Napoléon III adopte l'IA

Si l’intelligence artificielle (IA) révolutionne notre rapport à la connaissance, elle modifie aussi notre manière de créer. À la croisée des savoirs et de la création, la BnF a pris part à un projet donnant, grâce à l’IA, une nouvelle vie à ses fonds patrimoniaux. La série documentaire Napoléon III, le prix de l’audace, ouvre la voie à une nouvelle manière de concevoir le documentaire et, pour la BnF, de mettre en valeur ses collections.

 

De l’estampe originale à l’image animée par l’IA. Nuit du 2 Décembre, estampe de Eugène Leguay, extraite de Un siècle d’histoire de France par l’estampe - 1770-1870 - BnF / © Bonne Pioche Télévision / Storia Productions


« Napoléon III est à l’origine d’avancées primordiales », déclare Éric Anceau, spécialiste du Second Empire et consultant pour la série documentaire Napoléon III, le prix de l’audace. Les équipes de la BnF impliquées dans le projet reprennent volontiers cette affirmation à leur compte. Mais ce n’est pas à l’empereur qu’elles pensent – ni à l’instigateur du droit de grève, ni au rénovateur de Paris, ni à l’auteur de L’Extinction du paupérisme ; elles songent plutôt à la série et à la manière dont l’IA renouvelle le genre documentaire. Plus de 300 gravures, portraits, coupures de presse, photographies et plans fournis à une maison de production, c’est beaucoup, mais ce n’était pas une première. La BnF est familière de ce type de projet. Elle y contribue régulièrement, et tout récemment encore pour des documentaires tels que Moi, Jacques Prévert, La Fabuleuse Histoire de l’argent ou Louis-Ferdinand Céline, le voyage sans retour. Cette fois, dans Napoléon III, le prix de l’audace, les sources patrimoniales se sont animées grâce aux ressources de l’IA.

Quand le passé s’anime

La production de la série documentaire a duré quatre ans et ce n’est qu’à mi-parcours que l’idée d’enrichir l’animation s’est imposée. L’IA générative venait alors de prendre son envol. Elle n’a cependant pas tout bouleversé. Au fond, l’IA n’est qu’un outil de plus aux mains des concepteurs graphiques. De plus, elle ne retire rien à la véracité des sources, sous les regards à la fois vigilants et soulagés de l’historien et des conservateurs de la BnF. Immobile dans son estampe, le baron Haussmann se penche désormais sur ses plans, qui eux-mêmes s’animent. Le spectateur est plongé au cœur de documents riches en couleurs, en mouvement, en relief et en sons. Les portraits, les scènes historiques ou les vues de Paris prennent vie. Une esthétique nouvelle émerge, où l’exigence scientifique se conjugue au plaisir du divertissement.

De nouveaux horizons pour la création et la recherche

Si l’intelligence artificielle élargit le champ des possibles pour la création, elle révolutionne aussi la recherche documentaire. Grâce au projet Gallica Images, un moteur de recherche basé sur l’IA permettra bientôt d’interroger les plus de 50 millions d’images réparties parmi les 11 millions de documents présents sur Gallica. Cette avancée rendra encore plus accessible l’extraordinaire richesse des collections iconographiques de la Bibliothèque. À coup sûr, créateurs et maisons de production s’en saisiront pour concevoir des œuvres toujours plus ambitieuses, où l’animation de documents patrimoniaux rendra palpables, concrets et vivants des voix et des visages que le public croyait lointains. Réalisée par Édouard Jacques et produite par Bonne Pioche Télévision avec Storia Productions, la série documentaire en quatre épisodes Napoléon III, le prix de l’audace est diffusée sur Planète+ et Canal+ Docs.

Georges Martin

Article paru dans Chroniques n°105, avril-juillet 2026