Tolkien à la BnF

L’Exposition Tolkien. Voyage en Terre du milieu a rencontré du 21 octobre 2019 au 16 février 2020 un succès public exceptionnel. Plus de 130 000 visiteurs, performance jamais atteinte par la BnF toute au long de son histoire, auront ainsi découvert le monde de cet auteur anglais légendaire. Avec un commissariat, associant un universitaire spécialiste reconnu de Tolkien, Vincent Ferré, et un conservateur Frédéric Manfrin, avec le concours d’Élodie Bertrand et d’Émilie Fissier, soutenu par un conseil scientifique de premier ordre rassemblant des anglicistes et spécialistes de la littérature anglaise, la BnF a une nouvelle fois pu croiser culture savante et culture populaire, en invitant des experts à déchiffrer pour le grand public, une œuvre de la « world littérature ».

 

L’œuvre de Tolkien avait déjà été présentée en 2004 dans l’allée Julien Cain, à travers une série de dessins réalisés par deux des plus grands illustrateurs de l’œuvre de Tolkien, John Howe et Alan Lee, dont la BnF conserve une série importante, et engagés alors par le réalisateur Peter Jackson pour imaginer l’univers graphique inspirant les décors de la trilogie cinématographique du Seigneur des Anneaux. La BnF avait accueilli, à cette occasion, le réalisateur et toute l’équipe du film le 13 décembre 2004, pour le lancement du dernier volet de la trilogie en Europe. Un premier colloque scientifique consacré à l’œuvre de Tolkien avait été organisé accompagnant cette manifestation.

L’exposition Tolkien de 2019 avait vocation à entrer plus profondément dans le monde et l’atelier littéraire de J. R. R. Tolkien, tout en traitant d’une littérature plébiscitée par un public jeune. Pour ce faire, la BnF s’est appuyé sur deux partenariats majeurs, celui de la Bodleian Library et la Marquette University (USA), toutes deux institutions conservant des manuscrits de Tolkien. La BnF s’est centrée, à la demande du Tolkien Estate, sur l’œuvre littéraire à l’exclusion de toute production postérieure témoignant de la réception de l’œuvre de Tolkien ou de son influence. En parallèle à l’exposition, la BnF a proposé une programmation sur la Fantasy.

La liste générale des pièces comprenait 360 items dont 160 prêtés par la Bodleian Library, 79 prêts de la Marquette University, 83 pièces de la BnF et 35 autres prêts (Musée de l’Armée, Cité de la Tapisserie, Petit Palais, Louvre, Musée des Arts Décoratifs, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Museum, Birmingham).

Organisée en deux parties distinctes sur les deux galeries d’exposition du site de Tolbiac, - voyages dans les terres du milieu, et retour à Oxford - , et selon la scénographie signée Flavio Bonuccelli (scénographe), CL Design (graphite) et Raymond Belle (éclairagiste), l’exposition a pu présenter les pièces propres à cette œuvre-monde en dialogue avec des pièces sélectionnées dans les collections de la BnF, jeu d’échos qui a contribué à la bonne réception de cette œuvre par le public français. Une riche programmation de rencontres, consacrées à l’œuvre de Tolkien, a complété cette exposition, parmi lesquelles signalons un colloque « Tolkien et l’expérience de la guerre », et un cycle de conférences (« traduire Tolkien », « Tolkien père et fils, », « Tolkien géographe », « l’invention des langues », « Alan Lee, illustrer Tolkien »…)…

Avec près de 20 000 exemplaires vendus au moment où fermait l’exposition, le catalogue Tolkien, voyage en Terre du Milieu (coédition Christian Bourgois éditeur, 304 pages) se hisse au premier rang des ventes de catalogues jamais réalisées par les éditions de la BnF. Une performance exceptionnelle rehaussée par le bon résultat enregistré également par l’album publié pour l’occasion, dont le 1 er tirage de 3 000 exemplaires a été entièrement écoulé sur la période. À noter que 5,4 % des visiteurs ont acheté le catalogue sur place au terme de leur visite, soit un « taux de transformation » supérieur aux standards de la BnF, signe d’une importante motivation du public.

Avec Tolkien, la BnF tenait une belle opportunité d’élargissement de son offre à des publics nombreux et variés, avec un enjeu de ne pas décevoir ce public mêlant érudits et néophytes et de garder une qualité d’accueil optimale dans un site contraint où se mêlent lecteurs et visiteurs. La mise en place, pour la première fois, d’un système de réservation et de nocturnes, a permis de relever ce défi. L’enquête menée en sortie d’exposition montre un rajeunissement très clair par rapport aux publics culturels habitués de la Bibliothèque (70% d’entre eux avaient moins de 35 ans). On peut souligner la diversité géographique des visiteurs, avec des personnes venues de 65 départements différents – soit une diminution d’au moins 9% du public parisien par rapport aux expositions Nadar et Avedon. 73% des visiteurs se sont rendus pour la première fois à la Bibliothèque à l’occasion de l’exposition Tolkien, l’ont fortement recommandée, et un quart d’entre eux ont exprimé l’envie de consulter la future programmation de la BnF. Sur le plan de la satisfaction enfin, l’exposition est un vrai succès. 87% de visiteurs se déclarent satisfaits dont, fait remarquable, un tiers estime qu’elle a dépassé leurs attentes : le déploiement d’un discours savant, riche et clair autour d’un auteur foisonnant, ainsi que l’intérêt des objets réunis, en ont été les points forts.

Rapport d’activité 2019 de la bibliothèque nationale
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