Soraya Boudia
Historienne et sociologue des sciences, des techniques et de l’environnement, université Paris Cité
Les effets de la radioactivité, une controverse au long cours
Historienne et sociologue des sciences, des techniques et de l’environnement, université Paris Cité
Cheffe du service de recherche sur les effets biologiques et sanitaires des rayonnements ionisants à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR)
Ingénieur géologue, codirecteur de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD)
Présentés à leur découverte comme une panacée universelle, les rayonnements ionisants ont rapidement suscité des interrogations quant à leurs effets sur la santé humaine. Comment ce savoir s’est-il constitué au fil d’une histoire marquée par les catastrophes civiles et militaires ?
Par bien des aspects, la connaissance des effets des rayonnements ionisants sur la santé humaine s’est constituée sur le mode de l’exceptionnalité. Science à part, souvent contrainte, elle reste encore, malgré les investissements de la recherche, entourée de nombreuses incertitudes.
À peine découvert, le pouvoir invisible des nouveaux rayons se manifeste, impitoyable, à ses utilisateurs. S’il ne faut que quelques semaines pour que les médecins et les dentistes s’emparent des rayons X découverts par Wilhelm Röntgen en 1895, les premiers radiologues constatent rapidement les dommages irréversibles que peut causer ce nouveau rayonnement : brûlures, cancers et amputations sont le lot de ces pionniers.
Le nucléaire entre avec la Seconde Guerre mondiale dans une ère qui va en démultiplier les usages et les risques. L’enjeu stratégique que revêt le développement du secteur nucléaire, civil comme militaire, associé aux dégâts incommensurables que peut provoquer cette nouvelle énergie, soumettent son développement au contrôle de l’État et à la culture du secret. La connaissance progresse dès lors au fil d’une histoire marquée par des circonstances tragiques. Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki en 1945 puis les catastrophes de Tchernobyl en 1986 ou de Fukushima en 2011 ont périodiquement, et par à-coup, remis en cause un consensus scientifique fragile.
L’identification des trois différents types de rayonnements radioactifs, baptisés alpha, bêta et gamma, avec des pouvoirs de pénétration différents, ont conduit à la mise en place de recommandations internationales, basées sur un modèle qui postule une relation linéaire entre les doses de radioactivité reçues et leurs effets potentiels sur la santé.
Les études sur les faibles doses cumulées, après Tchernobyl, sont venues effriter ce modèle déterministe. Cette table-ronde examinera la manière dont se sont construites ces controverses et les débats toujours en cours sur les principes qui doivent gouverner notre monde nucléarisé.
Rencontre animée par Pierre Girard, journaliste scientifique.
Présentation des intervenants
Soraya Boudia, historienne et sociologue des sciences, des techniques et de l’environnement, université Paris Cité. Elle a notamment publié Marie Curie et son laboratoire : sciences et industrie de la radioactivité en France(Éd. des Archives contemporaines, 2001) et, avec Nathalie Jas, Gouverner un monde toxique (Quae, 2019). Elle a par ailleurs dirigé avec Emmanuel Henry les ouvrages La mondialisation des risques : une histoire politique et transnationale des risques sanitaires et environnementaux (Presses universitaires de Rennes, 2015) et Politiques de l’ignorance (La Vie des idées/PUF, 2022).
Corinne Mandin, cheffe du service de recherche sur les effets biologiques et sanitaires des rayonnements ionisants à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR)
Julien Syren, ingénieur géologue, codirecteur de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD)