Bélinda Bendimered
Chargée de mécénat et des relations donateurs
Le fonds, composé de plus de 900 documents, se trouve en possession des héritiers de Suzy Mante-Proust (1903-1986), la nièce de Marcel Proust.
Celle-ci avait vendu en 1962 à la Bibliothèque nationale un premier ensemble de manuscrits dont une grande partie de ceux d’À la recherche du temps perdu.
Aujourd’hui, grâce à la volonté de la famille de Marcel Proust et avec la collaboration de Sotheby’s, la BnF a l’opportunité d’acquérir de nombreuses pièces inédites. Par son ampleur et sa diversité, cet ensemble illustre de manière unique tous les aspects de l’œuvre de Marcel Proust. Il s’agit aujourd’hui du dernier fonds proustien de cette envergure détenu en mains privées.
Le fonds comprend un ensemble de travaux scolaires et universitaires rédigés entre 1884 et 1895. Proust a rédigé des dissertations de littérature et de philosophie depuis son passage au lycée Condorcet jusqu’à l’obtention de son baccalauréat et, plus tard, à la Sorbonne pour sa licence.
Ces travaux fournissent des informations sur les connaissances du futur écrivain, en particulier dans les humanités classiques, et offrent des indications sur ses lectures, les cours qu’il a suivis.
Plusieurs de ces travaux portent les corrections de ses professeurs, parmi lesquelles celles de son professeur de philosophie Alphonse Darlu sont particulièrement remarquables. Ainsi, par exemple, cette annotation sur un devoir sur le rêve :
« Ni pour le développement, qui est incertain, ni pour la forme, qui est molle, vague, et ne précise jamais les idées abstraites, ni pour le ton, très lourd et pâteux, le devoir ne ressemble à une dissertation. Note 4/20 ».
Fait largement méconnu jusqu’à la découverte de ce fonds, le jeune Proust s’est essayé au théâtre comme le montrent les manuscrits de plusieurs pièces courtes. On y relève Le Génie malheureux, brouillon d’une première pièce, écrite alors qu’il n’avait que 13 ans (1884), ainsi que le brouillon d’une pièce sans titre qui évoque des scènes que l’on retrouvera dans À la recherche du temps perdu, et des personnages comme ceux de Bloch et de Legrandin.
Les années qui précèdent le début de l’écriture d’À la recherche du temps perdu (1895-1908) ou qui accompagnent la rédaction du roman sont cruciales dans la mesure où elles documentent la période de préfiguration et de genèse du chef-d’œuvre.
Dans cet ensemble se trouvent :
Les manuscrits d’À la recherche du temps perdu forment la partie la plus considérable et la plus remarquable du fonds. Ils relèvent de tous les stades d’élaboration du roman et pour tous les tomes, de Du côté de chez Swann au Temps retrouvé : ébauches sur feuilles volantes, ajouts d’envergure diverse y compris paperoles, pages découpées de cahiers, dactylographies corrigées, fragments d’épreuves…
On y trouve également de nombreuses listes de travail, utilisées par Proust à la fois comme mémentos pour noter des idées à développer et comme pense-bêtes lors de la correction des épreuves du livre. On y remarque aussi des dessins qui parsèment les pages des manuscrits d’À la recherche du temps perdu.
La part des inédits est importante. Dans la mesure où Proust reprend, tout au long de sa vie d’écrivain, les thèmes, les motifs et les scènes apparus dès ses œuvres de jeunesse et qu’il ne cessera de remettre sur le métier jusqu’à sa mort en 1922, on ne saurait sous-estimer la puissance de surprise liée aux manuscrits.
Ci-contre, l’une des 8 très importantes paperoles, et l’une des plus longues (175 x 745 mm). Les fameuses « paperoles », ces bandes de papier constituées de fragments collés bout à bout, puis en haut ou en bas d’une page de manuscrit, ont permis à Proust d’apporter au texte d’À la recherche du temps perdu ce qu’il appelait sa « surnourriture ».
Cette paperole est composée de huit fragments de tailles diverses collés bout à bout. À l’origine, elle était attachée à une page d’un des vingt cahiers de « la mise au net », le Cahier VIII conservé à la BnF (NAF 16715, folio 39) qui a été utilisé par Proust probablement à partir de 1916. Les autres fragments qui la composaient sont encore attachés en haut du folio 39, et s’y ajustent parfaitement.
La paperole donne le tout premier état de ce texte sur le sommeil d’Albertine qui permet au narrateur de jouir de la possession de son amie.
Un important fonds de correspondance active (lettres à Jeanne Proust, sa mère, à des intimes, des critiques, des écrivains, etc.) et passive (lettres de Bernard Grasset, Gaston Gallimard, Alfred Vallette, etc.) complète ce fonds de manuscrits.
Ces lettres inédites complètent la correspondance déjà connue de Proust.
Ci-contre, des lettres de Bernard Grasset et de ses collaborateurs (69 au total dont une trentaine inédites). Elles évoquent la mise en page et la commercialisation de Du côté de chez Swann qui sera publié à compte d’auteur.
Une fois l’ouvrage paru, on assiste aussi à la stratégie commerciale mise en place par Proust et Grasset, qui contactent la presse, rédigent des articles publicitaires, etc.
Plusieurs documents comptables montrent régulièrement le nombre d’exemplaires vendus, et leur prix de vente.
Depuis 1962, la BnF conserve un important fonds Proust. Il s’agit d’une collection unique au monde, la seule de cette importance conservée dans une institution publique.
Or ce fonds et le fonds que la BnF se propose aujourd’hui d’acquérir sont très intimement liés. Fréquemment, un manuscrit lacunaire de la BnF trouve son complément dans le fonds proposé à la vente. Des pièces qui avaient été séparées au fil du temps pourront être réunies : des feuillets et fragments de feuillets appartenant à une même lettre, à un même article, à une même page de cahier, à un même ajout préparatoire, à une même paperole…
C’est tout un réseau de concordances qui sera mis à jour et son accessibilité pour les chercheurs constituera une nouvelle étape dans la riche histoire de la réception de l’œuvre proustienne, depuis la mort de l’auteur en 1922.
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