Le cœur de Voltaire est à la Bibliothèque nationale de France

« Son esprit est partout et son cœur est ici ». Conservé embaumé dans un reposoir, le cœur de Voltaire est littéralement dans le Musée de la BnF. Mais il a fallu aller au bout de nombreuses péripéties pour en arriver là. Voici les tribulations d’une relique laïque.

 

Cœur de Voltaire - février 2024 - Elena Carloni / BnF

Mort et hommages

Après vingt-huit ans d’absence, Voltaire revient à Paris le 10 février 1778. Le vieux philosophe de 83 ans est accueilli par une foule de parisiens à son arrivée, puis le mois suivant, il est reçu triomphalement à l’Académie française et couronné de lauriers au Théâtre-Français, ce même soir du 30 mars 1773. Une apothéose fabuleuse pour cet esprit des Lumières qui sent ses forces décliner. Après plusieurs semaines d’agonie, il s’éteint le 30 mai au domicile de son ami le marquis de Villette.

Inspiré par le grand esprit scientifique et curieux du philosophe, le marquis de Villette confie le soin d’autopsier et d’embaumer le défunt à un apothicaire dénommé Mitouard. Il lui demande en outre de prélever pour lui le cœur et aurait autorisé ledit Mitouard à prélever et conserver son cerveau.

Puis, le corps de Voltaire, mort en délicatesse avec le clergé parisien, quitte discrètement Paris et est inhumé à l’abbaye de Scellières, près de Troyes, dont son neveu était abbé commendataire. Il y demeure treize ans, avant d’en être exhumé et transféré solennellement au Panthéon le 11 juillet 1791.

Voltaire assis à sa table de travail. d’après L. Sen, dessinateur Charles Corbett, graveur, XVIIIe siècle - BnF, département des Estampes et de la Photographie

Qu’en est-il du cœur ?

Le marquis de Villette rachète le château de Ferney-Voltaire, situé à la frontière franco-suisse, à Mme Denis, nièce et légataire universelle du philosophe. Il transforme l’une des chambres en sanctuaire et fait orner les murs de 41 portraits d’amis de Voltaire veillant sur son souvenir. Au centre de la pièce, le précieux organe est placé dans un reliquaire, gravé de l’inscription « Le cœur de Voltaire, mort à Paris le xxx may mdcclxxviii » et exposé jusqu’en 1785 sur un coussin de velours placé sur un autel.

Obligé de vendre Ferney en 1785, Villette ramène le cœur de son ami dans son château à Pont-Sainte-Maxence. Son fils le conserve par la suite jusqu’à sa mort en 1859. Légitimiste, partisan du comte de Chambord et sans héritier direct, il désigne comme légataire universel l’évêque de Moulins, Monseigneur de Dreux-Brézé, avec le souhait que legs en soit fait en faveur des Bourbons. Les héritiers collatéraux font alors appel et réussissent à entrer en possession de l’héritage en 1861.

Un cœur, propriété de la nation

Cependant, ils ne tiennent pas particulièrement à conserver la relique voltairienne. Le corps de Voltaire étant « propriété de la nation » selon la loi du 30 mars 1791, son cœur est remis le 16 décembre 1864 par leur avocat Léon Duval au ministre de l’Instruction publique Victor Duruy et déposé à la Bibliothèque impériale sur l’ordre de Napoléon III.

Conservé provisoirement au Cabinet des médailles, le reliquaire doit rejoindre le premier étage de la rotonde construite par Henri Labrouste à la jonction de la rue des Petits-Champs et de la rue de Richelieu. Il est prévu que le cœur soit placé dans le socle de l’original en plâtre de la statue réalisée par Houdon. Le cœur de Voltaire y réside depuis, et cette statue est visible dans le Musée de la BnF, en face de l’entrée de la Galerie Mazarin. 

Cet article est extrait de l’ouvrage Le Voltaire assis de Houdon de la collection Cartels, aux Éditions de la BnF, par Fabien Aguglia Auverlot et Guilhem Scherf

 

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