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Hommage à Juliette Gréco (1927-2020)

Juliette Gréco en concert en 2006

Juliette Gréco naît à la chanson en 1949, à 22 ans, lorsque, pour la réouverture du Bœuf sur le toit, son amie Anne-Marie Cazalis propose : « Et si Gréco chantait ? ». Tétanisée par le trac, la jeune femme qui connaît déjà un début de célébrité lié à sa présence dans les caves de Saint-Germain-des-Prés accepte et obtient un succès d’estime. Cette première expérience la convainc de persévérer et d’en faire son métier.

L’industrie du disque s’intéresse à elle : elle enregistre chez Columbia son premier 78t contenant Si tu t’imagines, La Fourmi et La rue des Blanc-Manteaux. Si le chant est encore maladroit et un peu lourd, tout Gréco est déjà là : exigence dans le choix des auteurs (Desnos, Queneau, Sartre) et des compositeurs (Joseph Kosma).   Columbia ne la retient pas, elle signe chez Philips, une nouvelle maison de disques où Jacques Canetti réunit les jeunes talents les plus prometteurs (Catherine Sauvage, Patachou, Mouloudji, etc…). Si la presse continuera imperturbablement à la nommer « La muse de Saint-Germain-des-Prés » jusqu’à aujourd’hui, elle quitte en réalité rapidement le quartier pour gravir les échelons du vedettariat : Olympia en 1955 et 1966, ABC en 1962, Bobino en 1964 et tournées à l’étranger où elle chante dans les salles les plus prestigieuse (Philharmonie de Berlin en 1966). Peu à peu, au cours des années 50, elle trouve sa voix et son style.

En près de 70 ans de carrière, sa rigueur et son exigence dans le choix de ses auteurs ne sera jamais prise en défaut. S’il est impossible de ne pas citer son premier succès (Je hais les dimanches, de Florence Véran et Charles Aznavour) et ses « classiques » qu’elle n’abandonna jamais (Jolie Môme de Léo Ferré, Il n’y a plus d’après, de Guy Béart, Accordéon, de Serge Gainsbourg,  J’arrive, de Jacques Brel et Gérard Jouannest, Un petit poisson un petit oiseau, de Rivière et Bourgeois, Déshabillez-moi, de Nyel et Verlor), ils sont l’arbre qui cache la forêt : Juliette Gréco a enregistré environ 400 chansons (des textes de Dimey, Sagan, Maurice Fanon, Yannis Spanos, Henri Gougaud, Jean-Loup Dabadie et tant d’autres), travaillant, jusqu’aux années 70 avec les arrangeurs et orchestrateurs les plus modernes de l’époque : Michel Legrand, André Popp, Claude Bolling, Alain Goraguer, etc…
Sa carrière d’actrice, moins fournie, comporte néanmoins des collaborations avec Jean Cocteau, John Huston, Jean Renoir, Jean-Pierre Melville ou Henri Decoin et le célébrissime feuilleton Belphégor de 1965. 
Dans les années 70 et 80, son succès décline considérablement. Elle se produit surtout à l’étranger, continue d’enregistrer régulièrement des disques après avoir quitté Philips pour une errance discographique (RCA, Barclay, Meys) qui s’allie, dans ses choix de chansons et d’arrangements, à un recentrage vers un classicisme prudent et de bon aloi.
Il faut attendre les années 90 et 2000 pour qu’elle reprenne une place de choix dans son pays. L’ancienne scandaleuse des années 40, sans jamais perdre son caractère frondeur, devient une « grande dame de la chanson française », un monument qui, dans ses interviews, soigne sa légende. Elle ne perd rien de ses envies de beaux textes : elle chante Gérard Manset, Benjamin Biolay, Miossec, Olivia Ruiz, Bénabar et Abd al Malik, avec le soutien commercial d’Universal qu’elle rejoint au début du siècle (5 albums à partir de 2003 sur les labels Polydor puis Deutsche Grammophon).
Terrassée par un AVC en plein tournée, Juliette Gréco met un terme à sa carrière en mars 2016.
 

 

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