Peut-on déléguer la traduction aux algorithmes ?
Dans le cadre d’une journée de réflexion sur la traduction et l’IA, des spécialistes partagent leurs points de vue sur la pratique de traduction à l’ère numérique.
Une société humaine peut-elle se passer de traduction ? Et pour une société multilingue, la nécessité de la traduction ne constitue-t-elle pas un problème ? Les pays francophones sont à cet égard intéressants à observer. Pas de Suisse sans traduction, proclame une campagne d’Autrices et Auteurs de Suisse. En Belgique et au Canada, deux langues se font face et s’envisagent, non sans conflictualité. Au Sénégal, wolof et français entretiennent des rapports de domination. La coexistence des langues pose un problème. Mais est-ce un problème d’avoir un problème ? La France est-elle mieux lotie avec sa langue définie comme langue unique de la République ? Et les technologies algorithmiques constituent-elles une solution ?
Le mot traduction recouvre au moins deux réalités : le résultat et le processus. Et la deuxième soulève des questions philosophiques, sociales, politiques, environnementales, qui tendent à disparaître lorsque le temps du processus est éclipsé par le résultat obtenu en un clic. La traduction est aussi lien, mode de médiation avec l’altérité, pas toujours pacifique, mais qui construit un rapport à soi, à l’autre et à la société.
Fin 2018, ATLAS, l’association pour la promotion de la traduction littéraire, fonde l’Observatoire de la traduction et des relations humain-machine, auquel ont contribué au fil des ans plusieurs des invités de cette riche journée. Cet observatoire s’est donné pour mission d’offrir des outils de compréhension pluridisciplinaires (historiques, techniques, cognitifs, linguistiques, …) pour saisir en une approche technocritique (et non technophobe) la spectaculaire évolution de la lisibilité des textes générés par algorithmes.
Une « sortie-machine » est-elle une traduction ? Les mots sont importants. Un algorithme, quelle que soit sa complexité, est une suite de chiffres non ambiguë, et les grands modèles de langue sur lesquels il s’appuie servent de base à des calculs. Les traductrices et traducteurs, eux, travaillent avec les langues, que l’on dit volontiers vivantes. Elles charrient des affects, des humeurs, de l’ironie, des implicites, qui supposent tout un contexte pour être compris. Ce que l’on pourrait nommer une culture.
Faut-il donc un corps pour traduire ?
La journée « La traduction et ses pouvoirs » est issue de l’Observatoire de la traduction et des relations humain-machine, un travail de veille et de recherche porté par ATLAS et financé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France.
Programme
Entretien avec François Ottmann, maître de conférences en philosophie, université Toulouse Jean Jaurès, spécialiste de philosophie du langage et de philosophie des sciences
Entretien avec Margot Nguyen Béraud, traductrice d’une vingtaine d’auteurs espagnols et latino-américains, dont récemment Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares, présidente d’ATLAS, et Mathilde Saliou, journaliste spécialisée dans le numérique, autrice de L’Envers de la Tech (Les Pérégrines, 2025)
Entretien avec Josée Kamoun, traductrice littéraire de l’anglais (Jonathan Coe, Richard Ford, John Irving, Philip Roth, Jack Kerouac, George Orwell, …), autrice du Dictionnaire amoureux de la traduction (Plon, 2024)
Après-midi modérée par Youness Boussena, journaliste, critique et chroniqueur de la revue La Vie des idées
Voir cet événement
Cet événement sera diffusé sur notre chaîne Youtube et sur cette page le 27 janvier à 14 h.
Informations pratiques
Entrée gratuite – Réservation conseillée
Il est recommandé de se présenter en avance (jusqu’à 20 minutes avant la manifestation).
Date et Horaires

Mardi 27 janvier 2026
14 h - 17 h 30
Accès

François-Mitterrand - Petit auditorium
Quai François-Mauriac – Paris 13e
Entrée Est face à la rue Émile Durkheim
