Le Cabinet du Roi

Le Cabinet du Roi en 2016, avant restauration

Aménagé au XVIIIe siècle pour accueillir  la collection royale de monnaies et de pierres gravées, le Cabinet du Roi est dès sa création ouvert aux visiteurs. Son décor et son mobilier XVIIIe constituent un ensemble unique au monde. Aujourd’hui nommé Salon Louis XV, il est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1983. 

Grâce au mécénat de particuliers et d’entreprises, le Cabinet du Roi sera intégralement restauré pour être de nouveau accessible à la visite en 2021. Le chantier de restauration est dirigé par Jean-François Lagneau, architecte en chef des monuments historiques.

 

Des décors exceptionnels

Le Cabinet du Roi abrite un mobilier et un décor exceptionnels, datant des XVIIIe et XIXe siècles.

Le mobilier se compose de six petits médailliers et deux grands médailliers en applique aux murs, comportant chacun une console d’applique qui supporte une table de marbre rose chantourné et un placard à deux battants. Au centre se trouve une table aux dimensions exceptionnelles. Médailliers et table ont été exécutés en 1742 par les ateliers de menuiserie Verberckt. Quinze chaises et fauteuils cannés du XVIIIe siècle signées Louis Cresson complètent l’ensemble.

Afin de pouvoir conserver des collections toujours plus importantes, lors de la réinstallation du salon dans son emplacement actuel, Jean-Louis Pascal a fait ajouter deux médailliers centraux au début du XXe siècle, copiés sur le modèle des médailliers XVIIIe.

Tiroir d’un médaillier XVIIIe avec cuvettes et collections d’origine
Clio, muse de l’Histoire, par François Boucher

Le décor mural est constitué d’un ensemble de peintures XVIIIe représentant les muses et leurs protecteurs, réalisés par les plus grands artistes de l’époque, qui avaient leurs ateliers dans les murs de la Bibliothèque Royale. François Boucher a peint en 1742 les quatre dessus de porte, dont l’un représente Clio, muse de l’Histoire, entourée d’amours numismates lui présentant une médaille ou contemplant une monnaie. Trois trumeaux ont été réalisés par Carle Van Loo en 1745, dont l’un représente les protecteurs des muses Apollon - sous les traits de Louis XV -, Hermès et Hercule. Charles Natoire exécute la même année les trois autres trumeaux. Deux grands portraits en majesté complète l’ensemble : une copie du portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, une de Louis XV par Louis-Michel Van Loo. Ce sont des copies du début du XIXe siècle, les copies originales ayant disparu à la Révolution. Les encadrements des tableaux en bois doré datent eux-aussi du XVIIIe.

Enfin, le salon actuel étant légèrement plus grand que le salon d’origine, Jean-Louis Pascal fait réaliser au début du XXe siècle quatre peintures représentant des Amours dans les angles du salon. Il reprend scrupuleusement dans les boiseries et trophées en stucs le décor d’origine du XVIIIe, toujours visible dans la partie du salon d’origine qui subsiste dans l’hôtel de Nevers.

Le chantier de restauration

Une étude préalable à la restauration conduite en 2015 a permis de préciser l’état des boiseries, des peintures et du mobilier. Elle a montré que l’ensemble était en bon état, bien que très encrassé. La restauration consistera donc en deux opérations. L’une sera consacrée au nettoyage approfondi des peintures et du mobilier. La seconde consistera à retrouver la couleur d’origine du salon. Le vert actuel des boiseries est en effet dû à la dégradation du vernis apposé sur une peinture bleu clair en 1928. Les stratigraphies de l’étude préliminaire, confirmées par les restes de couleur sur les trophées encore en place à l’hôtel de Nevers, ont montré que le salon était à l’origine d’un « blanc réchauffé d’ocre », donc une nuance de rose clair. Un comité scientifique, réuni pour la première fois en 2015, est composé de spécialistes de la peinture et du mobilier du XVIIIe siècle. Il suivra l’ensemble du chantier de restauration. Ce comité a opté pour une restitution de l’état voulu par l’architecte Jean-Louis Pascal lors de l’installation dans les locaux actuels : aussi proche que possible des couleurs d’origine du XVIIIe.

 

 

Histoire du Cabinet

L’installation du cabinet au sein de la bibliothèque

Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France, aujourd’hui département des Monnaies, médailles et antiques, trouve son origine dans la cassette royale dès le Moyen Age. En 1684, sur ordre de Louis XIV, le Cabinet des médailles est transporté à Versailles et installé dans les grands appartements. Cinq ans après la mort du roi, en 1720, l’abbé Bignon, bibliothécaire du roi, obtient le retour du cabinet à Paris.

A la mort de la marquise de Lambert en 1734, la Bibliothèque récupère son ancien hôtel. Au premier étage, au-dessus de la rue Colbert, Jacques V Gabriel aménage un salon conçu spécialement pour le Cabinet des médailles. Véritable bijou précieux au sein de la bibliothèque, le Cabinet est ouvert aux visiteurs dès 1741. Le mobilier exceptionnel et les toiles de maître qui le décorent sont réalisés entre 1742 et 1745. Le Cabinet occupe cet emplacement jusqu’en 1865, date à laquelle  Labrouste fait démonter les décors et détruire l’arcade enjambant la rue Colbert.

Le Cabinet des médailles au XVIIIe siècle

La reconstitution dans son emplacement actuel

Le cabinet réinstallé par Jean-Louis Pascal en 1917

Avant la destruction de l’arcade Colbert, le Cabinet des médailles avait déménagé dans la partie sud de l’aile Richelieu, sans pour autant pouvoir faire remonter les décors du salon d’origine. Jean-Louis Pascal, architecte qui prend la succession de Labrouste, est bien plus sensible que son prédécesseur aux bâtiment et décors du XVIIIe siècle.

En 1898, en étroite concertation avec Ernest Babelon, le directeur du département des Monnaies, médailles et antiques, Jean-Louis Pascal profite de la construction de nouveaux bâtiments le long de la rue Vivienne pour reconstituer le Cabinet dans son emplacement actuel.

Les dimensions du nouveau salon correspondent de manière quasi parfaite avec celles du salon d’origine. Pascal fait copier parfaitement les boiseries et stucs du XVIIIe encore présents dans l’hôtel de Nevers, et fait réinstaller les tableaux et le mobilier d’origine. Il complète les médailliers par deux grands médailliers centraux.

Le nouveau Cabinet ouvre ses portes en 1917, en même temps que les nouvelles salles du département. Fermé pour travaux en 2016, il sera de nouveau accessible aux visites à la réouverture de Richelieu en 2021.

Aller plus loin

Babelon, Jean, Le Cabinet du roi ou le salon Louis XV de la Bibliothèque nationale, Paris : G. Vanoest, 1927

Bodenstein, Félicity, «Le salon Louis XV à la Bibliothèque nationale de France : l’archéologie et la reconstitution d’un lieu d’histoire (1865-1913)», Livraisons d’histoire de l’architecture, n°19, 2010

Duyrat, Frédérique, Jambu, Jérôme, «La Clio de François Boucher du Cabinet des médailles de la BnF», blog L’Histoire à la BnF, septembre 2018