En savoir plus
De François Ier à Louis XIII : Maîtres de la Librairie et Gardes de la Bibliothèque
On fait traditionnellement remonter à 1522 la création de la charge de Maître de la Librairie du roi, celle-ci étant alors installée au château de Blois. Cette fonction semble avoir été avant tout honorifique : le fonctionnement quotidien de la bibliothèque est en réalité assuré par le Garde de la librairie. Cette « librairie » connaît au cours du XVIe siècle plusieurs déménagements. La bibliothèque de Blois, qui fait office de bibliothèque officielle de la monarchie, est ainsi déplacée en 1544 au château de Fontainebleau, où elle fusionne avec la bibliothèque personnelle du roi. Vers 1570, cette bibliothèque royale est transférée de Fontainebleau à Paris, où elle s’installe sans doute dans une maison particulière. Pour la première fois, la bibliothèque n’est plus hébergée dans la demeure du souverain : de bibliothèque du roi, elle devient bibliothèque royale – c’est-à-dire propriété de l’État monarchique.
Guillaume Budé, 1522-1540
Né à Paris en 1468, Guillaume Budé était le fils de Jean Budé, secrétaire du roi et audiencier en la grande chancellerie de France, et de Catherine Le Picard. Après avoir été secrétaire du roi sous Charles VIII et Louis XII, maître des requêtes et prévôt des marchands de Paris, il fut nommé maître de la Librairie vers 1522. Fameux helléniste, l’un des grands humanistes du premier XVIe siècle, il fut notamment à l’origine de l’institution, autour de 1530, des « lecteurs royaux », première forme de ce qui devint le Collège de France. Pour la bibliothèque, il fit rechercher des manuscrits, notamment des manuscrits grecs, qui lui furent envoyés d’Italie ou de l’Empire ottoman.
Pierre Du Chastel, 1540-1552
En 1540, Pierre Du Chastel succéda à Guillaume Budé en qualité de maître de la Libraire. Né à Langres, fils de Quentin Du Chastel, Pierre Du Chastel étudia à Dijon puis voyagea en Allemagne. Remarqué par Érasme, il fut placé par ce dernier comme correcteur à l’imprimerie de Froben à Bâle. Du Chastel voyagea ensuite en Italie et en Orient. De retour en France, il devint aumônier du roi François Ier et son lecteur (1537). Il fit ensuite une brillante carrière dans l’église : évêque de Tulle en 1539, évêque de Mâcon en 1544, évêque d’Orléans en 1551, grand aumônier de France en 1548.
À la Librairie de Fontainebleau, il continua la politique d’acquisition de son prédécesseur en patronnant des missions en Italie et en Orient (Pierre Gilles, Guillaume Postel, André Thevet). En 1552, à la fin de son administration, la Bibliothèque comptait au moins 550 manuscrits grecs. C’est également sous Du Chastel, en 1544, que la librairie de Blois fut réunie à la bibliothèque personnelle du roi, conservée au château de Fontainebleau.
Pierre de Montdoré, 1552-1567
Orléanais, helléniste, Pierre de Montdoré était conseiller au Grand Conseil. Nommé maître de la Librairie en 1552, il fit dresser (sans doute peu avant 1567) un inventaire qui fait apparaître 3 651 ouvrages imprimés et manuscrits dans la Bibliothèque royale, soit mille de plus qu’en 1544, date du précédent inventaire. Soupçonné de protestantisme, condamné à mort pour avoir publié une ode célébrant l’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré, Montdoré fut déchu de son poste en 1567. Il se réfugia à Orléans puis à Sancerre, et mourut peu après, en 1570.
Jacques Amyot, 1567-1593
Jacques Amyot, alors grand aumônier de France, lui succéda. Né à Melun le 30 octobre 1513, il était le fils de Nicolas Amyot, boucher, et de Marguerite des Amours. D’abord précepteur de jeunes gentilshommes, il fut remarqué par le chancelier de L’Hôpital. Nommé professeur de grec et de latin à l’université de Bourges, il fut ensuite choisi par Henri II pour devenir précepteur des enfants de France.
Helléniste renommé, Amyot donna des traductions restées célèbres du roman de Diodore, Daphnis et Chloé, et surtout des Vies des hommes illustres de Plutarque. Le 6 décembre 1560, Charles IX, à peine monté sur le trône, nomma Amyot grand aumônier de France. Amyot fut encore nommé évêque d’Auxerre en 1570 et commandeur de l’ordre du Saint-Esprit à l’institution de cet ordre en 1578.
Sous son administration, la Bibliothèque fut transportée de Fontainebleau à Paris, sans doute dans une maison particulière louée à cet effet. Pendant la Ligue, en 1593, elle tomba aux mains des Ligueurs, qui en donnèrent les clefs à l’un des leurs, le président de Nully. Des disparitions difficiles à apprécier eurent sans doute lieu pendant cet épisode.
Jacques Amyot mourut le 6 février 1593, âgé de soixante-dix-neuf ans.
Jacques-Auguste de Thou, 1593-1617
Son successeur, Jacques-Auguste de Thou, fut un des hommes les plus admirés de l’Ancien Régime pour sa fermeté d’âme et sa franchise politique, symbolisée par sa monumentale histoire des guerres de Religion, intitulée Historiae sui temporis (1604) et qui fut mise à l’Index. De Thou fut aussi poète et demeure, à cause de la bibliothèque exemplaire qu’il avait rassemblée, tant pour le choix des textes que des reliures, un des modèles universels de la bibliophilie.
Grand mécène des lettres, De Thou sut s’entourer de savants de première importance et mit en place les hommes qui administrèrent la Bibliothèque jusqu’au milieu du XVIIème siècle : Isaac Casaubon, Nicolas Rigault, les frères Dupuy (cf. ci-dessous), et bien entendu son propre fils, qui lui succéda comme maître de la Librairie. Dès son entrée en charge, De Thou s’était signalé par une acquisition très importante, la collection de manuscrits de Catherine de Médicis, qui comptait près de 800 volumes, la plupart grecs (1594).
Né à Paris en 1553, fils de Christophe de Thou (1508-1582), Jacques-Auguste de Thou étudia dans plusieurs universités françaises puis effectua un long voyage en Italie (1572-1576). Maître des requêtes en 1585, conseiller d’État en 1588, hostile à la Ligue, il prit le parti d’Henri IV, dont il fut un conseiller influent, et le suivit dans ses campagnes.
François-Auguste de Thou, 1617-1642
À la mort de Jacques-Auguste De Thou, la charge passe à son fils François-Auguste. Son très jeune âge le priva de toute autorité réelle, d’autant plus qu’après s’être détourné du Parlement, il voyagea presque toute sa vie. Ayant visité l’Angleterre en 1624-1625, il fit le tour de la Méditerranée de 1626 à 1629 puis fut désigné pour être ambassadeur à Constantinople, mais son ambassade avorta. Il fut alors nommé intendant d’armée auprès du cardinal de La Valette, et participa à ce titre au ravitaillement des troupes engagées sur les fronts de l’est et du nord, tout en devenant le confident de La Valette. Après la mort de ce dernier, en 1639, De Thou ne reçut plus d’emploi et se jeta tout à fait dans les intrigues tendant à renverser Richelieu. D’abord partisan du comte de Soissons, entré en rébellion ouverte contre le tout puissant ministre, il embrassa ensuite la cabale du jeune Cinq-Mars, et périt avec lui sur l’échafaud, le 12 septembre 1642.
Nicolas Rigault, client de son père, et les frères Dupuy, ses cousins, avaient veillé sur son éducation. Il était très estimé des savants et des hommes de lettres. Toutefois, il n’écrivit pas comme son père et laissa à ses cousins Dupuy le soin d’enrichir la bibliothèque paternelle et d’administrer la Bibliothèque du roi.
Les gardes de la Bibliothèque
Au quotidien, le véritable gestionnaire de la bibliothèque est le garde de la librairie. Il ne s’agit pas de personnalités moins éminentes : le grand théologien et humaniste Jacques Lefèvre d’Étaples (1530-1537 ), puis le poète Mellin de Saint-Gelais (1537-1544), se succèdent à cette charge. Lors du transfert de la bibliothèque de Blois vers Fontainebleau, en 1544, c’est un certain Mathieu Lavisse qui exerce cette fonction. En 1560, lui succède Jean Gosselin, protégé de Marguerite de Navarre. Sous son administration, la Bibliothèque s’enrichit surtout grâce aux livres de privilège. Le rôle de Gosselin semble cependant avoir été secondaire après 1593, le président de Thou veillant personnellement à l’administration de la Bibliothèque.
En 1604, lui succède Isaac Casaubon. Il semble avoir été le premier garde à être pourvu de sa charge en titre d’office, par lettres du 15 décembre 1604. Né à Genève le 8 février 1559, d’un père français réfugié « à cause de la religion », Isaac Casaubon épousa la fille d’Henri Estienne et devint professeur à Genève. En 1596, il se rendit à Montpellier pour restaurer la faculté des arts de l’université, puis gagna Paris en 1598. À partir de 1583, il se fit l’éditeur de nombreux textes grecs et latins. Il fut l’un des tout premiers philologues de son temps. Attiré en Angleterre par le roi Jacques Ier en 1610, il confia la Bibliothèque à son fils Isaac. Il mourut à Londres le 1er juillet 1614 et fut enterré à Westminster.
À sa mort, c’est son adjoint, Nicolas Rigault, qui lui succède. Né à Paris en 1577 d’un père médecin, il fit ses études au collège des Jésuites mais refusa d’entrer dans leur compagnie et devint avocat au Parlement de Paris. Gallican (comme De Thou et les Dupuy), excellent philologue, il est resté célèbre pour ses éditions de Tertullien, point de départ de plusieurs polémiques sur divers points de théologie et de politique ecclésiastique. En 1622, il acheva un nouveau catalogue de la Bibliothèque avec le concours de Jean-Baptiste Haultin et de Claude Saumaise. En 1633, après l’occupation du duché de Lorraine par le royaume de France, Rigault devint procureur général de la chambre souveraine de Nancy, intendant de Toul et mourut doyen du parlement de Metz en février 1653. En 1645, comprenant qu’il ne reviendrait jamais dans la capitale, il vendit sa charge de garde aux frères Dupuy moyennant la somme de 10 600 livres.
Ce dossier a été réalisé par la Direction des collections, dans le cadre du Comité d’histoire de la Bibliothèque nationale de France. Rédacteurs : Jérôme Delatour et Thierry Sarmant. Paris, Bibliothèque nationale de France, 2007 (relecture et révision par Thomas Creusot, 2025).
Sources
Balayé (Simone), La Bibliothèque nationale des origines à 1800, Genève : Droz, 1988
Chatelain (Jean-Marc), « Entre République des lettres et État monarchique : la bibliothèque du Roi de Jacques-Auguste de Thou à Colbert, 1593-1683 », dans Blasselle (Bruno) et Toscano (Gennaro) (dir.), Histoire de la Bibliothèque nationale de France, Paris : BnF Éditions, 2021, p. 96-119.
Coron (Antoine), « “Ut prosint aliis” : Jacques-Auguste de Thou et sa bibliothèque », dans Histoire des bibliothèques françaises, t. 2, Les bibliothèques sous l’Ancien Régime, 1530-1789, Paris : Promodis, 1988, p. 101-125.
Delatour (Jérôme), Lettres de François-Auguste de Thou aux frères Dupuy et à Peiresc (1621-1642), à paraître.
Delatour (Jérôme), « ”Les armes en main et les larmes aux yeux” : le procès de Cinq-Mars et de Thou (1642) », dans Les procès politiques (XIVe-XVIIe siècle), Rome: École française de Rome, 2007. (Collection de l’École française de Rome ; 375).
Hermant (Maxence), « De François Ier à Henri IV. La bibliothèque des rois de France entre Blois, Fontainebleau et Paris », dans Blasselle (Bruno) et Toscano (Gennaro) (dir.), Histoire de la Bibliothèque nationale de France, Paris : BnF Éditions, 2021, p. 67-77.
Jehasse (Jean), « Religion et politique : le Tertullien de Nicolas Rigault (1628-1648) », dans Les pères de l’Église au XVIIe siècle, Paris : IRHT, CERF, 1993, p. 227-235.
Kinser (Samuel), The Works of Jacques-Auguste de Thou, La Haye : Nijhoff, 1966.




