D’abord Bibliothèque royale, puis Bibliothèque de la Nation et Bibliothèque nationale, la Bibliothèque nationale de France (BnF), ainsi dénommée depuis 1994, est aujourd’hui la bibliothèque nationale de la République française. Héritière des collections royales constituées depuis la fin du Moyen Âge, elle est l’une des plus anciennes institutions culturelles françaises.
Le roi Charles V a longtemps fait figure de fondateur de la bibliothèque royale, ancêtre de la BnF. S’il est en effet le premier roi de France à regrouper en un même lieu une collection remarquable – l’une des plus importantes de son temps – il n’existe en réalité pas de continuité entre cette librairie royale, installée au Louvre en 1368, et les collections actuelles de la BnF. En effet, les 910 manuscrits réunis par Charles V furent très vite dispersés. Par ailleurs, la date de 1368, souvent retenue comme date fondatrice, est en fait celle du transfert, depuis le palais de la Cité, d’une collection déjà existante. Avant Charles V, les rois ont en effet toujours possédé des livres : une librairie d’étude est par exemple attestée dans la sacristie de la Sainte-Chapelle sous le règne de Louis IX.
L’origine du fonds de la future bibliothèque nationale est plutôt à chercher à la fin du XVe siècle, alors que les troubles de la guerre de Cent Ans se sont apaisés. Souverain amateur de livres, Louis XI rassemble à son tour une collection, certes modeste, mais qui constitue le véritable noyau de la future bibliothèque royale. Son fils Charles VIII va considérablement l’accroître : avec plus d’un millier de titres, sa collection est, à sa mort, l’une des plus importantes d’Europe. Les guerres d’Italie menées par Charles VIII et Louis XII enrichissent à leur tour la bibliothèque de précieuses collections de manuscrits et d’imprimés, rapportées à Amboise, puis à Blois, au titre du butin de guerre.
de la bibliothèque royale à la bibliothèque d’état
De patrimoine personnel du roi, la librairie royale, installée à Fontainebleau à partir de 1544, devient peu à peu la propriété commune des savants, qui viennent la consulter et peuvent même emprunter des volumes pour leurs recherches personnelles. Érudite et encyclopédique, placée sous la garde d’humanistes fameux (Jacques Lefèvre d’Étaples, Guillaume Budé…), elle s’ouvre au grec ancien, à l’hébreu, à l’arabe, au syriaque… Au début des années 1570, elle quitte Fontainebleau pour gagner Paris, où elle s’installe vraisemblablement dans une maison particulière. Après les vicissitudes des guerres de Religion, la bibliothèque royale s’impose ainsi comme l’un des hauts lieux de la République des lettres.
Bibliothèque royale - élévation de façade du fond, XVIIIe siècle
Parallèlement, sa nature institutionnelle s’affirme : à l’heure où naissent les académies, où la monarchie manifeste la volonté d’organiser à son service les arts, les lettres et les sciences, elle entre dans les préoccupations du gouvernement. La charge de maître de la Librairie devient l’objet de jeux de pouvoir qui placent la bibliothèque, au mitan du XVIIe siècle, sous l’autorité de la famille Colbert. C’est ainsi au « grand Colbert » que l’on doit, en 1666, le déménagement de la bibliothèque dans le quartier Vivienne – et, surtout, de considérables enrichissements. L’intégration de la bibliothèque de Gaston d’Orléans et de l’extraordinaire collection d’estampes de Michel de Marolles sont les plus remarquables, tandis que des missionnaires envoyés en Orient rapportent de nombreux manuscrits grecs, arabes, persans, des médailles et divers objets de curiosité. Sous son administration, le nombre de manuscrits double ; celui des collections imprimées quadruple.
La bibliothèque des lumières
Entrée triomphale des monuments des sciences et des arts en France, 1798
À la mort de Colbert, en 1683, le destin de la bibliothèque passe entre les mains d’un autre lignage : les Louvois. Commis à la garde de la bibliothèque, Nicolas Clément dresse un cadre de classement des collections qui fera autorité pendant plusieurs siècles. Les catalogues de ces collections sont imprimés à partir de 1739, sous l’administration de l’abbé Bignon, alors maître de la Librairie depuis vingt ans. Ce fin lettré donne à la bibliothèque un éclat sans précédent. On lui doit son organisation en départements, tandis que, très soucieux de faire de la bibliothèque un carrefour de l’Europe savante, il poursuit et amplifie encore l’œuvre colbertienne en matière d’acquisitions, notamment en direction de l’Extrême-Orient.
Le XVIIIe siècle est également marqué par un mouvement d’ouverture grandissante au public : à partir de 1775, la bibliothèque est ouverte tous les jours, et prête même volontiers ses collections. À la fin du siècle, une centaine de lecteurs consultent 700 à 800 ouvrages par jour, ce qui est un défi considérable dans un contexte de difficultés budgétaires. La situation se détériore encore sous la Révolution, alors même que, dès 1790, la Bibliothèque se retrouve parmi les principaux bénéficiaires des saisies révolutionnaires. Les biens du clergé puis ceux des émigrés viennent ainsi enrichir les collections de la bibliothèque devenue « nationale ». Enfin, la Bibliothèque profite aussi des saisies pratiquées par l’armée révolutionnaire puis napoléonienne en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie.
La bibliothèque comme système : les défis de la modernisation
Cet afflux de documents sans précédent rend encore plus criants les maux récurrents dont souffre la bibliothèque : manque de place, mode de gouvernance, insuffisance du personnel. Les projets architecturaux se multiplient, le mode d’organisation fait l’objet de réformes, des commissions se réunissent au chevet de la Bibliothèque… L’une d’entre elles, conduite en 1858 par Prosper Mérimée, sera entendue : ses conclusions seront en partie reprises par Napoléon III et mises en œuvre par deux hommes : Jules-Antoine Taschereau et Henri Labrouste. Le premier, administrateur de la bibliothèque impériale dès 1852, entreprend de réorganiser la bibliothèque, tandis que le second modifie en profondeur le visage du quadrilatère Richelieu. La salle de lecture des Imprimés (1868), qui porte aujourd’hui son nom, en demeure le témoignage le plus éclatant.
Ce redressement est poursuivi, sous la Troisième République, par le nouvel administrateur général, nommé en 1874 : Léopold Delisle. Figure éminente de l’Europe savante, médiéviste de tout premier plan, il mène de front carrière scientifique et fonctions administratives. On lui doit notamment la réalisation du Catalogue général des livres imprimés. Des séries de dons exceptionnels rejoignent les fonds tout au long de la deuxième moitié du siècle : la collection de vases antiques et de monnaies du duc de Luynes en 1862, les collections de Bure (1854) et Hennin (1863), ou encore les manuscrits de Victor Hugo. Jean-Louis Pascal, successeur de Labrouste, poursuit la modernisation de la Bibliothèque, dont il dessine la future salle Ovale, inaugurée seulement en 1932.
métamorphoses du XXe siècle : de la Nationale à la BnF
Sous la houlette de Julien Cain, figure marquante de l’histoire de la Nationale dont il développe considérablement la politique culturelle, les années 1930 marquent d’ailleurs une nouvelle étape dans la modernisation du quadrilatère Richelieu. En réformant le dépôt légal, la loi de 1925 provoque une hausse du flux des entrées. En conséquence, on augmente la capacité des magasins, tandis que le nombre de salles de lecture passe de six à onze entre 1930 et 1964. En 1934, la bibliothèque de l’Arsenal intègre la Bibliothèque nationale. La même année, une première annexe est construite à Versailles. Deux autres suivront, avant que n’ouvrent, au début des années 1980, les sites techniques de Sablé-sur-Sarthe et de Provins. Mais ces extensions ne suffisent pas à résoudre les problèmes de conservation dus à l’explosion de la production imprimée et à l’apparition de nouveaux supports, notamment audiovisuels.
Naissance de la BnF
Confrontée à ces difficultés nées de la croissance de la production imprimée et de la demande culturelle, la Bibliothèque nationale doit opérer une mutation. Celle-ci intervient à un moment où les outils informatiques et les progrès des télécommunications renouvellent les moyens donnés à la gestion des collections et à leur repérage, ainsi qu’aux pratiques de recherche et de lecture. Le 14 juillet 1988, lors de son traditionnel entretien télévisé dans le parc de l’Élysée, le président de la République, François Mitterrand, annonce « la construction et l’aménagement de l’une des, ou de la plus grande et la plus moderne bibliothèque du monde ».
Cette grande bibliothèque devra couvrir tous les champs de la connaissance, être à la disposition de tous, utiliser les technologies les plus modernes de transmission de données, pouvoir être consultée à distance et entrer en relation avec d’autres bibliothèques européennes.
Le site finalement retenu pour la construction est situé en bordure de Seine, dans le 13e arrondissement de Paris. En août 1989, le projet de l’architecte Dominique Perrault est choisi par le président de la République au terme d’une procédure de sélection de projets par un jury international. Jack Lang, alors ministre de la Culture, annonce qu’y sera transféré la totalité des imprimés de la Bibliothèque nationale, soit dix millions de volumes.
Le 20 décembre 1996, la bibliothèque d’étude du site François-Mitterrand s’ouvre, et le 8 octobre 1998, l’ouverture de la bibliothèque de recherche scelle l’achèvement de ce grand projet.
Télécharger la bibliographie publiée à l’occasion de l’exposition Dominique Perrault - La Bibliothèque nationale de France. Portrait d’un projet 1988-1998