Petite robe... grande légende. Édith Piaf en galerie Mazarin
La voix et le répertoire d’Édith Piaf sont indissociables de sa silhouette et de sa tenue de scène : la fameuse petite robe noire, aujourd’hui objet d’un livre publié aux éditions de la BnF. La chanteuse la présentait comme son bleu de travail et l’a toujours portée, jusqu’à ses dernières apparitions sur scène. L’une d’elles est aujourd’hui exposée dans la galerie Mazarin du musée. L’occasion de présenter le fonds Piaf conservé au département des Arts du spectacle.
Une petite robe noire peut en cacher une autre
Grâce à la générosité de Danielle Bonel, secrétaire et femme de confiance d’Édith Piaf, le département des Arts du spectacle de la BnF conserve un riche fonds d’archives et de documentation sur la chanteuse, auquel s’ajoute une partie de sa garde-robe. Si la Môme portait volontiers des tenues claires et colorées à la ville, son costume de scène se résume en revanche à des petites robes noires. Le fonds en réunit trois. Après avoir exposé la robe dite « fétiche », griffée Jacques Heim et portée lors des concerts à l’Olympia, le musée offre aux visiteurs l’occasion d’admirer la petite robe dite du Carnegie Hall où Piaf s’est produite à partir de 1956. Cette robe, plus sophistiquée que la première, sans griffe de couturier, est légèrement plus longue. L’étroite ouverture de devant forme un petit col qui va en mourant et ne laisse pour ainsi dire pas voir la peau, afin de ne pas choquer un public américain plus puritain que le public français. La dernière, la plus simple, a un décolleté en V, forme que la chanteuse adopte à la Libération tel le V de la victoire. Les manches trois-quarts ne sont pas tout à fait identiques. À l’intérieur de la manche gauche, une bande de tissu noire supplémentaire améliore la tenue et le confort. Celle-ci protège le bras que Piaf s’était cassé lors d’un accident de voiture en 1951.
Avant et après Piaf
Édith Piaf n’est pas la seule artiste à avoir fait de la robe noire son emblème. Avant elle, Damia en portait également, ainsi que de nombreuses chanteuses réalistes. Dans la mode, Gabrielle Chanel l’avait devancée avec la robe dite Ford de 1926. Après elle, actrices et chanteuses comme Catherine Deneuve, Audrey Hepburn, Barbara ou Juliette Gréco se glisseront à leur tour dans des silhouettes noires. C’est à cette histoire que se raccroche l’ouvrage intitulé La Petite Robe noire de Piaf. De la rue à la haute-couture que vient de faire paraître la BnF. Il resitue le costume de scène de la chanteuse dans l’histoire de la mode et retrace les épisodes de l’apparition de la petite robe noire de Piaf dès les premières années de sa carrière. Il en souligne les transformations, notamment à partir de l’après-guerre et des commandes que Piaf fait aux couturiers parisiens les plus chics. Au-delà de la dimension vestimentaire, le texte revient sur les symboles liés à cette robe et sur le rôle qu’elle joue dans la performance scénique de la Môme.
Costumes d’artistes
Piaf n’est pas la seule artiste dont le costume soit resté légendaire. Charlie Chaplin, Marcel Marceau ou Joséphine Baker – pour n’en citer que quelques-uns – ont aussi une silhouette caractéristique. Le cycle de conférences de la BnF « L’artiste est son costume » se propose d’explorer les origines, les évolutions, les variations et la symbolique de ces tenues de scène imaginées pour le mime, la chanson et le cinéma. Ce lien étroit entre l’artiste et son costume dépasse l’histoire de la mode et du vêtement : il nourrit la réflexion sur la construction, volontaire ou non, de personnages-types qui finissent par dépasser l’homme ou la femme qui les incarne pour devenir des figures de fiction, comme autrefois Polichinelle ou Arlequin.
Joël Huthwohl
Article paru dans Chroniques n°105, avril-juillet 2026
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