La Vie parisienne
En juin 2026, le Théâtre du Châtelet accueille la troupe de la Comédie-Française pour une nouvelle mise en scène de La Vie parisienne. Cet opéra-bouffe de Jacques Offenbach, sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, a été créé le 31 octobre 1866 au Théâtre du Palais-Royal, dans une version en 5 actes. Le département des Arts du spectacle conserve de nombreux et riches documents sur cette œuvre musicale majeure du Second Empire et propose, dans cette sélection, un aperçu de quelques-unes de ses nombreuses reprises depuis sa création.
Au début des années 1860, les spectacles en France, et à Paris tout particulièrement, connaissent des métamorphoses importantes. Par son décret du 6 janvier 1864, sur « la liberté industrielle des théâtres », l’empereur Napoléon III redonne au monde théâtral la possibilité de créer de nouvelles salles de spectacle. Des théâtres disparaissent par ailleurs au gré des destructions haussmanniennes pour mieux réapparaître, plus nombreux et plus modernes. C’est grâce à cette nouvelle liberté que les directeurs du Théâtre du Palais Royal, Francis de Plunkett et Léon Dormeuil, demandent à Jacques Offenbach de créer sa nouvelle œuvre dans leur théâtre, plus habitué au vaudeville et au répertoire d’Eugène Labiche.
À l’approche de l’exposition universelle de 1867, Jacques Offenbach, fort de ses collaborations passées – et couronnées de succès – avec les librettistes Ludovic Halévy et Henri Meilhac, compose ce nouvel opéra-bouffe à la hauteur de l’événement, en rompant avec certaines de ses habitudes. Nouveauté en effet que ce décor contemporain (la gare Saint-Lazare apparaît au premier lever de rideau) qui tranche singulièrement avec les inspirations classiques et antiques d’Orphée aux Enfers (1858) ou de La Belle Hélène (1864). Nouveauté encore que cette distribution d’acteurs chanteurs et non d’artistes lyriques confirmés : la pièce doit en effet être interprétée par les acteurs et actrices de vaudeville qui composent la troupe du Palais-Royal, à l’exception notable de Zulma Bouffar dans le rôle de Gabrielle. Nouveauté enfin que cette célébration joyeuse des fastes de la société bourgeoise du Second Empire, dont Jacques Offenbach et ses deux librettistes ne manquent pas, à l’occasion, de caricaturer les excès.
Le titre retenu par les auteurs fait référence à une revue illustrée en vogue créée en 1863 par Émile Marcelin, à qui la pièce est dédiée, et dont le sous-titre « mœurs élégantes, choses du jour, fantaisies, voyages, théâtres, musique, modes » est comme un écho aux différents tableaux de l’opéra-bouffe.
Dès le lendemain de la première, le succès est entier ; tout Paris, et bientôt toute l’Europe se presse pour se rendre au Palais-Royal. Annoncé pour cent représentations, La Vie parisienne ne quitte les planches du Palais-Royal qu’en juillet 1867, après 265 représentations. Elle s’exporte la même année à Bruxelles, Vienne et Berlin, où elle rencontre là encore un immense succès. Il faut attendre 1873 pour que le Théâtre des Variétés en acquiert les droits et renouvelle ce succès, avec une pièce remaniée en 4 actes au lieu des 5 de la création. Depuis, cette version en 4 actes est régulièrement rejouée, avec, ces dernières décennies, des mises en scènes de Jean-Louis Barrault, Jean-Luc Boutté, Alain Françon ou encore plus récemment Christian Lacroix. Cet opéra-bouffe reste l’un des plus grands succès de Jacques Offenbach, aujourd’hui encore.
