Philippe Brault - Les marins perdus

Territoire : Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais)
A la rencontre de marins pêcheurs du Pas-de-Calais alors que les nouvelles licences de pêche imposées par les autorités britanniques cristallisent toutes les tensions.
 
 Photographe et réalisateur français, né en 1965 à Brest, membre de l’Agence VU depuis 2011.
 En 1989, Philippe Brault appréhende sa « vocation », dans le contexte de l’armée. Il séjourne six mois au Liban, alors en pleine guerre civile. A son retour, il développe pour la presse, un travail documentaire engagé sur les violences politiques, économiques, sociales, sanitaires ou climatiques faites aux civils à travers le monde et publie régulièrement dans la presse française et internationale.
C’est à travers cette filiation du reportage au long cours qu’il envisage à partir de 2010 de nouvelles formes de production multimédia dans lesquelles la narration et le montage entraînent le lecteur dans une expérience journalistique nouvelle : en co-réalisation avec le journaliste David Dufresne pour Prison Valley (2011), Fort McMoney (2013), ou en co-production Radio France et Upian pour le Jeu des 1000 histoires (2014). Depuis 2015, il réalise ou signe l’image de plusieurs documentaires pour la télévision.
Son travail a été récompensé à plusieurs reprises : World Press Photo, Grimme Online Award (Allemagne), VISA d’or, Prix RFI-France 24 (Visa pour l’image), Prix Italia, Innovation Award (Sheffield, Angleterre), Best crossmedia program (Bellaria, Italie), Prix FWA (USA).

 

Mars 2022

Boulogne-sur-Mer, 14 mars 2022, 2h du matin.

Me voici en mer,  avec Christophe Marcq et son équipage.

 

Boulogne-sur-Mer, 14 mars 2022, 2h du matin © Philippe Brault

 

Boulogne-sur-Mer, 14 mars 2022, 19h.

Capécure est désert. Dans quelques heures, la cité industrielle de Boulogne-sur-Mer, dont les immenses allées vivent au rythme de la pêche, s’agitera à nouveau, parmi les grues, les dockers, son vacarme de caisses chargées et déchargées et ses goélands aux cris perçants.

 

Boulogne-sur-Mer, 14 mars 2022, 19h © Philippe Brault

 

Boulogne-sur-Mer, 15 mars 2022, 11h du matin, retour au port.

« Il y a encore quelques années, des bateaux comme celui-là faisaient vivre les familles de tout l’équipage avec des salaires décents. Depuis le Brexit et l’obligation d’une licence pour travailler dans les eaux britanniques, c’est devenu impossible. Aujourd’hui, sur les 120 bateaux du port de Boulogne-sur-Mer, seuls 22 ont obtenu le sésame (…) Il y a de gros senneurs qui pêchent juste en face de notre port. Normalement, ces bateaux sont faits pour le large, ils sont énormes, beaucoup plus gros que les nôtres. Avec leur technique, ils ratissent et détruisent le fond de la mer ».

Boulogne-sur-Mer, 15 mars 2022, 11h du matin, retour au port © Philippe Brault

 

Avril 2022

Le 28 avril dans la nuit

Nous avons quitté le quai Gambetta de Boulogne-sur-Mer. Christophe, capitaine du « Don Lubi II », m’apprend qu’il vient enfin d’obtenir sa licence l’autorisant à venir pêcher dans les eaux anglaises. Un immense soulagement après plusieurs mois d’attente. La pêche artisanale des marins boulonnais dépend toujours à plus de 70 % des eaux britanniques.

Le 28 avril dans la nuit © Philippe Brault

 

Stephen, le plus jeune de l’équipage, à l’aube. Alors que nous croisons au large de l’Angleterre, le soleil vient percer la brume.

© Philippe Brault

 

Ce jour-là, la pêche n’aura pas été suffisante pour couvrir tous les frais. Olivier évoque les gros senneurs qui pêchent de plus en plus proche des côtes : « Normalement, ces bateaux sont faits pour grand large, ils sont énormes, beaucoup plus gros que les nôtres. Avec leur technique, ils ratissent et détruisent le fond de la mer. À cause de ça, notre métier d’artisan-pêcheur est en train de mourir.

© Philippe Brault