Sur la piste des hiéroglyphes – Manifestation

Plusieurs décennies avant Champollion, les travaux menés par un abbé numismate et un comte archéologue aboutissent à un déchiffrement partiel des hiéroglyphes. Au cœur de cette histoire méconnue, une bandelette de momie issue des collections de la BnF fait l’objet d’une séance du nouveau cycle de conférences organisé avec l’École pratique des hautes études (EPHE).

 

Bandelette de momie en toile de lin comportant une ligne d’inscription en écriture hiératique - BnF, département des Monnaies, médailles et antiques, Inv.53.1842

 

Si l’on retient le nom de Jean-François Champollion comme déchiffreur génial des écritures égyptiennes antiques – hiéroglyphique, hiératique et démotique –, les travaux des savants qui l’ont précédé ont largement ouvert la voie à ses recherches. Une bandelette de momie appartenant au comte de Caylus permet ainsi la publication, dès 1752, des découvertes majeures d’un autre esprit hors du commun, l’abbé Barthélemy. Depuis près d’un siècle, une question agitait les milieux érudits : les hiéroglyphes constituaient-ils une véritable écriture avec toute la richesse d’une langue ?

Un « antiquaire » pionnier

Garde du cabinet des Médailles et des Antiques de la Bibliothèque royale – nom de la BnF sous l’Ancien Régime –, l’abbé Barthélemy jouit alors d’une aura sans égale dans le monde des « antiquaires », ainsi qu’on désignait tous ceux s’intéressant à l’Antiquité. Grâce à des monnaies multilingues et à l’étude de la transformation des signes d’écriture, il résout les énigmes du palmyrénien et du phénicien. Fort de ces découvertes, il propose une méthode pour entreprendre le déchiffrement d’écritures oubliées. Son objectif est de percer le mystère des hiéroglyphes mais il manque de documents bilingues suffisamment longs et nombreux.

Une opportune bandelette de momie

Le comte de Caylus fournit alors à l’abbé Barthélemy une bandelette de momie en toile de lin de plus de quatre mètres, recouverte d’inscriptions. L’abbé l’étudie puis livre ses conclusions dans la correspondance qu’il entretient avec l’aristocrate- antiquaire. Celui-ci les publie, sans mentionner le nom de son ami, dans son Recueil d’antiquités égyptiennes, grecques, étrusques et romaines (vol. V). On y lit notamment que les ovales entourant les signes – les cartouches – contiennent des noms de rois, et que c’est par eux qu’il faut commencer le déchiffrement. L’étude de la bandelette lui permet par ailleurs de réfuter l’idée, avancée par Caylus, selon laquelle les inscriptions qu’elle porte sont en étrusque. L’abbé y voit plutôt une version simplifiée des hiéroglyphes. Pour lui, ces deux modes d’écriture transcrivent une seule et même langue. C’est ainsi qu’il établit, pour la première fois, une liste de concordance de 29 signes…

Cette bandelette n’avait étrangement jamais été traduite depuis sa publication au XVIIIe siècle. La conférence du 1er octobre permettra de combler ce manque et de retracer les multiples histoires attachées à un document décisif dans l’histoire du déchiffrement des hiéroglyphes.

Un nouveau cycle de conférences en partenariat avec l’EPHE

Chaque séance, sur le site Richelieu, repose sur un dialogue entre un chercheur de l’EPHE et un conservateur de la BnF autour des collections patrimoniales.

Vanessa Desclaux

Article paru dans Chroniques n°106, septembre-décembre 2026