Duetto féminin. Louise Farrenc et Marcelle de Manziarly à la saison musicale

La saison musicale européenne de la BnF met en lumière, en partenariat avec La Cité des compositrices, deux artistes des XIXe et XXe siècles français : Louise Farrenc et Marcelle de Manziarly, dont la plupart des manuscrits figurent dans les collections de la BnF. Concerts et portraits musicaux invitent à découvrir leur musique de chambre, pan méconnu de leurs œuvres. Entretien avec Mathias Auclair, directeur du département de la Musique.

 

Chroniques : Pourquoi un deuxième opus sur le thème « Révélations ! Compositrices d’hier et d’aujourd’hui », après celui de la saison 2023-2024 ?

Mathias Auclair : Les fonds de compositrices sont d’une très grande richesse à la BnF. Nous avons souhaité leur consacrer une place centrale dans notre programmation en les valorisant de manière régulière, et même leur dédier des saisons entières. L’association La Cité des compositrices, qui a imaginé avec nous ces concerts-portraits, a réalisé un important travail de lecture et de sélection des œuvres qui méritaient d’être exhumées. Leur nombre a permis de proposer une deuxième saison entièrement consacrée à des compositrices que nous n’avions pas encore inscrites à nos programmes.

Vous avez notamment choisi la compositrice Louise Farrenc : pour quelle raison ?

Presque tous ses manuscrits sont à la BnF, ce qui est déjà une très bonne raison. Et puis le Palazzetto Bru-Zane de Venise, qui est à la fois notre partenaire et une référence en matière de musique romantique française, a manifesté un vif intérêt pour le projet. Louise Farrenc semblait enfin avoir une actualité sur la scène musicale hexagonale. Sa musique symphonique, surtout, est régulièrement interprétée et enregistrée. Il n’en va pas de même pour sa musique de chambre. Une magnifique opportunité pour nous !

 

Louise Farrenc - Lorène Gaydon

Existe-t-il chez elle une singularité ?

La musique de Louise Farrenc est à la fois imprégnée de l’héritage de Mozart et de Beethoven, et marquée par le romantisme de son époque. Sa singularité vient du dosage savant – différent selon les œuvres – qu’elle opère entre ces différents éléments pour produire une très belle musique.

Quels sentiments vous inspirent sa musique ?

Pour être tout à fait honnête, la musique de Louise Farrenc ne provoque chez moi ni l’attachement intime que je ressens par exemple pour certaines œuvres de Clara Schumann, ni l’ébranlement durable que suscitent les grands chefs-d’œuvre du répertoire. En revanche, elle m’intéresse énormément comme objet musical et historique. Ma curiosité s’est éveillée dès la sortie, en 2001, du premier enregistrement mondial de ses symphonies.

Marcelle de Manziarly - Lorène Gaydon

La saison met aussi en lumière une compositrice plus confidentielle, Marcelle de Manziarly…

En effet. Il était intéressant de la rapprocher d’Yvonne Loriod – programmée l’an dernier – car toutes deux ont été élèves d’Olivier Messiaen. Marcelle de Manziarly est une moderne dont l’œuvre composite est par essence très personnelle. Sa musique de chambre est en grande partie inédite et la plupart de ses manuscrits sont dans nos collections.


La BnF fait également une place à d’autres compositeurs. Un concert en particulier à conseiller ?

La conférence-concert du 30 juin prochain, dans le cadre des « Trésors de Richelieu ». On y entendra la Sonate KV 385c de Mozart par les meilleurs interprètes – Julien Chauvin et Olga Pachenko – sur instruments anciens. L’événement sera l’occasion de présenter au public le manuscrit autographe de cette partition, laissée inachevée par le compositeur – un des nombreux trésors de nos collections. On y découvre les ajouts de l’abbé Maximilian Stadler, qui l’a complétée sans vergogne, mais aussi une délicieuse dédicace en français de Mozart à son épouse.

 

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Propos recueillis par Georges Martin

Article paru dans Chroniques n°105, avril-juillet 2026