Arsenal abrite aujourd’hui une collection de plus d’un million de documents touchant à la littérature, à l’histoire et à l’histoire du livre, aux estampes, à la géographie et à la musique.

 

La Bibliothèque de l’Arsenal, avec la rue de Sully et la place du Père Teilhard de Chardin © Thierry Ardouin / Tendance Floue / BnF

 

Le site conserve également des fonds spécifiques comme celui des mazarinades, des archives de la Bastille ou d’écrivains modernes ou contemporains (Huysmans, Perec, l’Oulipo).

La bibliothèque de l’Arsenal est aussi un lieu d’activités et de rencontres culturelles qui propose colloques, conférences et expositions, notamment autour de la thématique des métiers du livre. Le site a reçu en 2012 le label « Maison des Illustres » du ministère de la Culture.

Commissariat

Commissariat général

Patrick Boucheron, historien

Commissariat scientifique

Jérémy Chaponneau, Nadine Férey-Pfalzgraf, Olivier Bosc, Sophie Guérinot, Claire Lesage, Fabienne Queyroux, bibliothèque de l’Arsenal, BnF

 

Couverture du catalogue de l’exposition « La Poudre et l’Encre » - BnF

Informations pratiques

 

tarifs et conditions d’accès
 

Entrée libre et gratuite

Horaires

Du mardi au dimanche
12 h – 19 h

Fermé les lundis et les jours fériés*
* Vendredis 1er et 8, jeudi 14 et dimanche 24 mai 2026

 

Accès

Bibliothèque de l’Arsenal
1, rue de Sully – 75004 Paris

Autour de l’exposition