Pierre Henry, père de la musique concrète

Compositeur majeur du XXsiècle et novateur radical, Pierre Henry est considéré avec Pierre Schaeffer comme le père de la « musique concrète ». Après sa mort en 2017, sa famille a fait don à la BnF de l’intégralité de son œuvre. Une série d’événements célèbre cet automne l’apport extraordinaire que constitue l’entrée de ce fonds au département Son, vidéo, multimédia de la BnF.

 

Portrait de Pierre Henry, Paris, Cité de la Musique, mars 2008 © Photo Frédérique Toulet

 

Les relations entre Pierre Henry et la BnF sont anciennes. Dès 2006, souhaitant assurer la conservation et la pérennisation de son œuvre, le compositeur sollicite les compétences de l’institution. L’expertise dans le domaine analogique et numérique nécessaire à ce projet, la connaissance des supports sonores anciens et le souci de préserver la totale intégrité de l’œuvre ont fait de la BnF un interlocuteur privilégié. Deux ans plus tard, une première convention est signée avec Pierre Henry. Elle prévoit la numérisation et la sauvegarde de l’ensemble des 240 œuvres majeures et des 300 œuvres « d’application » associées (pièces destinées à la danse, au théâtre, au cinéma, à la publicité). Parmi celles-ci, la Symphonie pour un homme seul (1949), Utopia (2007), la Messe pour le temps présent (1967) ou encore la Dixième symphonie (1979), qui sont autant de jalons au fil d’un parcours foisonnant de recherches, d’invention et de créativité.

Des milliers d’heures d’enregistrement

Après la disparition du compositeur en 2017, l’intégralité de son œuvre rejoint les collections de la BnF, soit 8 702 boîtes de bandes magnétiques contenant plus de 18 000 bobineaux, 3 950 cassettes audionumériques au format R-DAT (Rotary Digital audio tape), ainsi que près de 400 disques à gravure directe, cassettes audio, ou fichiers numériques. À ces milliers d’heures d’enregistrement s’ajoutent 170 classeurs représentant plus de 34 000 pages. Celles-ci contiennent toute la genèse de ces différentes compositions et sont indispensables à l’interprétation des œuvres.

Un fonds fragile en cours de numérisation

Les documents de l’immense phonothèque du compositeur versée à la BnF sont souvent fragiles et nécessitent l’usage de moyens de lecture en voie d’obsolescence. Il y avait donc urgence, pour conserver ce fonds, à le numériser ou à le transférer afin de pouvoir le mettre à la disposition des chercheurs et des musiciens. Dans le programme de numérisation entamé depuis quelques années, les éléments analogiques magnétiques du fonds Pierre Henry sont numérisés en très haute définition au format DSD (Direct Stream Digital).

Une série d’événements en hommage au compositeur

Pour célébrer ce don fait à la Bibliothèque nationale de France, un ensemble de manifestations rend hommage au cours de l’automne à Pierre Henry, tout en dévoilant des aspects moins connus de son œuvre. Le 16 octobre une table ronde, puis une après-midi de diffusion d’« inédits » sur les enceintes du studio SON/RE de Pierre Henry seront suivies dans la soirée d’une carte blanche donnée à des créateurs sonores, performeurs, musiciens inspirés par le compositeur.
Le 19 octobre, à l’occasion de la séance du « Cinéma de midi », trois courts métrages sur des musiques de Pierre Henry seront projetés : Les Mobiles de Calder, de Carlos Vilardebo (1966) ; Aube, de Jean-Claude Sée (1950) ; Fait à Coaraze, de Gérald Belkin (1964).

Pascal Cordereix et Luc Verrier

Article paru dans Chroniques n° 92, septembre-décembre 2021