L’identification des biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale

Dès 2013, la Bibliothèque nationale de France a lancé une opération d’identification dans ses fonds des livres spoliés par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit des ouvrages qui ont été mis en dépôt à la Bibliothèque nationale, suite à la dissolution de la Commission de Récupération artistique (CRA), par les commissions de choix des livres présidées par Julien Cain, alors administrateur de la Bibliothèque nationale et directeur des services des bibliothèques. Les recherches menées à partir des listes plus ou moins précises établies par chaque commission ont permis de retrouver environ 70% des ouvrages déposés. Plusieurs chantiers de catalogage livre en main ont été organisés et le signalement dans les catalogues de ces documents s’est terminé en 2019 avec le dernier chargement des notices rétroconverties du département de la Musique.

 

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Les commissions de choix avaient pour objectif de répartir les 15 450 ouvrages non restitués à leurs propriétaires ou ayants droit, entre les 47 bibliothèques particulièrement affectées par la guerre et de grands établissements parisiens. Une note de Julien Cain précisait le statut de dépôts pour ces documents qui ne devaient pas être intégrés aux collections de l’établissement attributaire. Parmi ces ouvrages figurent des documents de grande valeur ou des ensembles d’un intérêt documentaire important.

Suite aux travaux d’identification de ces fonds engagés par la Bibliothèque nationale de France et d’autres établissements, le sujet prit de l’ampleur, et le ministère de la Culture a décidé en 2019 de lancer une campagne de signalement de ces documents à l’échelle nationale en direction d’autres établissements bénéficiaires de ces dépôts.

Dans le même temps, le projet d’une structure administrative consacrée à la recherche et à la restitution des biens culturels spoliés aboutit, en avril 2019, à la création de la Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945, pilotée par David Zivie, couvrant l’ensemble des biens spoliés, livres et œuvres d’art. Cette nouvelle structure, rattachée au Secrétaire général du ministère de la Culture, travaille en lien étroit avec la Commission pour l’indemnisation des victimes des spoliations (CIVS), qui relève du Premier ministre. Elle est chargée de piloter l’ensemble des actions permettant d’identifier les œuvres spoliées et leurs propriétaires, de mieux comprendre leur parcours, de les présenter au public et de les restituer

Trois réunions plénières, regroupant des représentants des bibliothèques de l’Enseignement supérieur et de la Culture, se sont déroulées en 2019. Un groupe de travail a été constitué sur le signalement des collections afin de disposer de consignes communes pour la description et l’identification de ces documents dans les catalogues. S’appuyant sur les services communs gérés par la BnF, les bibliothèques ont obligation de faire description de leurs fonds dans le Catalogue collectif de France (CCFr) et d’y inscrire dans l’intitulé la mention « documents spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale ».

Au-delà du travail mené par la BnF d’identification dans ses fonds des documents attribués par les commissions de choix, la Bibliothèque mène d’autres types d’investigations. La numérisation des registres d’entrée, qui est en cours, permettra en effet de continuer les recherches sur les ouvrages provenant des biens spoliés acquis en vente publique durant la Seconde Guerre mondiale ou entrés dans les collections suite aux ventes organisées par l’administration du Domaine dans les années 50 sur le reliquat des Commissions de choix. Un programme de recherche dans le cadre du plan quadriennal de recherche de la BnF (La Bibliothèque nationale sous l’Occupation : des sources pour l’histoire du livre et des collections entre 1940 et 1946 ) et un dossier déposé auprès du LabEx Les passés dans le présent sur la même période montrent par ailleurs que le champ des recherches n’est pas clos. Ces travaux sont menés en partenariat avec d’autres institutions : l’INHA, les Archives nationales et avec des laboratoires universitaires (Institut d’histoire du temps présent, UMR 8244-Université Paris 8).

Rapport d’activité 2019 de la bibliothèque nationale
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