La galerie Mazarine

Vestige du palais Mazarin, la galerie Mazarine est l’un des joyaux du site Richelieu. Dans le cadre des travaux, elle fait l’objet d’une restauration complète sous la direction de Michel Trubert, architecte en chef des monuments historiques. En 2021, elle sera l’un des espaces emblématiques du nouveau musée de la BnF.
 
La galerie Mazarine avant le début des travaux - janvier 2017

Des décors exceptionnels

La galerie Mazarine est l’un des très rares exemples de galerie baroque encore conservés en France. Parfaitement superposée à la galerie Mansart, située à l’étage du dessous, la galerie Mazarine a conservé en grande partie l’ordonnancement du XVIIe siècle. Elle court sur une longueur de 45,55m selon un axe nord-sud, a une largeur de 8,20m et une hauteur de 9,20m.

D’une superficie de 280 m2, la voûte du XVIIe siècle est parvenue jusqu’à nous.  Scandée de compartiments de stuc dorés par Ottaviano Ottoviani, elle est peinte dès 1646-1647 par Giovanni Fransceco Romanelli et son atelier, notamment Paolo Gismondi. Le programme iconographique du plafond s’inspire des Métamorphoses d’Ovide. Au centre, Romanelli représente Jupiter foudroyant les Géants. Quatre grands compartiments latéraux représentent Apollon sur le Parnasse, et l’histoire d’Hélène, depuis le Jugement de Paris jusqu’à la chute de Troie.

Les ébrasements des fenêtres sont peints à fresque par l’artiste italien Grimaldi Bolognèse. Ils sont surmontés d’une coquille dorée en bas-relief. En face des baies ouvertes sont reproduites des niches reprenant les mêmes dispositions que les baies. Une coquille dorée surmonte l’ensemble. Les murs étaient à l’origine tapissés de damas rouge cramoisi, semé des armes et des chiffres du Cardinal et rehaussé de passement d’or de Milan. Le sol est couvert d’un parquet Versailles et Chantilly en chêne et les plinthes sont en merisier.

Jupiter foudroyant les géants, avant restauration

Le chantier de restauration

Un chantier-test en 2017

Un premier chantier test a été réalisé entre mars et juillet 2017 a été réalisé à la demande de pour collecter de plus amples informations sur la voûte et ses décors peints avant d’envisager une restauration globale. Un comité scientifique a été réuni pour suivre l’évolution des recherches et décider des partis de restauration possibles. Ce chantier a permis de mieux appréhender les techniques utilisées par ces artistes et d’identifier les différentes campagnes de restauration depuis le XVIIe siècle.
Le parti-pris de restauration validé à la fin du chantier consiste à conserver l’unité de ce décor en réalisant une restauration qui tient compte de l’état des peintures et en tentant de retrouver l’harmonie chromatique la plus proche de la volonté des peintres. Il n’est cependant pas possible de remettre au jour certaines couches originelles, en particulier sur les stucs dorés, trop repris, et sur les décors des niches et des ébrasements de fenêtre, trop lacunaires et usés.
Cette intervention devra aussi s’harmoniser avec l’ancien décor conservé sur les murs, à savoir les toiles marouflées mises en œuvre par Labrouste. Ces dernières, malgré une certaine raideur propre aux réalisations de la fin du XIXe siècle, constituent un décor de qualité qui justifie leur conservation et sont en adéquation avec les fresques originelles de la voûte.

Un chantier principal en 2018-2019

Les travaux de restauration proprement dits ont débuté le 24 septembre 2018. La voûte de 280 m2 a souffert du temps et des infiltrations. La restauration du plafond et des décors a été confiée à l’atelier Mariotti, chargé de la restauration des stucs et dorures, et au groupement dirigé par Alix Laveau, restauratrice spécialiste des décors peints, chargé des fresques et peintures. Au total, 22 restaurateurs seront chargés du plafond, 12 restauratrices et une spécialiste du support toile, des peintures murales et des toiles marouflées. Les travaux de maçonnerie et la reprise des menuiseries extérieures et intérieures seront assurés par trois entreprises spécialisées. Les huisseries seront intégralement remplacées. L’achèvement du chantier est prévu à l’été 2019.

 

Histoire de la galerie

La galerie d’apparat du palais Mazarin

En 1644, Mazarin commande à François Mansart l’édification d’une nouvelle aile pour son palais, composée de deux galeries superposées : une « galerie basse » destinée aux collections de sculptures antiques du Cardinal, future galerie Mansart, et une « galerie haute », conçue pour abriter les plus belles pièces de la collection de peintures, sculptures et meubles de grand luxe du Cardinal. La galerie était dotée d’une antichambre à son extrémité nord avec un escalier d’accès direct au jardin.

Si à l’origine Mansart conçoit une voûte faite de trois coupoles, Romanelli, peintre italien chargé par Mazarin de peindre le plafond de la galerie haute, fait modifier la voûte pour avoir une voûte en berceau continu. Une voûte en plâtre est donc coulée sur un lattis en bois fixé sur des cerces courbes,  structurellement liée à la charpente. 

Le Cardinal Mazarin devant sa galerie, gravure de Robert de Nanteuil, 1659

Voici comment Henri Sauval décrit la galerie dans son Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris lorsqu’il visite le palais Mazarin dans les années 1650 :

«Cette Gallerie d’un côté est éclairée de huit grandes croisées et ornée de l’autre d’autant de niches. La voûte qui la couronne a été peinte à fresque en six mois par Romanelli, Peintre Romain, fort gracieux, et l’un des plus diligens du siècle. Les niches ont un peu moins de largeur que les fenêtres vis-à-vis desquelles elles sont distribuées, mais elles s’élèvent depuis le parterre jusqu’à l’arrachement ou naissance de la voûte, chacune au reste enrichie d’une statue antique de marbre blanc et d’une excellence très particulière. Les murs tout environnés de tableaux, de cabinets, de tables, de bustes, dont les têtes sont de bronze et de porphyre, et les épaules d’albâtre oriental véné, façon de brocart et de drap d’or, et sont encore tapissés de damas rouge cramoisi, semé des armes et des chiffres du Cardinal, et rehaussés de passements d’or de Milan, d’une largeur et d’une épaisseur extraordinaire.»

Le palais de Mazarin et ses galeries sont encore si réputées après la mort du cardinal, qu’on décide d’y héberger le Bernin lors de son séjour à Paris en 1665.

Du Palais Mazarin à la Bibliothèque nationale

Visite du prince impérial en galerie Mazarine, alors salle de lecture des manuscrits, dans les années 1860

A la mort de Mazarin en 1661, le palais est divisé entre ses deux héritiers. Le duc de Mazarin, époux de la nièce du Cardinal Hortense Mancini, hérite de la partie est du palais. Catholique intransigeant, le duc exècre la nudité, et ordonne en 1670 le saccage des collections d’antiques du Cardinal, faisant marteler les statues à coups de ciseaux. C’est vraisemblablement à cette période que les corps dénudés peints par Romanelli sont recouverts de repeints de pudeur. Cette partie du palais, tout comme la partie ouest, est achetée aux héritiers par John Law pour y établir la banque qu’il a créée et la compagnie des Indes. Après la faillite de Law en juillet 1720, la Couronne récupère les bâtiments, et en attribue une partie à la Bibliothèque Royale. 
La galerie, où s’installe le département des Manuscrits à partir de 1730, n’est pas entretenue. Les fragilités structurelles du plafond et les couvertures dégradées entraînent de nombreuses infiltrations. Les décors muraux de damas, très fragiles, disparaissent. En 1780, l’état de dégradation des couvertures est tel que les couvreurs refusent d’y monter. Le comble est déposé et remonté par les Bâtiments du Roi en 1782, et une partie du plafond réparé en 1788. 

En 1828, la galerie est dans un état déplorable. Léon Laborde, archéologue et homme politique, écrit:

J’engage tous ceux qui le peuvent à aller admirer ce grand tableau, à protester par leurs éloges contre le délabrement où on le laisse, contre la destruction dont on le menace. Que leur admiration ne se laisse détourner ni par les fissures qui traversent la fresque, ni par les casiers de noirs manuscrits qui cachent les peintures de Grimaldi, ni par la poussière qui ternit les dorures. En quelques semaines, avec ce qu’il a coûté depuis vingt ans pour faire des devis de destruction, on rajeunira toutes ces magnificences.

La restauration de Labrouste et l’aménagement de Pascal

Plusieurs projets de restauration de la galerie sont proposés par Visconti, alors architecte en charge de la bibliothèque, mais ces projets restent lettre morte. La Commission des Monuments Historiques commande des relevés des décors peints du palais en 1853 au peintre Jules Frappaz. Si les relevés de la plupart des pièces sont fidèles à l’état dégradé des plafonds, Frappaz reproduit pour la voûte Mazarine une vision idéalisée des décors, sans montrer les dégradations. 
La première réelle campagne de restauration est entreprise par Henri Labrouste entre 1868 et 1872. Il remplace la charpente d’origine en bois par une charpente métallique bien plus stable, et fait restaurer l’intégralité des décors peints de la voûte et des murs de la galerie. En remplacement du damas du XVIIe siècle, il fait poser une toile marouflée aux armes du Cardinal, qui s’inspire du décor figuré sur la gravure de Nanteuil. 
 

La galerie Mazarine dans les années 1880

En 1878, à l’occasion de la construction d’une nouvelle salle de lecture pour les Manuscrits, Jean-Louis Pascal transforme la galerie en espace d’exposition, pour présenter les trésors de la Bibliothèque lors de l’exposition universelle. Les fragilités structurelles de la galerie provoquent cependant plusieurs dégradations : des infiltrations sont constatées côté jardin en 1924, et plusieurs bibliothécaires font état de la fragilité du plancher.

Le nouvel aménagement de 1927

La galerie Mazarine après l’aménagement de Recoura le 3 mars 1927

Un nouvel aménagement est entrepris en 1927 sous la direction d’Alfred Recoura, architecte de la bibliothèque. Il fait agrandir la porte d’entrée, coffrer et tendre le vestibule de toiles grises et bandes bleues, nettoyer le décor de la galerie, procéder à une série de restaurations partielles, achever les canalisations, poser des lustres de style italien XVIIe, établir un plafonnier dans la salle d’entrée, mettre au point l’éclairage électrique. Les vitrines murales mises en place par Pascal sont déposées et de nouvelles vitrines sont disposées au centre. Certaines parties des peintures murales des ébrasements de baies, à nouveau détériorés, sont restaurés.

Un nouveau décor mural est peint à la détrempe dans un ton vert foncé copié sur celui d’un vieux damas vénitien, avec ornements exécutés au pochoir ton sur ton. Il est appliqué directement sur les toiles marouflées mises en œuvre par H. Labrouste. Les travaux sont réalisés pour partie grâce à un don de Mme Florence Blumenthal.

La restauration des années 1970

En 1955, des fissurations importantes sont constatées sur la voûtes et les linteaux des fenêtres, témoignant de mouvements dans le gros œuvre. André Chatelin, alors architecte de la bibliothèque, demande une surveillance et réalise en 1957 un état sommaire de la galerie. Il préconise des interventions de conservation ainsi que des opérations de réfection des menuiseries intérieures et des parquets.
A l’occasion de la surélévation de l’aile construite par Mansart en 1972, Chatelin réalise une nouvelle modification de la charpente du comble et commence la rénovation de la galerie : reprise de l’éclairage en 1974, confortement et restauration de la voûte entre 1975 et 1978. La restauration des décors peints de Romanelli est assurée par l’entreprise Genovesio-Lemercier. En 1978, les menuiseries sont restaurées, et on remplace la tenture existante par une tenture cramoisie de style damas Louis XIV.

A l’issue de ces travaux, elle devient un espace d’expositions temporaires. Entre 2010 et 2016, dans le cadre des travaux de rénovation de l’ensemble du site, elle est aménagée en salle de lecture temporaire pour les départements des Arts du spectacle et des Manuscrits.

La galerie Mazarine en 1990

Aller plus loin

Gady, Alexandre, «Formation et déformation d’un monument parisien» in Conraux, Aurélien, Haquin, Anne-Sophie, Mengin, Christine (dir.) Richelieu, quatre siècles d’histoire architecturale au cœur de Paris , Paris, BnF Editions, 2017, pp.21-47

Gady, Bénédicte, Brejon de Lavergnée, Barbara, «Les décors du palais Mazarin» in Conraux, Aurélien, Haquin, Anne-Sophie, Mengin, Christine (dir.) Richelieu, quatre siècles d’histoire architecturale au cœur de Paris , Paris, BnF Editions, 2017, pp.48-57