Les Tempo, marionnettistes de père en fils – Collections
Un fonds consacré à l’une des figures majeures des arts de la marionnette en France, Marcel Temporal (1885-1964), vient de faire son entrée dans les collections de la BnF. Il comporte également des œuvres et documents relevant de l’activité de son fils Jean-Loup Temporal (1921-1983) qui, après avoir travaillé avec son père dans la compagnie des Bonshommes Tempo, a développé une œuvre personnelle, notamment avec sa compagnie L’Atelier 75.
Marcel Temporal, un compagnon de la marionnette
Dès l’âge de 12 ans, Marcel Temporal s’intéresse à Guignol et se passionne pour la marionnette à gaine. Il a son propre théâtre et écrit des pièces. Devenu architecte et décorateur d’intérieur – il dessine des immeubles et des villas dans le style Art déco –, il travaille également pour la publicité sous le nom de Ming et pratique la sculpture. Au début des années 1930, il conçoit les plans du Théâtre du jardin du Luxembourg dans une acception moderne de l’architecture et de la scénographie. Conscient du déclin de la marionnette traditionnelle, il cherche à en renouveler l’esthétique et la pratique. Les marionnettes qu’il sculpte alors sont marquées dans leurs formes et leurs couleurs par le cubisme et le style Art déco. Par ailleurs, il fonde l’association des Compagnons de la marionnette, « une organisation corporative unissant toutes les forces traditionnelles créatrices, industrielles, commerciales et animatrices au service des spectacles de la marionnette ». Il ouvre chez lui un Théâtre d’essai où il programme, à partir de 1933, écritures contemporaines et artistes d’avant-garde.
L’esprit d’ouverture en héritage
Afin de donner à l’art marionnettique son plein rayonnement, Marcel Temporal, en rupture avec les générations précédentes, met fin au secret de fabrication et de manipulation, et développe une activité de pédagogue ouverte aux amateurs. Son livre Comment construire et manipuler nos marionnettes (1942) reste une référence en la matière. Dans le même esprit d’ouverture, il est un des premiers à écrire des spectacles de marionnettes pour la télévision. Jean-Loup Temporal s’inscrit dans la continuité de son père quant à la technique de la marionnette à gaine, mais développe ensuite ses propres créations – notamment des spectacles pour enfants. Il est très présent dans les écoles avec son personnage fétiche, Samba, petit garçon « Parisien à peau noire » aux multiples aventures. Il conçoit aussi des spectacles pour adultes comme Tueur sans gages d’Eugène Ionesco et est très actif au sein de l’Unima (Union internationale de la marionnette).
Le fonds donné à la BnF par Dominique et Louis-José, les deux fils de Jean-Loup, réunit des marionnettes du père et du fils, de nombreux textes de pièces, souvent annotés pour la scène, des écrits inédits de Marcel sur la marionnette, des archives administratives, des photographies, en particulier des tirages de Robert Doisneau, des dessins, notamment les maquettes des marionnettes du premier spectacle des Compagnons de la marionnette, La Nef des masques, dont la BnF a acheté sept marionnettes en 2024. Sous l’égide du marionnettiste Renaud Robert, qui s’est consacré à la recherche du fonds Temporal et à sa gestion, et de la Compagnie Effigie(s) Théâtre, une exposition itinérante intitulée Haut les bras ! Les Temporal et leurs marionnettes a récemment contribué à mieux faire connaître l’histoire des deux « Tempo ». L’entrée de leurs archives à la BnF leur ouvre désormais de nouvelles perspectives de recherche et de valorisation.
Joël Huthwohl
Article paru dans Chroniques n° 104, septembre-décembre 2025

