Participez à l’acquisition des archives de Maurice Genevoix

La Bibliothèque nationale de France lance un appel au don pour l’acquisition des archives de Maurice Genevoix (1890-1980), écrivain et poète, membre de l’Académie française, entré au Panthéon le 11 novembre 2020.

 

Maurice Genevoix (1890-1980) © Louis Monier/Bridgeman Images
 

Mobilisé en 1914 alors qu’il est étudiant à l’École normale supérieure, Maurice Genevoix tire de son expérience de la guerre des tranchées la matière d’un des plus grands témoignages sur la Première Guerre mondiale, Ceux de 14. Le manuscrit de l’ouvrage, qui a rejoint les collections de la Bibliothèque nationale de France en novembre 2020 grâce au généreux don de ses petits-enfants, donne à voir le travail de l’écrivain voué « à la mémoire des morts et au passé des survivants ». Il témoigne de l’empathie et de l’humanisme profonds de Maurice Genevoix.

L’homme, la guerre et la nature

Maurice Genevoix passe son enfance à Châteauneuf-sur-Loire, dans une région dont les paysages, la nature et le terroir marqueront sa sensibilité et son œuvre. Mobilisé le 2 août 1914, il rejoint le front où il est grièvement blessé près de la colline des Éparges, le 25 avril 1915.

Réformé, il se retire à Châteauneuf-sur-Loire pour y commencer le récit de son expérience du front et de la guerre : Sous Verdun paraît en 1916, premier des cinq récits plus tard réunis sous le titre de Ceux de 14. C’est le début d’une carrière littéraire placée sous le signe du témoignage pour ce que la vie et l’aventure humaine compte d’essentiel aux yeux de Maurice Genevoix : l’empathie et la solidarité envers ceux qui traversent les épreuves et les traumatismes de la guerre ; les scènes de la nature, sur les bords de Loire ou au Canada, qu’il parcourt en 1939, marquées par la quête d’une harmonie entre les hommes et les bêtes.

Carnet préparatoire à Ceux de 14 - ©Nicolas Gallon/Agence Contextes/BnF

Retiré en Sologne à partir de 1927, au hameau des Vernelles, il y écrit la plupart de ses livres : quelque quatre-vingts récits, romans (dont Raboliot, prix Goncourt 1925), nouvelles, contes, jusqu’à l’autobiographie Trente mille jours parue en 1980. Élu à l’Académie française en 1946, il en est le secrétaire perpétuel de 1958 à 1973. Son œuvre ample, sensible et généreuse, ouverte sur les hommes et les paysages, est celle d’un écrivain devenu le symbole du combattant et de l’humaniste.

 

Un écrivain humaniste

Le cycle Ceux de 14, qui regroupe les volumes Sous Verdun (1916), Nuits de guerre (1917), Au seuil des guitounes (1918), La Boue (1921) et Les Éparges (1923), figure au premier rang des témoignages sur la Première Guerre mondiale.

Au milieu des années 1920, c’est avec Raboliot que Maurice Genevoix rencontre le succès et s’inscrit dans la mémoire collective. Situé en Sologne, le roman met en scène la figure d’un braconnier « rouspéteur, blagueur, défiant la loi mais avec un fond de sagesse et de bon cœur ». La gloire de Raboliot a longtemps contribué à ranger Maurice Genevoix parmi les écrivains régionalistes. Mais cet ancrage dans une région et un terroir, dont témoigneront des œuvres telles Rémi des Rauches (1929), Marcheloup (1934) ou encore Au cadran de mon clocher (1965) vaut surtout comme terreau d’une œuvre fondée sur la mémoire sensorielle, nourrie d’une recherche documentaire scrupuleuse.

Manuscrit de Raboliot - ©Nicolas Gallon/Agence Contextes/BnF

 

C’est surtout la place de l’homme dans l’Histoire et dans la nature qui est au centre. Sous la plume de Maurice Genevoix, l’observation minutieuse de la nature, rendue par maints détails animaliers, botaniques ou géologiques, est traduite en un style charnel, hymne au langage avant tout. Les voyages de Maurice Genevoix au Canada (1939) et dans plusieurs pays d’Afrique (1947 puis 1954), notamment, seront l’occasion d’enrichir ce trésor d’images, de sensations et de rencontres. Témoins de cette curiosité inlassable, les ouvrages qu’il tire de ses aventures dans le Nord-américain (le roman Eva Charlebois, par exemple, en 1944, et le récit Canada, en 1943) mais aussi en Afrique (Afrique blanche, Afrique noire, en 1949, et le roman Fatou Cissé, en 1954).

Dessin d’une tête de renard - © Nicolas Gallon/Agence Contextes/BnF

Les « romans-poèmes », quant à eux, selon l’expression de Maurice Genevoix lui-même, haussent la description de la nature à une certaine dimension épique : La dernière harde (1938) est considérée comme le chef d’œuvre de cette veine illustrée également par Forêt voisine (1933) et Les Bestiaires (Tendre bestiaire et Bestiaire enchanté, 1969 ; Bestiaire sans oubli, 1971). Académicien dès 1946, Maurice Genevoix fait œuvre aussi de critique d’art : il publie une étude sur Vlaminck (1954) et multiplie les préfaces, les articles et les contributions à des catalogues portant sur une cinquantaine de peintres et sculpteurs dont certains furent de ses amis : Dunoyer de Segonzac, Foujita, Paul Belmondo, Amédée de La Patellière… À la fin de sa vie, l’audience de Maurice Genevoix ne cesse de croître : le grand public redécouvre l’écrivain, le sage, le promeneur et le témoin de son siècle. Le succès de l’autobiographie Trente mille jours (1980) témoigne de ce lien profond, établi au fil d’une œuvre au long cours, entre l’écrivain et les lecteurs.

Un fonds d’archives complet

Le fonds Maurice Genevoix est le reflet très complet de ce parcours biographique et littéraire. Il comprend la totalité des manuscrits des œuvres, à l’exception du manuscrit définitif de Ceux de 14 ayant déjà fait l’objet d’un don à la BnF. Ces manuscrits se présentent en feuilles et regroupent le plus souvent un manuscrit de premier jet, très travaillé, et un manuscrit de mise au net. S’y ajoutent les deux précieux carnets de notes préparatoires à Ceux de 14 et un exemplaire censuré de Sous Verdun (Flammarion, 1916), premier tome de Ceux de 14, dans lequel Maurice Genevoix a rétabli son texte à la main. Les dossiers de genèse sont complétés par les épreuves corrigées.

Aux dossiers des œuvres littéraires s’ajoutent les manuscrits des nombreux discours prononcés par Maurice Genevoix. La correspondance de Maurice Genevoix est également très riche : correspondances littéraires (avec Jean Guéhenno, Maurice Druon, Jean d’Ormesson, et bien d’autres) ; correspondance de guerre (lettres de famille, lettres de poilus) ; correspondance avec des peintres. Les papiers personnels comprennent, outre les papiers scolaires, de nombreux dessins de la main de Maurice Genevoix (faune et flore, caricatures…), dont certains illustrent les dossiers des manuscrits, un ensemble de photographies ainsi qu’un important ensemble de documents d’époque relatifs à la Première Guerre mondiale (photographies, documents biographiques, recherches…).

L’intérêt historique et littéraire des archives de Maurice Genevoix provient de la complétude du fonds, de la nature des manuscrits présents (manuscrits de travail corrigés), des pistes inédites de recherche représentées par la correspondance, de la qualité visuelle et plastique de certains documents (dessins dispersés dans les notes et les manuscrits ou en séries séparées) et de la riche documentation sur la période de la Première Guerre mondiale.

 

Planche de photos «Retour des tranchées» - © Nicolas Gallon/Agence Contextes/BnF

Comment faire un don

Autoportrait - © Nicolas Gallon/Agence Contextes/BnF

Le montant d’acquisition des archives de Maurice Genevoix est fixé à 400 000 € que la BnF espère réunir avant le 31 décembre 2021 pour faire entrer dans les collections nationales ce fonds d’un grand intérêt littéraire et historique
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