La bibliothèque de l'Arsenal, un monument historique.

De l’hôtel du grand maître de l’artillerie à la bibliothèque encyclopédique.
La Bibliothèque de l’Arsenal, située dans le quartier de la Bastille, est l’ancienne résidence des grands maîtres de l’artillerie. Antoine-René d’Argenson, marquis de Paulmy, qui occupa cette charge au milieu du XVIIIe siècle, constitua à l’Arsenal une vaste collection encyclopédique de livres, de manuscrits et d’estampes ouverte aux savants et gens de lettres. Confisquée à la Révolution, devenue bibliothèque publique en 1797, considérablement enrichie par les saisies révolutionnaires, la bibliothèque de l’Arsenal fut rattachée à la Bibliothèque nationale en 1934. Le bâtiment est classé en totalité au titre des Monuments Historiques par arrêté du 27 octobre 2003.
 
La Bibliothèque de l’Arsenal, vue extérieure.
©Thierry Ardouin/Tendance Floue - BnF

L’architecture reflet de l’histoire

Le premier bâtiment de l’Arsenal est élevé sur un terrain qui appartenait au couvent des Célestins, dont l’emplacement est maintenant occupé par la caserne de la Garde républicaine. Il s’appuyait sur le rempart de Charles V, qui lui-même longeait un bras de la Seine. C’est l’origine de sa forme allongée.
Des premières constructions, il reste la façade donnant sur la rue de Sully, élevée au XVIIe siècle, mais reconstruite par Théodore Labrouste au XIXe siècle. À l’intérieur du bâtiment, le cabinet La Meilleraye, splendide appartement peint vers 1640, témoigne de l’époque où il était habité par le grand maître de l’artillerie, important personnage placé à la tête de l’Arsenal de Paris, vaste ensemble de bâtiments s’étendant jusqu’à la Bastille.
Au XVIIIe siècle, un nouveau bâtiment est ajouté du côté de la Seine par l’architecte Boffrand. Mieux conservé, il présente encore une décoration dans sa partie supérieure, et, à l’intérieur, de précieuses boiseries.
Alors que le bâtiment est transformé en bibliothèque publique à la Révolution, des salles de lecture et des magasins de livres sont aménagés au cours du XIXe siècle. Deux pavillons sont élevés aux extrémités Est et Ouest, y compris la façade actuelle donnant sur la vaste esplanade située place Teilhard de Chardin. Le bras de la Seine est comblé en 1843 : c’est l’actuel boulevard Morland.
Au XXe siècle, le bâtiment fait l’objet de plusieurs modifications intérieures, et, plus récemment, à l’extérieur, d’une restauration complète du clos et du couvert (2010-2012).

Des espaces patrimoniaux remarquables

Un remarquable appartement peint du XVIIsiècle au cœur du Marais

Salon de la Meilleraye

Cousin du cardinal de Richelieu, Charles La Porte, marquis de La Meilleraye est nommé grand maître de l’artillerie en 1634. Il épouse en 1637 Marie de Cossé-Brissac [portrait au mur sud], pour laquelle il fait décorer un appartement en encorbellement sur le vieux mur d’enceinte de Charles V. Ce salon est déplacé et remonté à l’identique en 1864 dans le pavillon construit par Labrouste.
Salon de la Meilleraye, bibliothèque de l’Arsenal.
 

Le thème iconographique de la première salle est l’union des deux familles, La Meilleraye et Cossé-Brissac. Au centre du plafond, les Muses et Apollon rendent hommage à leur blason, une œuvre attribuée à Charles Poerson, élève du peintre Simon Vouet. Aux angles sont figurées les quatre parties du monde. Le reste du décor retrace les faits d’armes des deux familles : le siège de Hesdin en 1639 (au-dessus de la cheminée) où La Meilleraye est fait maréchal, le siège de La Rochelle (1627) et l’entrée d’Henri IV dans Paris (1594).

Le cabinet des femmes fortes

Cabinet des Femmes fortes, bibliothèque de l’Arsenal.

Un cabinet, qui était peut-être un petit oratoire, prolonge cette première pièce. Au registre supérieur, une remarquable galerie des « Femmes fortes  » (avec l’image précisée par le commentaire), dans le goût du premier XVIIe siècle français (écho au poème du Père Lemoyne de 1647), représente quatorze héroïnes : trois reines des Amazones (Hippolyte, Antiope et Penthésilée) ainsi que Sémiramis, reine de Babylone ; quatre figures de l’Ancien Testament (Jahel, Judith, Esther et Deborah) ; trois figures de l’histoire romaine (Lucrèce, Pauline, Bérénice) et enfin trois héroïnes de l’ère chrétienne (une « Judith française » qui dut affronter Gontran, roi des Burgondes au VIe siècle, Jeanne d’Arc et Marie Stuart sous les traits de Marie de Cossé-Brissac).

Le salon de musique

Un décor rocaille du XVIIIe siècle unique en France

C’est la plus grande pièce de la galerie créée par l’architecte Germain Boffrand. Elle doit son nom aux attributs musicaux placés au-dessus des miroirs. 
Ce salon conserve un ensemble de lambris d’une qualité exceptionnelle. Le décor de trophées en bois sculpté, délaissant le registre guerrier, montre diverses activités champêtres : la moisson, la vendange, la pêche, le jardinage… Le bel ensemble de quatre trumeaux en grisaille figurant les quatre saisons reproduit les bas-reliefs sculptés par Edmé Bouchardon pour la fontaine des Quatre-Saisons, rue de Grenelle à Paris.

Salon de Musique, bibliothèque de l’Arsenal

 

Salon de Musique, bibliothèque de l’Arsenal; horloge de Boulle et Oppenordt.
La pièce abrite au XIXe siècle la salle de consultation des manuscrits dont elle jouxte la réserve ; elle est rendue à la visite au tout début du XXe siècle. On y trouve la pendule dite « aux quatre parties du monde » (avant 1726) œuvre de l’ébéniste Boulle et de l’ornemaniste Oppenordt. C’est une pièce au décor luxueux fait de filets de laiton incrustés dans l’écaille de tortue et de bronzes dorés. Quatre figures, représentant les quatre parties du monde, encadrent le cadran ovale. Cette pendule ne possède que deux équivalents au monde, conservés dans des collections étrangères.

Le Hall d’honneur, les salles de lecture, les salons Sully : des ensembles emblématiques de l’histoire des bibliothèques 

Théodore Labrouste, frère d’Henri Labrouste, remanie profondément le bâtiment sous le Second Empire pour l’adapter à sa vocation de bibliothèque publique. Il scénarise l’ascension vers le savoir par un escalier monumental, au cœur du pavillon ouest. Le lecteur entame son parcours sous les bustes de figures tutélaires du lieu : le marquis de Paulmy (reconnaissable au cordon de l’ordre du Saint-Esprit), et Bailly, maire de Paris sous la Révolution. Une plaque dans l’escalier commémore l’ouverture de la bibliothèque au public le 9 floréal an V (28 avril 1797). 
La salle de lecture actuelle est aménagée sous le Second Empire. Cet espace comprend la salle des catalogues et le centre de ressources des métiers du livre, l’espace de renseignement bibliographique et la salle de lecture. Il accueille tout au long de l’année lecteurs, chercheurs et curieux, dans un décor inchangé, où les boutons de porte sont encore au chiffre de Napoléon III. 
Le petit  et le grand salon Sully, qui accueillent aujourd’hui la programmation culturelle du lieu, possèdent des décors uniques datant du premier XIXe siècle. Ils rappellent leur vocation ancienne de salles de lecture. 

Escalier, bibliothèque de l’Arsenal

 

Le marquis de Paulmy (1722-1787) fondateur de la Bibliothèque de l’Arsenal 


Les collections de l’Arsenal trouvent leur origine dans la bibliothèque d’Antoine-René d’Argenson, marquis de Paulmy, installée dans la demeure des grands maîtres de l’artillerie, au cœur de l’ancien Arsenal de Paris. Soucieux d’en éviter la dispersion, Paulmy la vendit en 1785 au comte d’Artois, frère de Louis XVI, s’en réservant l’usufruit et continuant de l’enrichir. Mise sous séquestre à la Révolution comme bien d’émigré, la collection demeura sur place. Avec les saisies révolutionnaires, elle s’enrichit de nombreux volumes provenant des grandes abbayes parisiennes, et des archives de la Bastille.
Tout au long du XIXe siècle, les collections s’orientent de plus en plus vers la littérature et le théâtre notamment sous l’impulsion d’administrateurs illustres comme Charles Nodier ou José-Maria de Heredia.
 
La bibliothèque de l’Arsenal, maison des illustres
 
En 2012, le ministère de la Culture et de la Communication a attribué le label Maisons des Illustres à la Bibliothèque de l’Arsenal. Il signale au public les lieux qui conservent et transmettent la mémoire des acteurs politiques, religieux, industriels, scientifiques et artistiques qui les ont habitées.
Les salons de la Bibliothèque de l’Arsenal, dont l’origine remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles, ont abrité les soirées littéraires de Madame de Genlis et de Charles Nodier.