Manuscrits - Afrique – Amérique - Proche-Orient

Les fonds de manuscrits orientaux ont été comme les fonds occidentaux répartis par langues. C’est le vaste héritage de l’histoire de la Bibliothèque qui a donné naissance à cet ensemble de manuscrits venus d’Afrique, d’Amérique ainsi que du Proche et Moyen Orient.
 
Ethiopien 648. Source : Gallica
Afrique

éthiopien et éthiopien d’Abbadie

Les collections éthiopiennes sont classées en deux fonds. D’une part, le fonds éthiopien (750 manuscrits) regroupe les manuscrits acquis depuis les origines de la Bibliothèque, les manuscrits de la collection Mondon-Vidailhet (cotés 187-300), ceux de la collection Griaule (cotés 305-674), ceux de la collection Marcel Cohen (706-750) et toutes les nouvelles acquisitions ; d’autre part, le fonds éthiopien d’Abbadie acquis en 1902 réunit les manuscrits de la collection du savant.

Le fonds éthiopien comporte 759 manuscrits.

Le fonds des manuscrits éthiopiens d’Abbadie comporte 283 manuscrits réunis par Antoine d’Abbadie (1810-1897).

Le fonds Harari comporte 1 manuscrit en provenance de Harar.

Numérisation des catalogues en cours :

 

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Berbère

​Le fonds berbère comprend 20 manuscrits dont 6 sont de main africaine, les autres de main européenne.
​Ce sont des recueils de contes, de chants et de textes religieux, ainsi que des ouvrages concernant la langue, la grammaire, le vocabulaire ; on y trouve un imprimé.
Ces volumes ont été acquis surtout depuis le début du XIXe siècle par achat et par don. Deux proviennent de Venture de Paradis (son Dictionnaire et sa Grammaire), un provient de l’orientaliste anglais Hodgson, transmis par la Société Asiatique, deux autres sont également de provenance anglaise.

Une dizaine furent achetés en 1850 à Delaporte ; parmi eux figurent les recueils de main africaine. Vers la même époque fut transmis par le ministère de l’Intérieur le dictionnaire de Brosselard en cinq volumes. Un dictionnaire et un recueil de contes composés par J. Rivière furent acquis par la Bibliothèque en 1881 et 1882 chez le libraire Tardieu. Le dernier achat remonte à 1897.

On peut consulter d’autres documents concernant les études berbères et les contes en langue kabyle dans le fonds des « Papiers d’orientalistes », n°26 et 27 (papiers du général Hanoteau).

Amérique

Ce fonds comprend 77 manuscrits relatifs à une soixantaine de langues amérindiennes ou dialectes de l’Amérique, datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.
Ils concernent le Canada, l’Amérique du Nord, Terre-Neuve, le Mexique, le Guatemala, l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, l’Équateur, la Guyane, le Paraguay.

Avant 1860, ces manuscrits étaient inscrits dans le Supplément français. Le noyau de la collection est constitué de dix volumes concernant les dialectes de l’Amérique centrale, recueillis par Clérambault, en juillet 1837, auxquels s’ajoutèrent en 1857 dix volumes de la collection d’Alcide Dessalines d’Orbigny (1802-1857), relatifs à des dialectes d’Amérique du Sud, puis, en 1883, 37 manuscrits de la collection de l’abbé Brasseur de Bourbourg (1814-1874) provenant eux-mêmes de la bibliothèque d’Alphonse Pinart (1852-1911).
Par la suite, des dons et des achats ont complété ce fonds.

La plupart des ouvrages sont des traductions, faites par des missionnaires, de textes religieux en langues amérindiennes (catéchismes, vies de saints, doctrine, sermons, sacrements) et de nombreux vocabulaires et grammaires, parfois de langues actuellement disparues (cf. Kitemoka, de la famille çapakura, de la région des rives du Rio Blanco en Bolivie, ou Kanicana du Rio Machupo).
À noter le numéro 57 qui est une Histoire universelle jusqu’à la conquête, en kiçe.
À la différence du fonds mexicain où se trouvent des documents d’origine amérindienne, ces manuscrits sont le plus souvent de mains européennes.
Tous sont en écriture latine, excepté le numéro 34 en hiéroglyphes des Amérindiens Mikemak de Terre-Neuve.

Les catalogues ne sont pas encore informatisés mais sont consultables dans la bibliothèque numérique Gallica :

Mexique

Riche de 429 cotes, le fonds mexicain est fondé pour sa majeure partie sur la collection qu’Eugène Goupil, « né au Mexique, de père français et de mère mexicaine descendante des Aztèques en ligne directe », avait acquise en 1889 à Paris de Joseph-Marie Aubin dans « l’intention de la léguer à la Bibliothèque Nationale ». Dès 1891, il en avait fait publier le catalogue établi par Eugène Boban où l’on trouvera détaillée l’histoire de la collection réunie par Joseph-Marie Aubin au Mexique entre 1830 et 1840.

Lorsque la veuve d’Eugène Goupil exécuta sa volonté et offrit cette extraordinaire collection à la Bibliothèque en 1898, le fonds mexicain ne comptait que 17 numéros pour 16 volumes. Cet « Ancien Fonds », dont le premier manuscrit, le Codex Telleriano-Remensis avait été donné à la Bibliothèque du roi en 1700 par Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, fut recoté à la suite de la collection Goupil ; il occupe désormais les numéros 385 à 400 du fonds mexicain.

Les manuscrits entrés ultérieurement proviennent presque tous du comte de Charencey (nos 403 à 426) ; beaucoup avaient fait partie de la collection de l’abbé Brasseur de Bourbourg puis de celle d’Alphonse Pinart. Il est à noter que les manuscrits que la Bibliothèque acquit à la vente Pinart en 1884 ont été intégrés au fonds américain (nos 38 à 71 et 73) ; ceux, de même origine, donnés par le comte de Charencey ont été adjoints au fonds mexicain, à l’exception de trois, cotés américain 75 à 77.

Il s’agit d’un fonds « composite », comportant des manuscrits pictographiques originaux (70 environ), avec leurs copies anciennes, de première importance, dues à Don Antonio de Léon y Gama ou au père José Pichardo, quelques fac-similés, des notes ou études sur les manuscrits, mais aussi des cartes et des descriptions géographiques, ainsi que des textes historiques.

Les langues nahuatl, otomi, maya voisinent avec l’espagnol ou le français, parfois sur le même document riche de gloses et de commentaires successifs.

 

Moyen et Proche Orient

Arabe

Le fonds des manuscrits arabes comprend 7354 documents. Les plus anciens manuscrits arabes du fonds de la Bibliothèque nationale de France sont des feuillets de coran des premiers siècles de l’Hégire, et les plus récents des volumes de provenance africaine copiés au XIXe ou même au XXe siècle. L’histoire du fonds a été tracée par Marie-Rose Seguy en introduction à la deuxième partie du Catalogue des Manuscrits arabes (p. XIII-XXXII).

Quelques manuscrits arabes figuraient dans les collections qui formèrent le noyau de la Bibliothèque du roi, mais c’est sous Louis XIV que débuta, en raison de l’élargissement des relations avec les pays d’Orient, une politique d’importantes acquisitions par l’achat de collections comme celles de Gilbert Gaulmin (1585-1665) ou de Melchisedec Thévenot (1620-1692). Après l’apport de celle de Mazarin, le fonds s’enrichit, en 1732, des 246 manuscrits arabes de la bibliothèque de Colbert. Une autre source d’acquisitions fut l’envoi de missions dont Colbert fut le principal organisateur : le religieux dominicain Jean-Michel Vansleb (1653-1679) rapporta 395 volumes, principalement d’Alep et du Caire. D’autres, comme Jean Foy-Vaillant (1632-1706), se rendirent à Constantinople. On trouvera une description détaillée de ces missions dans l’ouvrage d’Henri Omont, Missions archéologiques. Des orientalistes participèrent activement à la recherche de manuscrits : Etienne et François Hubert (morts l’un en 1616, l’autre en 1631) possédaient des volumes provenant de Marrakech ; Antoine Galland (1646-1715) en rapporta d’Orient ; Eusèbe Renaudot (1646-1720) réunit une bibliothèque qui parvint en 1795 à la Bibliothèque nationale, avec celle de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

La confiscation des biens du clergé pendant la Révolution marqua un moment important dans l’histoire du fonds. La bibliothèque de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à laquelle avaient également été légués les manuscrits du chancelier Pierre Séguier (1588-1672) procura 310 manuscrits arabes. Au début du XIXe siècle, après la campagne d’Égypte (1798-1801), l’apport de l’Institut d’Égypte et des membres de la Commission des sciences et des arts fut important. Puis l’achat des 1515 manuscrits orientaux de Jean-Louis Asselin de Cherville (1772-1822), agent consulaire de France en Égypte, et des 700 manuscrits, dont 406 en arabe, de Charles Schefer (1820-1898), fondateur de la bibliothèque de l’École des langues orientales vivantes, enrichit considérablement le fonds arabe, notamment de pièces comptant parmi les plus précieuses, comme les Maqāmat de al-Ḥarīrī, copiées en 634 de l’hégire (1236) et enluminées à Baghdad par al-Wāsiṭī (Arabe 5847). Aujourd’hui, le fonds continue de s’accroître et les dons contribuent de façon importante à cet accroissement. On peut signaler ceux des manuscrits ayant appartenu au professeur d’arabe maghrébin Georges S. Colin (1893-1977) ou au spécialiste du chiisme Henry Corbin (1903-1978).

 

Arménien

Les origines du fonds arménien de la Bibliothèque remontent au milieu du XVIe siècle ; quelques manuscrits furent acquis durant le XVIIe siècle ; cependant, les principaux accroissements furent le résultat de la mission accomplie à Constantinople et au Levant en 1728-1730 par François Sevin, alors Garde des manuscrits de la Bibliothèque du roi (voir l’historique détaillé dans l’introduction du catalogue de Frédéric Macler).

Ce fonds, qui réunit actuellement 344 manuscrits, est constitué pour moitié d’ouvrages se rapportant à l’Ancien et au Nouveau Testament, de commentaires, de lectionnaires, de rituels, d’homéliaires, d’oeuvres liturgiques et de théologie, de nombreuses vies de saints et autres synaxaires ; un sixième environ représente des textes à caractère historique ou semi-historique ; d’autres, enfin, sont des ouvrages de médecine, d’alchimie, des calendriers, des livres de sapience.

Certaines notices sont complètes dans le catalogue informatique BnF Archives et Manuscrits. Pour le reste on se réfèrera à l’état des catalogues antérieurs.

 

Assyrien

Vers 1886, quatre volumes d’inscriptions en caractères cunéiformes copiés par Paul-Émile Botta (1802-1870), consul de France à Mossoul en 1843 et découvreur du site de Khorsabad, furent donnés à la Bibliothèque par l’intermédiaire de la veuve d’Émile Burnouf. Ces volumes servirent à la publication de l’ouvrage Monument de Ninive découvert et décrit par M. P.-É. Botta, mesuré et dessiné par M. E. Flandin… (1849-1850).

Le numéro 5 du fonds est un recueil de 308 photographies rassemblées par Félix Oppert (1825-1905) de la collection d’inscriptions cunéiformes conservées au British Museum, soit 271 numéros. Oppert participa à l’expédition scientifique et culturelle en Mésopotamie et en Médie avec Fulgence Fresnel et Félix Thomas de 1851 à 1854. Il fut professeur d’archéologie assyrienne au Collège de France.

Par ailleurs, dans le fonds des Nouvelles Acquisitions françaises (NAF 9130), on peut trouver les papiers de Frédéric Schulz (1899-1929) : cartes, plans, dessins et copies d’inscriptions cunéiformes. Dans le fonds Papiers Burnouf, on consultera Burnouf 23-27, 110 et 118 : inscriptions de Vân, lettres sur les inscriptions de Khorsabad, inscriptions de Ninive, notes de Botta avec séries d’inscriptions, estampages d’inscriptions cunéiformes, ainsi que Burnouf 104-105, notamment une copie manuscrite des « Recherches sur l’écriture cunéiforme de système assyrien, inscriptions des Achéménides », par F. de Saulcy, 1849. Voir enfin dans le fonds des Papiers d’orientalistes les Papiers Benveniste.

Copte

Ces 51 manuscrits, contenant essentiellement des textes bibliques et liturgiques en dialecte bohaïrique, ainsi que des grammaires et des vocabulaires coptes arabes, sont décrits dans le Catalogus codicum manuscriptorum Bibliothecae regiae de 1739 (p. 70-74).
Le supplément copte qui s’est constitué à partir de cette date, grâce encore à l’acquisition de collections (Benoît de Maillet, Saumaise), et surtout grâce à la confiscation pendant la Révolution des manuscrits de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, n’a pas eu d’existence durable, la cotation du fonds ayant été revue à la fin du XIXe siècle selon des critères thématiques.
On comptait alors 150 manuscrits, les plus récemment arrivés venant de dons divers (en particulier ceux de la Mission permanente du Caire).

Mais un peu avant cette révision, dans les années 1886-1888, le fonds s’était considérablement enrichi par l’acquisition d’une grande partie des restes de la bibliothèque du Monastère Blanc de Haute-Égypte, découverts par Gaston Maspero : plus de 4 000 feuillets et fragments de feuillets de parchemin en dialecte sahidique entraient à la Bibliothèque nationale, tandis que le reste se dispersait dans le monde entier ; ils ont été regroupés en 39 volumes (1291-21, 1301-5, 1311-8, 1321-5) et 140 « sous-verres » (cotes 1331 et 1332).

Tous les manuscrits entrés avant 1890 (1-150) sont décrits plus ou moins sommairement dans le catalogue manuscrit d’Émile-Clément Amélineau (1890). Ceux qui sont entrés depuis cette date (nos 151-176) et qui proviennent exclusivement de dons (le plus important est celui de Seymour de Ricci, entré en 1943-1944 et non encore complètement inventorié), presque tous à l’état de fragments, sont inscrits à la suite du catalogue d’Amélineau jusqu’au n° 158, à la suite de l’Inventaire sommaire des manuscrits coptes de la Bibliothèque nationale de Jean-Baptiste Chabot (1906), du n° 154 au n° 176.

Le Catalogue sommaire des manuscrits coptes de la Bibliothèque nationale de Paris, publié en 1912 par Delaporte ne concerne que les manuscrits bohaïriques qui y sont reclassés par matière. La partie bohaïrique du fonds est assez homogène du point de vue du contenu : 28 manuscrits bibliques, une grande majorité de manuscrits liturgiques de toutes sortes, 19 manuscrits lexicographiques. Dans les fragments sahidiques, presque toutes les branches de la littérature copte sont représentées : Bible, littérature apocryphe, liturgie, histoire ecclésiastique, histoire du monachisme, hagiographie, et surtout oeuvres de Chénouté. Quant aux nombreux fragments de papyrus, beaucoup contiennent des textes documentaires, très mal connus dans l’ensemble.

Au moins quatre des dialectes coptes sont représentés, mais les fragments n’ont pas encore été tous étudiés : la plupart des manuscrits complets sont en dialecte bohaïrique et sont écrits sur papier ; trois sont sur parchemin : les numéros 4 et 13 — ce dernier est particulièrement connu pour ses peintures — en bohaïrique, et le numéro 157 qui est en dialecte akhmîmique ; trois sont en dialecte sahidique, dont deux sont des copies de manuscrits conservés à Londres et à Oxford (nos 94 et 95). En revanche, les feuillets et les fragments écrits sur parchemin sont en dialecte sahidique, et il s’y mêle quelques fragments en fayoumique ; de même pour les fragments de papyrus, parmi lesquels on trouve aussi quelques textes en akhmîmique. Les fragments de papier sont pour la plupart en dialecte bohaïrique.

Le fonds copte comprend enfin quelques travaux manuscrits d’orientalistes des siècles passés : Veyssière La Croze, Dulaurier, de Loches (dans les papiers de qui se trouvent aussi des travaux d’autres savants), Seymour de Ricci.

 

Que trouve-t-on dans quel catalogue ?
Pour se répérer dans le fonds Copte :

Hébreu

Le fonds hébreu comporte 1 495 manuscrits. Ces collections sont répartis en deux parties les manuscrits en caractères hébreux et les manuscrits samaritains. Ses origines historiques datent du XIVe siècle. Hormis les bibliothèques privées de particuliers juifs, on peut en effet faire remonter, en France, la volonté délibérée de constituer une collection de manuscrits hébraïques à Charles V qui, dans sa Librairie du Louvre, en possédait plusieurs.

En 1372, se faisant porter du Trésor des Chartes (les Archives nationales de l’époque) plus de 200 manuscrits qui avaient été confisqués en 1306 sur l’ordre de Philippe le Bel, le souverain en restitua une partie aux Juifs de Paris, en fit reporter une autre au Trésor des Chartes, en prêta sept à Thomas de Bologne, son astrologue, pour en garder cinq au Louvre. Beaucoup plus tard, sous François Ier, un inventaire de 1544 fait état dans les collections du roi de la présence de quatre volumes hébreux qui, s’ils ont survécu, ont très vraisemblablement été reliés à nouveau sous Henri II. De ce dernier, 32 manuscrits, vêtus de reliures aux armes et chiffre du souverain, nous sont parvenus. À la mort de Catherine de Médicis, une vingtaine de livres supplémentaires entrent à la bibliothèque de Henri IV, qui en fait relier quelques uns à son chiffre et à ses armes.

Le XVIIe siècle est celui des accroissements les plus marquants : une dizaine de volumes, réunis au siècle précédent par Jean Hurault de Boistaillé, ambassadeur de France à Venise, quelques copies venant de Richelieu (qui devait rejoindre la Sorbonne), la centaine de manuscrits qui constituaient la collection de Mazarin, et près de 130 livres du magistrat et orientaliste Gilbert Gaulmin — dont la plupart lui venaient de Richelieu — sont suivis au XVIIIe siècle par une quinzaine de pièces ayant appartenu à Mgr Le Tellier, archevêque de Reims, une douzaine au diplomate Melchisédech Thévenot et surtout, par les 170 manuscrits hébreux de Colbert arrivés à la Bibliothèque royale en 1732.

Sous la Révolution, la nationalisation des biens du clergé fera plus que doubler le fonds, enrichi principalement, en provenance de la Sorbonne, de la très importante collection de Richelieu (260 manuscrits), de celle, forte de 205 volumes, d’Achille de Harlay de Sancy, ambassadeur de France à Constantinople qui, entré à l’Oratoire de France , lui en avait fait don en 1620, et de celle conservée à l’abbaye de Abbaye de Saint-Germain-des-Prés (Paris) qui en comptait 35. L’Armée du Rhin et celle d’Italie saisiront à la même époque bien des raretés qui, sauf quelques unités, seront restituées à leurs propriétaires en 1815. Une mission de Salomon Munk au Caire, en 1840, glanera encore quelques manuscrits, avant que dix autres volumes — ce qui restait des écrits confisqués par Philippe le Bel en 1306, et retrouvés à la Révolution dans les Archives du royaume — ne soient transférés en 1862 à la Bibliothèque impériale. Depuis les 1 313 entrées que compte l’inventaire de 1866 (Hermann Zotenberg, Catalogues des Manuscrits Hébreux et Samaritains de la Bibliothèque Impériale, Paris, 1866), le fonds de la Bibliothèque s’est accru de 166 manuscrits (le Catalogue de la Bibliothèque du roi en dénombrait 510, en 1739), fruits de dons, de legs ou d’achats à des particuliers ou en ventes publiques.

Outre une quarantaine de manuscrits à peintures proprement dits, le fonds hébreu comporte quelque 150 autres pièces enluminées et décorées. L’éventail des matières représentées dans la collection est fort divers : Bible et commentaires, Talmud et droits civil et religieux, théologie, Kabbale, philosophie, sciences et médecine, grammaire, histoire, poésie…, sans parler des documents d’archives que sont les actes de mariage (ketubbot). Les provenances géographiques sont également très variées : Yémen, Orient, Byzance, Italie, Afrique du Nord, péninsule Ibérique, France, Angleterre, Allemagne, Europe centrale. Si les copies les plus anciennes sont des fragments de Qumran (Ier siècle avant J.-C.), le manuscrit daté le plus ancien est une copie tolédane des Hagiographes de 1197-1198. La majeure partie des pièces appartient d’ailleurs au Moyen Âge et à la Renaissance.

 

 

À consulter en salle de lecture : Manuscrits en Caractères Hébreux Conservés dans les Bibliothèques de France : Catalogues Hébreu 1 à 32, Hébreu 214 à 259, Hébreu 669 à 703, Hébreu 763 à 777

Persan

Le fonds persan est actuellement riche des 388 volumes de l’Ancien Fonds, c’est-à-dire des volumes entrés à la Bibliothèque du roi avant 1739, et des 2 180 volumes du Supplément persan, entrés postérieurement à cette date.

L’intérêt pour les ouvrages persans se manifeste en Europe dès la fin de la Renaissance. La Bibliothèque nationale de France possède ainsi aujourd’hui plus de 40 manuscrits persans collectés à la fin du XVIe siècle en Égypte, en Perse et en Inde, et 16 manuscrits judéo-persans qui proviennent presque tous de Lâr, au sud-est de l’Iran, grâce aux frères Vecchietti, collaborateurs de Raimondi dans ses projets de typographie orientale. Ces volumes sont arrivés en France au XVIIe siècle. La collection de la Bibliothèque du roi n’a commencé à se constituer que dans les années 1660, par l’entrée des manuscrits persans de Fouquet (5 volumes en 1667), de Gaulmin (56 volumes en 1668), de Mazarin (25 volumes en 1668), et de ceux rapportés par Monceaux et Laisné (5 volumes en 1669), Vaillant (2 en 1671), puis Vansleb (41 en 1671-1673), Antoine Galland (5 en 1685), P. Lucas (6 en 1708, d’autres en 1725), Sevin (65 en 1729-1730), ou envoyés par les jésuites de l’Inde (17 en 1732). Se sont ajoutées les grandes collections de Thévenot (79 manuscrits en 1712), de Galland (20 en 1715) et de Colbert (46 en 1732).

Après la publication du Catalogus codicum manuscriptorum Bibliotecae Regiae de 1739, des manuscrits persans continuèrent à arriver dans les collections de la Bibliothèque du roi : achats de Jean Otter en Perse en 1740-1741 (environ 30 volumes), de C.-L. Fourmont en Égypte, trois volumes venant du maréchal de Noailles en 1740. Vinrent ensuite les dons d’A.-H. Anquetil-Duperron et surtout de J.-B. Gentil, à leur retour de l’Inde, respectivement en 1762 et 1778. Ils forment l’embryon du Supplément persan. Les confiscations révolutionnaires accrurent considérablement ce fonds : en 1796, 105 manuscrits de Saint-Germain-des-Prés (abstraction faite des volumes détournés par Doubrovsky), venant pour la plupart de l’abbé E. Renaudot, les autres provenant de Loménie de Brienne et du chancelier Séguier ; deux manuscrits de Saint-Victor ; sept de l’Oratoire, provenant de la collection du P. Louis Byzance ; trois de la Sorbonne ; deux des Jacobins. Une centaine de manuscrits littéraires rassemblés à Surate par P. de Brueys entrèrent à la Bibliothèque vers la même époque (1802). Le début du XIXe siècle voit l’entrée du reste des collections de Gentil et d’Anquetil-Du Perron, de celles d’Ouessant et de Polier, toutes quatre constituées en Inde.

Si la Bibliothèque nationale n’a pu acheter la très importante collection Rousseau, qui prit le chemin de Saint-Pétersbourg, en revanche, près de 170 manuscrits persans recueillis en Égypte par Asselin de Cherville furent acquis en 1833. La liste complète des acquisitions faites au xixe siècle, alors que la Société Asiatique avait donné une grande impulsion aux études orientales, serait fort longue. On peut mentionner l’entrée de manuscrits déposés par Monge, d’autres venant de Louis-Matthieu Langlès, Ducaurroy, A. Clarke, Harriot, Amédée Jaubert, E. Boré, Andréa de Nerciat, Jouannin, Charles d’Ochoa, Barbier de Meynard, du général Court, de Sédillot, d’Alix Desgranges, puis des collections d’A. Chodzko, du comte de Gobineau, de Richard Boucher, d’Eugène Burnouf, de Barré de Lancy, de Schulz, de Jules Mohl, de Garcin de Tassy ou du docteur Tholozan, ainsi que de bien d’autres. Acquisitions isolées, dons (comme ceux de l’ambassadeur Askari Khan en 1840), de nombreux manuscrits rejoignent ainsi les rayons de la Bibliothèque où sont aussi transportés en 1860 les volumes orientaux qui se trouvaient à l’Arsenal, parmi lesquels 34 volumes persans, dont 19 volumes seraient des envois faits d’Ispahan par Simon de Vierville au comte d’Argenson entre 1754 et 1756. Des collections de grande valeur constituées par Ch. Schefer (275 volumes en 1899), J. Decourdemanche (près de 200 volumes), le voyageur Édouard Blanc (35 volumes), Darmesteter (38 volumes en 1894) ou Georges Marteau en 1916 (22 volumes d’une grande valeur artistique) ont enrichi notablement le fonds. Celui-ci continue de s’accroître régulièrement (10 volumes du fonds Jean Deny en 1966 ; 16 de la Société Asiatique en 1981 ; 9 de la collection Henri Corbin en 1982). On consultera l’Introduction du Catalogue des manuscrits persans paru en 1989 et l’article : « Quelques collectionneurs français de manuscrits persans au XIXe siècle » (Francis Richard, Luqman, X, 1, 1993-1994, p. 53-67).

Le fonds persan renferme 201 manuscrits à peintures, plusieurs centaines de copies enluminées et une quantité importante de calligraphies des grands maîtres persans. Ne serait-ce que de ce point de vue, il n’a pas fini de fournir matière aux études des spécialistes. Il constitue en outre un ensemble exceptionnel d’exemplaires rares, de textes inédits ou de volumes ayant appartenu à des possesseurs prestigieux. Toutes les disciplines sont représentées, mais la part de choix revient à la poésie, à l’histoire et à la mystique musulmane. Les provenances géographiques des exemplaires sont très variées. Le plus grand nombre vient d’Iran. Près d’un quart des copies sont de provenance indienne et à peu près autant de l’Empire ottoman ou d’Asie Mineure. Beaucoup ont appartenu à des collectionneurs ottomans avant d’être acquises pour la Bibliothèque à Istanbul ou en Égypte. La collection Smith-Lesouëf, de son côté, renferme 16 manuscrits persans et quelques calligraphies montées dans des albums de peintures mogholes. Il en existe aussi dans les Albums Gentil du département des Estampes et de la Photographie.

Le plus ancien manuscrit persan daté est un dictionnaire arabe-persan copié en 1141, conservé cependant dans le fonds arabe (Arabe 4286) ; il est un peu plus ancien que le Tafsîr de Tabarî enluminé (Supplément persan 1610), copié en Azerbaïdjan entre 1210 et 1225 pour Rabîb al-Dîn Vazîr. 31 autres manuscrits datés (et au moins autant de volumes non datés) sont du XIIIe siècle. Une centaine sont du XIVe siècle, dont plusieurs copies princières de la fin du siècle, comme le ‹Ajâ’ib-nâma, coté Supplément persan 332, ou les Kalîla va Dimna (Persan 377 et Supplément persan 913). Parmi les plus prestigieux manuscrits du XVe siècle, on place aujourd’hui l’Histoire des Mongols (Supplément persan 1113) et plusieurs autres splendides volumes réalisés à Hérât, Shirâz et Tabriz. La Bibliothèque nationale de France est exceptionnellement riche en reliures à grand décor des XVe et XVIe siècles, très souvent encore inédites. À lui seul, le XVIe siècle est représenté par 301 textes datés et par nombre de volumes enluminés de différentes écoles. On peut noter enfin la proportion importante de copies indiennes des XVIIe et XVIIIe siècles, la présence de quelques autographes (le Supplément persan 545 est annoté par Djâmî) et de nombreux exemplaires uniques.

Outre une collection très importante de textes mazdéens, en persan, mais aussi en avestique et en pehlevi (commencée par Anquetil dès le XVIIIe siècle), le fonds persan renferme aussi des manuscrits en kurde (3 volumes) et en pashto (31 volumes). S’il y a quelques textes en turc, en arabe et en ourdou dans ce fonds, il faut aussi mentionner la présence de textes persans dans des recueils figurant dans les fonds arabe, turc, indien, arménien, français et Nouvelles Acquisitions françaises, tandis que 17 manuscrits judéo-persans sont classés dans le fonds hébreu.

Il existe des manuscrits et documents persans dans d’autres départements de la Bibliothèque, notamment au département des Estampes et de la Photographie.

Syriaque

Le fonds syriaque comporte 436 manuscrits.

La numérisation des catalogues est en cours.p>

 

Turc

Les premiers volumes en langue turque entrèrent dans la Bibliothèque du roi en 1668-1669 par trois voies. En 1668, l’acquisition de la bibliothèque de Mazarin (contenant une cinquantaine d’ouvrages en cette langue) et de celle de l’érudit Gilbert Gaulmin (une centaine de volumes en turc) ; puis, en 1669, les achats faits au Levant sur ordre du roi par des envoyés (Monceaux et Laisné) munis d’instructions pour rapporter des ouvrages en langues orientales. Grâce à une politique d’acquisition régulière mise en oeuvre dès cette époque, cette collection compte aujourd’hui 2 010 manuscrits, dont une cinquantaine à peintures, divisée en deux fonds : l’Ancien Fonds turc (396 cotes) et le Supplément turc (1642 cotes) . En 1712, la collection Melchisédech Thévenot entra dans les collections royales, puis, en 1732, la bibliothèque de Colbert ; s’y ajouta l’apport des missions au Levant de Paul Lucas, de Sevin et Fourmont, de Vansleb, et enfin, à l’époque révolutionnaire, le dépôt des bibliothèques des couvents (par exemple, plus de cent manuscrits turcs provenant de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés) ; au XIXe siècle, entrèrent les collections de Ducaurroy, Charles Schefer, Decourdemanche ; enfin, de Jean Deny, en 1966 et de Pertev Naili Boratav, en 2000.

L’histoire du fonds turc est à rapprocher de celle des fonds arabe et persan. L’ensemble, peu important au regard des dizaines de milliers d’ouvrages conservés en Turquie, présente cependant la particularité d’être assez représentatif de la littérature et de la culture turque, surtout ottomane, jusqu’au XIXe siècle. Le plus ancien manuscrit date du XIIIe siècle, mais la plupart sont du XVIIe et du XVIIIe siècle. Il s’agit, par ordre d’importance, d’ouvrages de théologie, de philosophie et de droit, de chroniques historiques classiques auxquelles il faut joindre un certain nombre de documents d’archives, enfin d’un choix des grands textes littéraires de prose et de poésie ; quelques manuscrits concernent des domaines particuliers comme la musique, les mathématiques, la cosmologie, l’astronomie, la médecine, la calligraphie ; la collection des traductions réalisées au début du XVIIIe siècle par les Jeunes de Langues tient une place importante.

 

  • Inventaire détaillé des catalogues disponible en ligne.
  • Les cotes Turc 1 à 396 ainsi que Supplément turc 1 à 1491, décrites par Edgar Blochet dans son catalogue imprimé en deux volumes, numérisé et accessible dans Gallica, sont également consultables en ligne dans BnF Archives et manuscrits.
  • Les cotes suivantes (de Supplément turc 1420 à 1641) sont en partie signalées dans le cahier manuscrit « Nouvelles acquisitions » disponible en salle de lecture. Elles sont progressivement encodées dans BnF Archives et manuscrits.
  • Les imprimés turcs en caractères arabes (plus de 700 volumes de monographies et une centaine de périodiques), se trouvent dans le Catalogue général, en transcription en turc de Turquie.