Sauvegarde des patrimoines en danger au Moyen-Orient

Le patrimoine muséal et architectural dans les zones de conflit fait l’objet d’une inquiétude légitime des institutions internationales et des médias. Le patrimoine écrit, en revanche, est souvent oublié alors qu’il est un support essentiel de la constitution et de la transmission des savoirs et des mémoires des peuples. La question de sa préservation est donc centrale, accentuée du fait de sa fragilité et des risques de perte des sources d’information qui en résultent.

 

Beit Gazo, 1691, monastère Notre-Dame de la Délivrance, Charfet, Liban. Centre de conservation du patrimoine des Eglises d’Orient

C’est pourquoi la BnF mène depuis de nombreuses années des actions en faveur de la protection du patrimoine écrit. Attachée à l’universalité des patrimoines, elle a acquis une reconnaissance internationale pour son expertise en matière de gestion des risques, de conservation physique et numérique et pour ses capacités de diffusion. Par l’obtention de cofinancements conséquents de la part de fondations, la BnF peut agir aux côtés de plusieurs dizaines d’institutions et d’organisations internationales, au Moyen-Orient en particulier.

C’est ainsi qu’en juin 2019, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH) lui a attribué 880 000 dollars pour son projet de sauvegarde et de diffusion du patrimoine écrit irakien. D’une durée de quatre années, ce projet couvre plusieurs étapes clefs : la formation sur place et à Paris, à la BnF et à l’Institut national du Patrimoine, de professionnels irakiens ; ou encore l’identification et la description par de jeunes doctorants de documents présentant un caractère inestimable pour le patrimoine universel, en sont des exemples notables. À cette occasion, la BnF établira une coopération avec l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) en vue de l’envoi en Irak de chercheurs qui identifieront des fonds d’un intérêt majeur auprès de bibliothèques privées et publiques avant de les cataloguer. La restauration des documents, leur numérisation et leur diffusion, notamment dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, constituent les autres principaux axes du projet ALIPH.

Le site collaboratif « Bibliothèques d’Orient », dont l’ambition est de sauvegarder et de valoriser le patrimoine écrit exceptionnel de la région, associe plusieurs bibliothèques patrimoniales et de recherche situées en Égypte, à Jérusalem, au Liban et en Turquie. En 2020, Bibliothèques d’Orient s’enrichira de collections supplémentaires dont celles conservées dans les prestigieuses bibliothèques universitaires américaines, Harvard, Columbia et Princeton. Avec le soutien de la fondation, les fonds des bibliothèques partenaires au Moyen-Orient seront catalogués dans un outil spécifiquement conçu pour le traitement du patrimoine médiéval arabe et musulman, développé par l’Institut dominicain d’études orientales, en partenariat avec la BnF. Véritable outil de recherche scientifique sur les textes, « AlKindi » ne sera pas seulement un réservoir de données bibliographiques mais s’enrichira de données éditoriales relatives aux œuvres. S’inscrivant dans la logique du web de données, « AlKindi » a vocation à décrire leur généalogie ou leur descendance littéraire par les liens que ces œuvres nourrissent entre elles.

Avec ces projets, la BnF et ses partenaires s’inscrivent pleinement dans leurs missions de coopération, de conservation et de recherche et concourent à la mise en œuvre de la Déclaration de la Conférence internationale sur la protection du patrimoine en péril d’Abou Dhabi du 3 décembre 2016 : « Miroir de notre humanité, gardien de notre mémoire collective et témoin de l’extraordinaire esprit de création de l’humanité, le patrimoine culturel mondial porte en lui notre avenir commun ».

Rapport d’activité 2019 de la bibliothèque nationale
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