Cartographie des collections étrangères : vers de nouvelles coopérations scientifiques internationales

Dès ses origines, la BnF s’est conçue comme une bibliothèque universelle, un lieu d’accès à la pluralité des cultures et des savoirs du monde. Les collections exceptionnelles qui résultent de cette volonté originelle ont peu d’équivalent dans le monde : par leur profondeur temporelle et géographique comme par leur volumétrie, elles donnent à comprendre la diversité linguistique et culturelle de l’humanité. Richesse unique, cette identité universaliste constitue également une responsabilité, celle de conserver, signaler, diffuser et valoriser un patrimoine documentaire qui est aussi un bien de l’humanité.

 

La connaissance des collections étrangères de la BnF n’a cessé de s’affiner avec les possibilités de recherche croissantes offertes par les catalogues informatisés. Parmi les travaux engagés, peuvent être cités le travail d’Annie Berthier sur les collections manuscrites orientales en 2000, les travaux menés conjointement par le département Littérature et Art et la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC) en 2010, le signalement et la numérisation de nouveaux corpus au sein de la collection Patrimoines partagés.

En 2018, la BnF a décidé de compléter ces travaux en réalisant une cartographie de ses fonds étrangers à caractère patrimonial, menée conjointement par la direction des Collections et la délégation aux Relations internationales. Son périmètre y est défini comme l’ensemble du patrimoine écrit (manuscrits et imprimés, à l’exclusion des objets) publié ou rédigé hors de France avant 1975.

Cette cartographie, achevée en 2019, a pour objectif de mieux connaître la diversité des collections conservées dans les différents départements, de mener une réflexion sur leur signalement et leur numérisation et enfin de pouvoir mieux les inscrire dans les programmes de coopération internationale de l’établissement. Elle a fait l’objet d’une première approche par le dépouillement des catalogues et instruments de recherche disponibles, complétée dans un deuxième temps par des entretiens auprès des différents départements de collection.

Près de 2 millions de documents ont été identifiés – une volumétrie à l’échelle des collections de la BnF. Reflet de l’histoire des politiques d’acquisition successives – du président Jacques de Thou au sinologue Pelliot – mais aussi d’une culture française qui se nourrit de et participe à la République des lettres européennes, les collections de la BnF sont celles d’une bibliothèque européano-centrée, où la production européenne représente plus de la moitié de l’ensemble (1,2 million de notices). Les cultures extra-européennes sont quant à elle d’abord asiatiques. Le tropisme ancien de la Bibliothèque pour l’Asie se révèle par ses 350 000 documents, assez largement numérisés du fait de la rareté des collections mais dont le signalement date souvent de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe. La forte présence de notices du nouveau monde reflète l’importance scientifique des États-Unis dont la production est, elle, bien signalée mais peu numérisée. La part de l’Afrique reste réduite (90 000 notices) dans cet ensemble de documents étrangers, ce qui s’explique sans doute par la production éditoriale peu abondante dans cette zone avant 1975. L’Océanie est presque totalement inexistante.

Afin de pouvoir se repérer dans cet ensemble, il était indispensable de dégager des critères permettant d’identifier les fonds sur lesquels concentrer les efforts de la BnF. Quatre critères ont été identifiés : l’origine des fonds, le taux de signalement estimé, le taux de numérisation et l’intérêt scientifique. Cette combinaison de critères a permis d’identifier 19 fonds majeurs pour leur intérêt scientifique ou symbolique, de quelques centaines à plusieurs milliers d’exemplaires chacun, représentant 50 000 exemplaires, soit un peu moins de 2% de l’ensemble des fonds identifiés dans la phase quantitative.

Reconnaissant l’importance de ces collections pour les communautés de chercheurs à travers le monde, soucieuse d’en faciliter l’accès et d’en favoriser une interprétation partagée, la BnF va dans les trois années à venir engager la description, la numérisation et la valorisation de ces fonds, en s’appuyant sur le dynamisme de ces partenariats scientifiques avec les institutions patrimoniales et de recherche, en France comme à l’étranger.

L’histoire de la constitution de ces collections étrangères permet d’offrir des perspectives sur les influences culturelles à l’œuvre en France sur la longue durée. Si Emmanuel Le Roy Ladurie y décelait une succession de cycles de « désouvertures » et d’« ouvertures », gageons que les travaux engagés désigneront la période actuelle comme celle d’un cycle d’ouverture sur le monde et de partage patrimonial.

Rapport d’activité 2019 de la bibliothèque nationale
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