Philippe Mezzasalma
Chef du service de la Presse au département Droit, économie, politique
Voir ou ne pas voir la guerre. Reporters et reportages sur les grands conflits du XXe siècle - Partie 1
Chef du service de la Presse au département Droit, économie, politique
École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques / université de Lyon
Université de Lorraine, responsable scientifique du corpus « Journalistes engagés » dans le Maitron
Un cycle pour plonger dans l’histoire de la presse en France du XVIIe siècle à nos jours, à travers un parcours dans les collections de journaux conservées à la BnF. Cette quatrième conférence explore le rapport entre guerre, information et images, de la censure rigoureuse imposée à la presse française durant la Première Guerre mondiale jusqu’à l’émergence, dans l’entre-deux-guerres, d’un photojournalisme engagé.
Durant la Première Guerre mondiale, la presse française est soumise à une censure étroitement encadrée par l’État afin de contrôler la diffusion des informations et maintenir l’unité nationale. Les informations sont filtrées quotidiennement suivant les consignes du Bureau de la presse du ministère de la Guerre, qui soumet toute publication à un contrôle préventif. Si les journaux d’information se plient à ce système par patriotisme ou pragmatisme, la presse d’opinion est plus souvent sanctionnée, en particulier les titres socialistes ou pacifistes. Ce dispositif modèle la perception publique du conflit au profit d’un récit héroïque et maîtrisé. La production d’images du front obéit, elle aussi, à un contrôle strict par l’armée : les clichés servent à sa communication et à la constitution d’archives historiques, tandis que les scènes de combats sont censurées pour ne pas affecter le moral des Français.
Ce modèle d’information militaire, où la censure encadre la représentation de la guerre, contraste avec l’émergence ultérieure des reporters civils, comme Robert Capa ou Gerda Taro. Dans l’entre-deux-guerres, la naissance d’hebdomadaires comme Vu ou Regards marque l’essor du photojournalisme et de la profession de reporter, qui se décline désormais aussi au féminin. La Guerre d’Espagne représente un tournant majeur dans l’histoire du reportage : intellectuels et écrivains se passionnent pour ce conflit, et la prise de vue au plus près du danger devient un acte de témoignage et d’engagement personnel.