La naissance du livre de poésie moderne en français : des premiers incunables aux « Amours » de Ronsard (1552)
La poésie est sans doute le genre d’écriture le plus sensible à l’espace matériel sur lequel elle se déploie. On connaît bien la façon dont la poésie moderne fait de la page un terrain d’expérimentations, mais qui connaît la révolution qu’a connue la présentation du livre de poésie imprimé pendant ses premières décennies d’existence ?
Si l’on connaît bien la façon dont Mallarmé déploie le verbe poétique sur la page blanche, et toute la poésie moderne à sa suite, on connaît moins la véritable révolution qu’a connue la « mise en livre » (R. Chartier) de la poésie française entre les débuts de l’invention de l’imprimerie (la seconde moitié du XVe siècle, la période dite « incunable ») et les premiers ouvrages publiés par les poètes de la Pléiade au milieu du XVIe siècle, qui ressemblent déjà à nos livres de poésie modernes.
On pourrait schématiser ainsi les trois volets de cette révolution. Du volume qui joint des textes hétérogènes et d’auteurs différents (parfois anonymes), on passe au livre qui met de plus en plus en avant l’unité auctoriale et le nom de l’auteur. Du livre que l’on pose sur un lutrin pour le consulter, on passe à un livre miniaturisé, que l’on peut emporter facilement avec soi et feuilleter d’une seule main. Et d’une mise en page où priment la lettre gothique et sa silhouette robuste et noire, comme par peur du blanc, on passe à une page imprimée dans des typographies romaines ou italiques à l’allure plus légère, dans laquelle blancs et noirs s’équilibrent harmonieusement.
Si ces évolutions sont communes à l’ensemble des livres imprimés sur la période, tous genres confondus, le livre de poésie constitue très souvent le terrain d’expérimentation privilégié des innovations en matière de typographie et de mise en page. C’est aussi qu’en tant qu’objet favori du courtisan, représenté dans la peinture de l’époque au titre d’accessoire de mode, il concentre tous les regards et toutes les attentions.
Par Guillaume Berthon, professeur de littérature française de la Renaissance à l’université Sorbonne Nouvelle
L’École d’automne du livre imprimé
La Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France organise du 26 au 28 la quatrième édition de son école d’automne du livre imprimé.
Pensée pour les étudiants en master ou en début de thèse, l’École d’automne a pour ambition de montrer la richesse de l’étude matérielle du livre (XVe-XXIe siècles) dans le cadre plus large d’une recherche en lettres, en langues, en sciences humaines ou en arts. Soumise à la seule présentation d’une carte de lecteur (Pass recherche) en cours de validité, la formation est gratuite.
Les principaux aspects de l’étude matérielle de l’objet imprimé seront abordés au cours d’ateliers « livre en main », offrant aux participants les bases et les outils de ce type d’analyse, du livre ancien au livre contemporain. Ces séances alterneront avec des présentations courtes assurées par les conservateurs et conservatrices de la Réserve des livres rares qui déclineront, livres à l’appui, des études de cas période par période, afin de laisser entrevoir les possibilités, les réflexions, les perspectives qu’offre la bibliographie matérielle : ces présentations porteront sur les rapports entre texte et image, du XVe au XXIe siècle.
- Voir aussi la conférence La représentation de l’auteur dans le livre imprimé, XVe-XVIIe siècle Vidéo du 28 octobre 2025
Voir cet événement
Cet événement sera diffusé sur notre chaîne Youtube et sur cette page le 26 octobre à 18 h.
Informations pratiques
Entrée gratuite – Réservation conseillée
Il est recommandé de se présenter en avance (jusqu’à 20 minutes avant la manifestation).
Date et Horaires
Lundi 26 octobre 2026
18 h – 19 h 30
Accès
François-Mitterrand - Petit auditorium
Quai François-Mauriac – Paris 13e
Entrée Est face à la rue Émile Durkheim
