Camille Millerand - Ils vivent, travaillent et cotisent ici

Territoire : Ile-de-France
Une série de photographies documentaires axées sur le quotidien de travailleurs sans-papiers en Ile-de-France et la diversité des secteurs professionnels qui survivent grâce à eux.
 
© Abdo Shanan Collective 220

Né le 17 juin 1983, Camille Millerand devient photographe indépendant en 2007.

Il collabore régulièrement avec la presse française (Le Monde, Jeune Afrique, Télérama...) et développe ses projets personnels qui s’inscrivent dans une démarche documentaire au long cours entre l’Algérie, la France, la Côte d’Ivoire et le Cameroun. En septembre 2018, il co-réalise Derwisha avec Leïla Beratto. En mai 2019, une partie de son travail a rejoint la collection Agnès B. Il diffuse ses images d’archives via la plateforme Divergence Images.

 

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février 2022

 

Dès la fin du mois de janvier 2022, j’ai repris le chemin des permanences CGT dans le 19e arrondissement de Paris. 

Trois lundi de suite, je suis allé à la rencontre de plusieurs travailleurs invisibles qui viennent vérifier auprès de bénévoles du syndicat que leur dossier est complet. Un moment propice au cours duquel je présente à haute voix et à l’aide d’un book, mon projet.

Parmi eux, M. D. est chef cuisinier dans un restaurant Vietnamien. Après une séance de portraits sur son lieu de travail, nous avons convenu de nous revoir bientôt, chez lui. Il partage une sous-location à Drancy avec d’autres travailleurs. 

Pour sortir du réseau syndicaliste, j’ai revu M. M., un jeune travailleur malien, rencontré en 2019. Il était ripeur à l’époque. Il est maintenant livreur pour la plateforme de livraison de produits d’épiceries à La Défense. Il m’a introduit sur son lieu de travail pour que je comprenne le fonctionnement interne de son nouvel employeur.

J’ai revu également, M. B., un trentenaire camerounais rencontré en Algérie en 2016. À l’époque, il vivait dans une maison, de deux étages, sans toit, située à 30 km d’Alger, planqué là, le temps de gagner un peu d’argent pour financer sa traversée de la Méditerranée vers l’Europe. Il est arrivé en France depuis 12 mois. Lui n’est pas du tout sur le chemin de la régularisation. Il se débrouille en vendant des baskets et des parfums dans un bar-repère de la communauté camerounaise à Paris. Avant, il était préparateur de commande pour Amazon et agent de sécurité chez Sephora mais ses responsables se sont aperçus qu’il travaillait avec les papiers d’un autre. Il vit en Seine-Saint-Denis en colocation. Nous devons nous revoir également. 

J’ai aussi revu M. M. et M. I., deux personnes rencontrées en Algérie en Juillet 2012. Le premier nettoie les vitres d’immeubles récents, le second assure des livraisons pour Deliveroo. Ils sont arrivés, récemment par la mer qui relie Oran à la côte espagnole. 
Afin de documenter, également, le quotidien de travailleuses invisibles, je me suis rapproché de l’association Femmes et Égalités.

Je retourne, le 19 mars prochain, au siège de l’association rencontrer Mme G. et Mme B., toutes les deux femmes de ménage. J’aurai l’opportunité de leur présenter mon projet de vive-voix. J’ai d’autres pistes de personnes susceptibles de me présenter des femmes invisibles.  

Repérages © Camille Millerand

 

Repérages © Camille Millerand

 

Repérages © Camille Millerand

 

 

Mai 2022

Lundi 23 Mai 2022.
 
Rentré de Bamako depuis une semaine où j’ai retrouvé M. B. un travailleur invisible rentré auprès de sa famille après 4 ans d’absence et l’obtention d’un titre de séjour d’un an. À Paris, M. B. est plongeur dans un restaurant chic situé à deux pas de l’Arc de Triomphe et livreur à vélo. Il partage sa chambre dans un foyer situé dans le sud de Paris. À Bamako, il a changé de statut, il a retrouvé sa place de chef de famille par rapport à sa femme, sa sœur et ses deux enfants venus l’accueillir à l’aéroport de Bamako. Avec mes compères Julia Pascual et Émile Costard, nous co-réalisons, depuis un an, un film documentaire de 52 minutes sur son parcours. Nous retrouverons M. B à la fin du mois de juillet pour terminer ce tournage. Il sera diffusé sur Arte au cours de l’été 2023. Il sera aussi un écho, en image animée, à la série d’images fixes produites pour la BnF.
Jour de départ vers le village. Taxi conduit par Mr Traoré, sur lequel les bagages de Mr B. sont attachés. Au total, il ramène près de 200 kilos de cadeaux à sa famille et ses proches. Mai 2022 © Camille Millerand

 

Pont qui relie la rive droite à la rive gauche de Bamako. Mai 2022 © Camille Millerand

 

Cette semaine, je relance Mme S., aide à domicile, que j’ai suivi avant mon séjour au Mali. Nous avons un entretien à terminer. J’appelle Mme M., coiffeuse au métro Château d’Eau, et Mme G., femme de ménage à Neuilly-sur-Seine. J’espère aussi joindre Monsieur M. qui nettoie quotidiennement les vitres d’un immeuble parisien, et boire un café avec Monsieur I., livreur Deliveroo. Ils sont tous les deux arrivés d’Algérie récemment. J’ai également une piste pour rencontrer des nounous philippines. Je dois enfin relancer Monsieur P. un chef d’entreprise : il m’a promis qu’il m’emmènerait sur un de ses chantiers avec M. A. qu’il aide quant à sa régularisation. A chaque rencontre, je m’appuie sur ce carnet qui donne des repères visuels concernant ma démarche documentaire. Je parle de l’appui de la BnF comme étant une bourse de recherche photographique.

 

 

 

Photos du carnet de bord pour le projet sur les Invisibles © Camille Millerand

 

Photos du carnet de bord pour le projet sur les Invisibles © Camille Millerand