Le répertoire des auteurs par Jean-Michel Ribes

En écho à l’exposition qui lui rend hommage en galerie des Donateurs, Jean-Michel Ribes a été invité par la BnF à concevoir la programmation de la 7e édition de son festival. Pour l’événement, il a sélectionné des textes d’auteurs qui lui sont chers. Retrouvez dans cette page ces différents auteurs présentés par Jean-Michel Ribes lui-même.
 

Alphonse Allais

Humoriste, journaliste et presque pharmacien.
Né en 1854 à Honfleur, considéré comme l’inventeur de l’humour absurde français et du café lyophilisé, membre du groupe « Les Fumistes », rédacteur en chef de la revue satirique Le Chat noir, auteur de nombreux ouvrages à l’infinie drôlerie qui le font considérer par certains comme le plus grand auteur de la langue française. 
Grand spécialiste du calembour et de la phrase express, exemple : « Il était Normand par sa mère et Breton par un ami de son père. »
Un de ses livres s’intitule À se tordre. C’est le risque avec Alphonse Allais : on peut s’étrangler de rire. D’autant comme le disait Jules Renard : « Allais créait tout le temps. »

Alphonse Allais dans data.bnf.fr

Ambrose Bierce

Affirmer qu’Ambrose Bierce, écrivain et journaliste américain né dans l’Ohio en 1842, a souvent traversé l’enfer durant son existence n’est probablement pas faux. Encore l’a-t-il fait en s’en moquant. Son œuvre majeure Le Dictionnaire du diable en témoigne en traçant, définition après définition, un portrait à la fois cynique et irrésistible de l’Amérique et de ses contemporains.
Jeune lieutenant de l’armée nordiste blessé pendant la Guerre de Sécession, il se tourne vers l’écriture, écrivant un grand nombre de nouvelles fantastiques où la mort est toujours présente et son absurdité mise en dérision.
Remarqué par le magnat de la presse Randolph Hearst, celui-ci l’engage en 1887, début d’une longue et fructueuse collaboration.
Ambrose Bierce perd ses deux fils, le premier dans un duel, le second dans l’alcool, sa femme le quitte, l’enfer donc…
Ses œuvres principales De telles choses sont-elles possibles ?, Le Cavalier dans les cieux, En plein cœur de la vie ou Morts violentes le font reconnaître à l’égal de son contemporain Mark Twain.
Robert Enrico et Quentin Tarantino l’ont adapté au cinéma.

Ambrose Bierce dans data.bnf.fr

François Cavanna

Fils d’immigrés italiens dont les moustaches de gaulois prouvent sa parfaite intégration à la France, il a commencé par être maçon et a très vite construit deux monuments parmi les plus importants du XXe siècle : Hara-Kiri (mensuel) et Charlie Hebdo. À ses heures perdues il dessinait et écrivait des livres dont un, Les Ritals, a frôlé le Goncourt. Généreux et soucieux des autres, il nous a offert son immense savoir dans deux ouvrages intitulés Le saviez-vous ?

François Cavanna dans data.bnf.fr

Chaval

Le restaurant basque était si sombre que Chaval finit par demander au serveur d’allumer un, voire deux jambons qui pendaient au plafond. Après un moment d’immobilité dû au sérieux avec lequel lui avait été faite cette demande, le serveur jeta un œil sur les jambons au cas où on en aurait électrifié un sans qu’il le sache… puis il éclata de rire.
La réalité ennuyait Chaval. Il tenta par ses écrits, et surtout avec ses dessins, de la rendre cocasse, inattendue, surprenante. Paresseux avec fierté, il la regardait de loin et y apercevait sa drôlerie cachée, qu’on n’aperçoit pas de près. 
Il n’aimait ni les toréadors, ni les pharmaciens (à part son ami André Frédérique), ni les éléphants, les curés, les militaires, les notaires, les riches ou les pauvres, bref il n’aimait pas le monde et ses habitants le barbaient.
Alors pour rendre l’existence supportable, il dessina d’un trait aussi noir que précis les gens à l’envers pour montrer à quel point ils étaient absurdes à l’endroit.
Drôle d’homme ce Chaval, mais surtout homme drôle, très drôle. Son humour, trop rapidement nommé noir, était celui d’un artiste dont les silences qui se glissaient dans son œuvre étaient irrésistibles.
Son épouse mourut soudain, et puis son chien Caca fit de même.
Après avoir bataillé contre l’ennui toute sa vie, il ne put vaincre la tristesse. Alors il se donna la mort avec du gaz, non sans avoir cloué sur sa porte une pancarte où était inscrit : « Attention : danger d’explosion. »

Chaval dans data.bnf.fr

Georges Fourest

Poète dont la dérision est un acte de foi et l’irrévérence une forme d’espérance. Il se levait tôt chaque matin pour avoir plus de temps à ne rien faire.
Une vie à cheval entre le XIXe et le XXe siècle, Georges Fourest montre une aristocratique synthèse entre le clown blanc, le fou de cour et le pétomane, trois êtres spirituels ayant incarné de tout temps le rire artistique et l’extravagance.

Georges Fourest dans data.bnf.fr

Jean-Louis Fournier

L’écrivain Jean-Louis Fournier, citoyen responsable, préoccupé par la jeunesse française qui décroche chaque année un peu plus des mathématiques, a écrit un manuel destiné à rendre cette matière plus attractive. Ce manuel est intitulé L’arithmétique appliquée et impertinente.
Gageons que les élèves s’y précipiteront.

Jean-Louis Fournier dans data.bnf.fr

André Frédérique

Poète, humoriste et pharmacien aléatoire, proche de Queneau, Vialatte, Boris Vian, Jean Tardieu et Robert Dhéry avec qui il écrivit les Dugudus ancêtres des Branquignols, ce grand type qui se considérait comme une horloge molle semait au hasard des rencontres ses poésies frivoles et décapantes. Grand « essayeur de dames », il aimait en glisser sous les baldaquins des lupanars qu’il fréquentait, habillé en évêque. 
Il passe son existence à mettre la pagaille dans l’ordre et dans les ordres. On lui doit l’invention du mot « ringard » et trois ouvrages Les Nuits blanches, Poésies sournoises et La Grande Fugue, recommandés à tous ceux qui aiment naviguer hors des houles ordonnées et des mers calmes, André Frédérique préfère les gros gâteaux à la crème à la civilisation des gagneurs. 
Terrassé par une peine de cœur, après avoir mis une rose sur son lit, il se donne la mort à 42 ans. Meilleure façon de rassurer le lecteur qui sait que le suicide est à l’humoriste ce que le poinçon est à l’argenterie, ça prouve que c’est du vrai. 

André Frédérique dans data.bnf.fr

Gébé

Gébé s’est évadé très vite des trains qui arrivent à l’heure, dont il dessinait les wagons et les rails pour la SNCF. Il a décidé un jour de tout arrêter, de réfléchir, et ce ne fut pas triste.
Il mit en pièces, avec force et douceur, une réalité définitive qui nous paralyse avec ses diktats.
Ainsi naît L’An 01, film adapté de sa bande dessinée éponyme, réalisé par Jacques Doillon et, pour certaines séquences, par Jean Rouch et Alain Resnais, qui célèbre le « on peut faire autrement ! » et prouve que l’utopie est à portée de main, sans prêche ni sermon, sans jamais se départir d’un humour qui a fait de lui le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo.
À regarder ses dessins, je me suis toujours dit que Gébé aurait pu jouer à la belote avec Kafka, Bunuel et Tzara et qu’il aurait souvent remporté la partie.

Gébé dans data.bnf.fr

Jean-Marie Gourio

Le romancier Jean-Marie Gourio, en plaçant son oreille de façon particulière dans les débits de boissons, a découvert à la fin du siècle dernier le vrai monde, celui qu’on ne raconte pas dans les journaux, celui des solitaires, des exclus, des invisibles.
Il a attrapé plus de soixante mille de leurs paroles, qu’il a intitulées Brèves de comptoir, qui réduisent à néant la supposée vulgarité des bistrots en nous offrant un langage libéré des pesanteurs du bon goût et des gens qui savent.
Marcel Duchamp disait que l’œuvre d’art est faite par celui qui la regarde, mais aussi, après tout, par celui qui l’écoute !

Jean-Marie Gourio dans data.bnf.fr

Raymond Queneau

Zazie dans le métro, Cent mille milliards de poèmes, Les Fleurs bleues et tant d’autres romans, ses nouvelles, ses chansons dont la plus célèbre Si tu t’imagines, fillette
Éternel combattant contre le sérieux, grand pataphysicien, créateur de L’Oulipo, découvreur de jeunes écrivains dont Perec, André Frédérique, ami de Boris Vian, Raymond Queneau est l’un des écrivains les plus inventifs du XXe siècle.
Lisez le, relisez le…
C’est l’esprit, l’humour, l’originalité, bref de l’oxygène… totale…

Raymond Queneau dans data.bnf.fr

Roland Topor

Cet homme qui saute de l’autobus, cet autre riant à la terrasse d’un café, la concierge qui monte le courrier, le président saluant la foule, ces femmes qui pleurent, ces enfants qui rentrent en classe… des acteurs, juste des acteurs !
Tout est prévu, répété, réglé, mis en place. Simples rebondissements d’une pièce écrite depuis la nuit des temps que le monde interprète sans entracte ni relâche. Ainsi pensait parfois Topor, acteur rebelle de la comédie humaine, qui refusait le rôle que lui avait confié le tyrannique destin, implacablement mis en scène par la société. Ce mauvais théâtre fait d’idées reçues, de pantomimes mécanisées et de paroles obligées, dramaturgie de la fatalité, où l’homme est distribué sans qu’on lui demande son avis, Topor ne voulait pas la jouer. Trop étouffante, trop ennuyeuse, trop triste. Dès son plus jeune âge, il refusa de monter sur scène, préférant rester en coulisse. 
Là, à l’abri des projecteurs illuminant la platitude, il inventa son propre théâtre en faisant parfois la sieste, ce qui lui permit de rêver et de nous rapporter les images et les sons d’une vie où l’homme libre joue la pièce qu’il désire.
Aujourd’hui encore, des années après sa mort, quand je téléphone, le premier numéro que composent mes doigts est le sien, je ne peux m’empêcher de l’appeler au secours…

Roland Topor dans data.bnf.fr

Alexandre Vialatte

Le Marché aux Puces c’est le chaos, la nature et les hommes y déversent pêle-mêle leurs œuvres. Vialatte y a mis de l’ordre. Toute sa vie, du Marché aux Puces il a fait le British Museum, rangé avec application par Groucho Marx.
Auvergnat d’âme et d’esprit, c’est-à-dire des oreilles aux doigts de pieds, Vialatte écrivit chaque jour dans le journal La Montagne, quotidien imprimé à l’ombre du Puy-de-Dôme, une chronique digne de La Rochefoucauld, si ce dernier en plus d’être duc avait été un prince de l’humour. Non content d’avoir écrit trois romans, au-dessus des chefs d’œuvre, Battling le ténébreux, Les Fruits du Congo et Dernières nouvelles de l’homme, Vialatte épousa Kafka dont il devint le traducteur officiel. Il pensait que l’écrivain tchèque était sans doute le plus grand humoriste de son époque. Relisez La Métamorphose : vous verrez qu’il n’avait pas tort. De toute façon, Vialatte n’a jamais tort.

Alexandre Vialatte dans data.bnf.fr